PREDICATIONS ET SERMONS

Un blog personnel de quelques prEdications prEchees A l'Eglise Protestante unie de Luneray et de Dieppe par le pasteur et des predicateurs laics.
Frédéric Genty

—Prédication du 24 août 2014 à Luneray

Prédication par Frédéric Genty (pasteur, informateur régional en région Parisienne de l’EPUdF) à l’occasion du rassemblement autour de la mémoire de Jacques Ouvry à Luneray. Culte avec baptême de Simon Corruble.

Mustèrion - le mystère de notre foi

Prédication par Andrew Rossiter à Dieppe le 17 août 2014

Rom 11.13-36, Matt 15.21-28

Mustèrion - le mystère de notre foi

La prière la plus connue pour les chrétiens est sans doute le Notre Père. Pour les juifs c’est le Sh’ma Israël - cette prière est récitée matin et soir et le texte se trouve dans le Mezouza à la porte de toute maison juive. En touchant le mezouza on récite la prière en sortant et en entrant chez soi.

« Ecoute Israël… » Israël peut être le sujet du verbe - c’est Israël qui écoute. Mais Israël peut être aussi le complément dans le sens qu’Israël doit écouter ce que Dieu lui dit. Ou encore, c’est nous qui devons écouter ce que Israël nous dit.

Le message qui vient du Premier Testament n’est une option pour nous les chrétiens. En effet les protestants sont attachés au Premier Testament. ON m’a déjà posé la question pour savoir si les protestants croient en Jésus-Christ! A Luneray la rue Val Midrac, où se trouve le presbytère protestant, est nommée ainsi en référence à la Midrash (l’ensemble de commentaires juives). Nous sommes convaincus que l’étude des écritures juives nous aide à comprendre le Nouveau Testament et son message. Nous ne pouvons pas ignoré que Jésus et les premiers apôtres étaient juifs. Mais quelle est la relation juste entre le judaïsme et le christianisme? D’autant plus que nous savons que le judaïsme a rejeté Jésus comme le Messie, le Christ.

C’est la question qui préoccupe Paul. La question était plus réelle pour lui que pour nous 20 siècles plus tard - même si elle reste de l’actualité aussi pour nous.

Deux crises majeures traversaient les premières communautés chrétiennes. La première était que des témoins qui vivaient avec Jésus commençaient à mourir - avant le retour du Christ - cette crise a donné naissance à l’écriture des évangiles et à l’organisation de l’église.

La deuxième concernait le non-acceptation du message par des juifs. Quelques juifs se sont convertis mais pour la plupart ils restaient juifs et rejetaient l’annonce que Jésus était le Messie. La conséquence était la séparation avec la synagogue.

Paul écrit pour les non-juifs de Rome pour remettre en place la vraie relation entre le judaïsme et le christianisme naissant. Et il emploi une parabole d’une greffe.

La racine est saine et sainte, la racine est Israël. Les chrétiens non-juifs sont des branches qu’on prend sur un olivier sauvage pour les greffer sur le bon tronc. Ces chrétiens sont des « pièces apportées », implantées dans un peuple saint. C’est la racine qui les porte, qui les nourrit, qui leur donne de la sève pour produire du fruit et tout ce qu’il est nécessaire pour leur vie.

Je suis sûr que si Robert Mallet était parmi nous ce matin, il aurait quelque chose à nous dire sur la façon dont parle Paul des greffes: car en effet c’est le contraire qui se passe. La racine est la plante sauvage et la greffe est la branche saine et cultivée qui est ajoutée pour transformer la souche, pour la rendre plus fertile. Alors Paul de Tarse était meilleur théologien qu’il n’était arboriculteur! Faut-il voir dans ce passage une erreur ou une parabole?

Une parabole est une histoire qui suscite une réponse ou une réaction: elle demande que l’auditeur se positionne. Souvent la parabole nous surprend, « nous prend à contre pied ».

C’est le père qui accueille son fils; le propriétaire qui loue le gérant malhonnête; c’est Jésus qui dit que le collecteur d’impôts est plus juste que le pharisien pieux et que la foi d’une femme étrangère est grande.

Les paraboles de Jésus sont des moments de décalage en nous offrant des prises de vue à la façon de Dieu. C’est pourquoi Paul nous offre une parabole en nous disant que le chrétien non-juif est greffé sur sur le tronc d’Israël - « contre sa nature ».

Devant Israël le christianisme n’est pas la racine, il n’est pas la plante saine, il est le greffon, il est ajouté non pas pour sauver la plante mais pour profiter de la racine, de sa sève et de sa vie.

En effet c’est une parabole difficile à recevoir. Elle est contre tout ce que nous avons reçu comme enseignement de l’Eglise. Car l’Eglise enseigne exactement le contraire de ce que Paul écrit dans ce passage.

Je ne me souviens pas du nombre de cantiques où il est question que nous les chrétiens sommes le peuple de Dieu, le peuple choisi, le nouveau peuple, le nouvel Israël, etc… C’est plus répandu dans l’Eglise Catholique que chez nous, mais…

Ceci n’est pas un développement récent, depuis les premiers siècles… Justin Martyr, un père des églises du deuxième siècle écrit ceci:

«La race israélite véritable, spirituelle, celle de Juda, de Jacob, d’Issac et d’Abraham… c’est nous, que le Christ a conduit vers Dieu*». Ce n’est pas seulement un exemple d’histoire, car dans les rapports du Concile du Vatican II le judaïsme est décrit comme une des religions non-chrétiennes, sans aucune référence d’une traduction commune.

Quelle est la relation entre le judaïsme et le christianisme? Et quelles sont des conséquences sur l’histoire de la foi de ce double rejet?

Une des plus lourdes conséquences est sans doute l’antisémitisme: la haine qui conduit à trouver un bouc-émissaire. Puisque le judaïsme est à l’origine du christianisme, le chrétien ne peut pas avoir un regard neutre sur le judaïsme. Soit le regard est celui de la reconnaissance ou soit la reconnaissance est trop lourde à porter donc le judaïsme est rejeté. Nous n’avons pas besoin de faire état de l’histoire d’antisémitisme ni dans le monde ni dans l’Eglise.

Une autre conséquence lourde de responsabilité est les divisions. Une fois que la pensée est admise que Dieu préfère les uns aux autres, ce n’est qu’un petit pas à se diviser en promulguant les décrets contre les hérétiques de tout type.

Le grand schisme de 1054 soldait dans une excommunication réciproque des églises orientales et occidentales. La réforme du 16è siècle est en grande partie le résultat de l’incapacité de l’Eglise Romaine à accueillir des idées nouvelles.

Et les protestants ont toujours manifesté un talent particulier pour se diviser en autant de chapelles que de sensibilités. Ce n’est pas la diversité qui est en question, mais comment la diversité se solde toujours en rejet de l’autre.

Un proverbe africain dit que « les arbres se battent avec leurs branches et s’embrassent avec leurs racines ».

Peut-être une nouvelle écoute de Paul nous donnera la possibilité à redécouvrir nos racines communes qui aidera les églises à dépasser leurs oppositions.

Il y a encore une autre conséquence importante de ce rejet de la racine: l’autoritarisme. A partir du moment où l’Eglise a acquis la conviction qu’elle est sa propre source de révélation et d’autorité il est juste, ou plutôt il lui paraît juste, d’imposer son autorité à l’ensemble. Par la torture des hérétiques, l’Eglise était convaincue que c’était « pour leur bien et pour leur salut ».

L’antisémitisme, les divisions et l’autoritarisme - la liste est longe et lourde de conséquences de ce rejet de nos racines.

Ouvrir le Premier Testament n’est ni une option, ni un plus et certainement pas un ésotérisme, mais sa lecture est vitale pour une foi en Christ.

C’est la lecture et l’enracinement dont parle Paul en nous disons que nous la recevons comme un mystère. Le mystère de la foi est un mystère qu’il faut connaître. Ce mystère est:

Tous est de lui

Par lui

Pour lui

A lui la gloire éternellement.

Notre mot mystère vient du grec mustèrion, ce n’est pas ce qui est caché, comme est souvent le cas en français. « C’est un mystère pour moi… » Un mystère pour Paul n’est pas là où toute question s’arrête, là où il faut tout simplement accepter, non mustèrion est mieux rendu par la mot «révélation», ce qui est révélé.

Là où notre intelligence nous conduit pour contempler, adorer et méditer sur ce qui dépasse notre pensée.

Pourquoi Israël n’a pas reconnu en Jésus le Messie tant attendu? Pour que Dieu puisse accueillir tout le monde - pour permettre à tous d’entrer dans le salut de Dieu.

Que faisons-nous de ce mustèrion?

Comment entendons-nous la parabole de la greffe?

Peut-être à la façon de cette autre « parabole de deux frères » du livre d’Anthony de Mello, ‘Comme un chant d’oiseau’:

La parabole de deux frères

Le premier frère entend l’appel de Dieu, il quitte sa famille et renonce à un bel avenir. Il part à l’étranger et se met au service des plus petits afin de les aider à trouver une dignité. Comme il est talentueux, son comportement dérange les gens bien installés, et ces derniers se débrouillent pour le faire condamner pour une fausse raison. Il est humilié et mis à mort. Quand il arrive au ciel, le Seigneur l’accueille et lui dit, « C’est bien, bon et fidèle serviteur! Tu m’as rendu un service qui vaut mille talents. Je vais maintenant te donner une récompense qui vaut un milliard de talents: entre dans la joie de ton Seigneur! »

Le second fils entend l’appel de Dieu mais décide de ne pas y répondre car il ne veut pas renoncer à la vie qui lui est promise. Il se marie et fonde une famille heureuse. Il crée une petite affaire et comme il est talentueux, elle prospère et il devient riche et célèbre. De temps en temps, il se souvient de sa foi et il donne un peu d’argent aux oeuvres et consacre un peu de temps à sa femme et ses enfants. Arrivé au terme de sa vie, il meurt, rassasié de biens et de jours, entouré des siens. Quand il arrive au ciel, le Seigneur l’accueille et lui dit, « C’est bien, bon et fidèle serviteur! Tu m’as rendu un service qui vaut vingt talents. Je vais maintenant te donner une récompense qui vaut un milliard de talents: entre dans la joie de ton Seigneur! »

L’ainé est surpris quand il apprend que son jeune frère reçoit la même récompense que lui. Il décide d’aller parler à Dieu.

Que lui dit-il?

  1. Seigneur, je trouve injuste que mon frère qui a largement profité de sa vie et qui a été entouré de gloire et d’honneur ait la même récompense que moi qui ai donné ma vie pour les plus pauvres et qui sois mort pour l’Evangile.
  2. Seigneur, avec ce que je sais maintenant, si je pouvais refaire ma vie, j’aurais encore plus de raison de vivre au service de cet Evangile qui accueille pareillement tous les hommes dans ton Royaume.

Quelle aurait été notre réaction? la A?

Quelle est la réponse de l’Evangile? Bien entendu la B.

* Dialogue de Saint Justin avec le juif Tryphon: XI.4

Andrew Rossiter

—Euangélion

Prédication par Andrew Rossiter à Dieppe le 10 août 2014.

Euangélion

Prédication par Andrew Rossiter à Dieppe le 10 août 2014

Matt 14.22-33, Rom 10.1-15, Es 52.7-12

Euangélion

Le 12 août 2012 à Londres, lors du dernier jour des Jeux Olympiques Stephan Kiprotich a remporté le médaille d’or pour le marathon en 2 heures 8 minutes et 1 seconde. Ce n’était pas un record mondial, ni un record personnel, en effet sur une distance de 42 kilomètres (et 195 mètres pour être exacte) les conditions de la route, le dénivellation et la météo font que c’est difficile de comparer un marathon avec un autre.

Tout le monde sait que ce sport trace ses origines à la légende d’antiquité du messager grec Philippides qui a couru la distance entre Marathon et Athènes pour annoncer la victoire contre les Perses en 490 avant Jésus Christ. A son arrivée, à bout du souffle il meurt juste après avoir délivré son message.

Le mot qu’emploie Paul dans sa lettre à la jeune communauté chrétienne de Rome est le même mot que les anciens grecs employaient pour l’annonce d’un message de victoire: « euangélion ». Ce mot euangélion qui est composé de « eu » - bon et « angélion » - nouvelle ou message (d’où vient notre mot « ange » - messager) nous donne « bonne nouvelle » en français ou « évangile ». Le mot « Gospel » en anglais dérive de ce même mot « good » « spell » (message ou écrit).

Donc le mot que Paul a choisi, et qui est devenu un terme presque technique dans le vocabulaire chrétien pour désigner non pas seulement les bonnes nouvelles mais les écrits de quatre premiers livres du Nouveau Testament était un mot « ordinaire » dans le grec des premiers croyants.

Avant l’époque de messagerie instantané de sms, e-mails, twitter etc il fallait courir les nouvelles, les courriers (d’où vient le mot) ont été transmis par des messagers à pieds. Euangélion était un message militaire pour annoncer une victoire.

Euangélion offrait: la liberté, la possibilité que la vie continue, la fin de l’angoisse et de la peur. Les populations qui attendaient l’euangélion vivaient dans l’incertitude pour leur avenir car le contraire était une annonce d’une défaite avec comme conséquences le pillage, le viol, le torture pour les uns, la mort pour les hommes et l’esclavage pour les enfants. Si les nouvelles étaient mauvaises, elles étaient vraiment mauvaises!

Le messager de l’euangélion apportait un avenir nouveau.

Il n’y avait pas de mi-chemin - les nouvelles étaient soit bonnes, ou non…

Voilà la force de ce mot ordinaire que Paul place dans sa lettre afin de faire comprendre à ces nouveaux convertis de Rome le choix de vie devant eux. Le choix était de venir dedans ou d’être dehors, personne ne pouvait rester sur le seuil.

Dehors ou dedans - d’entrer ou non dans l’amour de Dieu offert et donné. D’entrer ou non en faisant un simple pas et d’accepter tout ce que Dieu a déjà fait. D’entrer ou non et franchir la porte qui est ouverte sur la vie nouvelle… voilà ce que Paul espère communiquer.

Car il n’y a pas de dehors pour ceux et celles qui essaient de respecter la loi de Moïse. Il n’y a pas de dehors pour ceux et celles qui ignorent la loi de Moïse. Il n’y a pas de dedans pour ceux et celles qui essayent d’accéder à cette vie par ce qu’ils font, ou ce qu’ils disent. Dedans - dehors ne dépend pas de nous, mais de ce que Dieu a déjà accompli. Dehors - dedans n’est pas nous mais c’est accepter la nouvelle de la victoire qui nous ouvre à un avenir nouveau.

Comprendre cela est un choix décisif dans nos vies. Comprendre, dans ce mot j’entends « prendre » - saisir. Comprendre c’est saisir et être saisi. S’emparer de toute ma force, s’agripper et être chopé par une force ou par une certitude qui me sauve. « Comprendre », dit Paul à la communauté de Corinthe, « j’espère que vous comprendrez complètement… » (2 Cor 1.13). C’est une question de vie et de mort.

Pour arrêter ma chute, une main doit saisir les revers de ma veste - à moi maintenant d’empoigner le bra afin de me hisser de la precipice. Empoigner par l’amour de Dieu este saisir la main qui sauve. Dieu tend sa main vers moi, à moi de saisir avec toute ma force, toute ma foi et toute mon âme sa puissance dans ma vie. Jésus parle aussi de la main - il disait que le Royaume de Dieu est « à la portée de la main ». Si près que nous puissions sentir la chaleur et la solidité de la main de Dieu qui effleure notre vie, fermer notre main autour de son poignet - c’est tout ce que Dieu demande de nous.

Comprendre cela, nous dit Paul, est de saisir l’avenir qui est devant moi, devant chacun de nous.

Le messager qui nous vient est le Christ lui-même.

Souvent les messagers arrivaient épuisés, peut-être ils étaient parmi les combatants, ils avaient participé à la bataille et ils arrivaient blessés; sanglants, les pieds souffraient, pas de Nikes ni d’Adidas pour ces messagers des premiers siècles. Ils étaient chaussés en sandales ou pieds-nus. Pouvez-vous imaginer l’état de leurs pieds après des kilomètres de course?

En prenant le texte d’Esaïe - leurs pieds étaient les plus beaux, car ils annoncent de bonnes nouvelles. Ces hérauts s’épuisent pour annoncer la victoire.

Jésus était le messager, le coureur du ciel à la terre. Il est arrivé à la croix avec le message de salut. Il s’est épuisé sur la colline de Golgotha avec un message universel de libération et de victoire. Son message, annoncé au prix de sa propre vie, mettait fin au système de mérite et inaugurait une relation, nouvelle avec Dieu. Sur sa croix, les mains et les pieds de Jésus témoignent de la réalité de son amour.

Jésus était l’ultime coureur de marathon qui traverse l’espace de notre histoire et de tout notre monde pour s’écrouler sur la croix. Les mains et les pieds ensanglantés de Jésus apportent le message de délivrance pour tout notre monde.

« Qu’ils sont beaux ces pieds de l’annonciateur » proclame Paul en reprenant la citation d’Esaïe.

Ce sont les mêmes pieds qui ont grimpé le mont des béatitudes pour apporter un message de paix, de compassion et de réconciliation, ce sont les pieds qui ont été lavés par les larmes d’une femme, les mêmes qui ont parcouru des kilomètres sur les routes de la Galilée, ce sont les pieds qui ont marché sur la surface des eaux pour montrer la victoire sur les forces qui veulent nous détruire. Ces mêmes pieds sont maintenant cloués sur une croix. Ce sont ces pieds que nous contemplons en premier en levant la tête vers la croix.

Ces pieds mutilés, cassés et transpercés tiennent péniblement pendant encore quelques heures afin qu’il puisse délivrer son message de bonne nouvelle, de son évangile de son gospel, de l’Euangélion.

Et ce messager, frappé et couvert de sang reflète parfaitement toute la profondeur, la hauteur et la largeur de l’amour de Dieu pour nous. Car le messager est arrivé jusqu’à chez nous, il est venu et nous n’avons plus à attendre, ni à craindre - notre attente est finie, nous avons maintenant la bonne nouvelle entre nos mains.

Sur la croix, Jésus prononce les premiers mots du psaume 22, « Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné? » Ce même psaume termine, « Tu m’as répondu, Tu l’as fait! ». Tout est accompli, une fois pour toutes, nous avons reçu le message de délivrance. La nouvelle que le mal est vaincu, que Dieu a remporté la victoire.

La bataille n’est pas la nôtre et la victoire appartient à Dieu. « Vous êtes sauvés ».

Nous sommes sauvés - que faire de ce message de libération?

Comment le traduire dans nos vies personnelles et familiales? 

Nous sommes sauvés - quelles sont des conséquences de ce message dans nos relations au travail ou avec les autres, avec nos voisins et les autres membres de notre église? 

Nous sommes sauvés - est-ce que nous saisissons la force de ce message et la permettre de changer notre vision du monde? Voilà - comprendre ce qu’annonce le messager sur la croix.

A chacun de nous de traduire dans sa langue personnelle le sens du mot « Euangélion ».

Andrew Rossiter

—Menu Happy Meal

Prédication par Andrew Rossiter à Luneray le 3 août 2014. Texte: Matt 14.13-21 « La multiplication des pains”

Le menu « Happy Meal »

Matt 14.13-21, Rom 8.35-39, Es 55.1-3

Qui parmi nous, parents ou grand-parents n’est pas allé à MacDo avec les enfants. Et ils ont commandé un « Happy Meal ». Un Happy Meal c’est:

un plat au choix (McFish, Croque McDo, Hamburger, Cheeseburger, Chicken McNuggets)

un accompagnement au choix (Petite Frite, Moyenne Deluxe Potatoes, P’tites Tomates)

une boisson gazeuse, ou un jus de fruits Bio ou un Minute Maid Orange, ou un Lipton Ice Tea, Evian

un dessert au choix (P’tite Orange, P’tite Pomme, Mon Bio à boire, Berlingo’Fruits) et aussi un super jouet pour s’amuser !

Un repas « bonheur » - mais le bonheur dans ce cas n’a qu’une courte durée. Toute de suite les adultes commencent à dire, « dépêche-toi, tu n’as rien mangé encore! », ou un peu plus tard, « de toute façon si tu ne manges pas tout tu n’iras pas sur les jeux ». Et le jouet plastoc en question n’est pas si super que ça, le gamin l’a déjà, c’est le jouet pour une fille et lui c’est un garçon… et il ne marche pas!

En quelques minutes les boissons gazeuses ont pris la flotte des glaçons et les frites sont tièdes. Le Happy Meal ne dure qu’un instant avant de le flanquer dans la poubelle la plus proche.

Manger, la nourriture et les repas sont souvent associés avec un sens de bonheur. Depuis notre enfance nous nous souvenons des repas de familles, des rencontres dans le jardin d’été, des pique-niques sur la plage ou encore les repas de Noël - tout le monde autour de la table. En devenant adulte c’est à nous d’organiser des repas qui prennent soin de marier les mets, les vins et les invités. Le bonheur de passer quelques heures à table ne nous quitte pas.

Pourtant nous sommes de plus en plus conscients de dangers cachés en ce que nous mangeons. Le surconsommation, l’obésité, de tout ce qui cancérigène, les graisses saturées et la liste continue… Mais notre société est une société de rapide consomption, en même temps que nous sommes avertis des dangers et que nous achetons de plus en plus bio, nous mangeons d’avantage de « fast food ». En France - connue pour sa gastronomie - le secteur Fast Food représente maintenait plus que la moitié des restaurants (54%), Burger King, qui a fermé ses restaurants il y a 15 ans, est maintenant revenu avec sucés. 

« Manger » n’est pas la question - en effet Jésus aimait la table. Il aimait manger avec ses amis, faire la fête, être à table - il se trouvait si souvent à table que ses ennemies le traitaient d’ivrogne et de glouton. Il aimait tant manger qu’il manger avec tout le monde, même avec les pécheurs et les collecteurs d’impôts.

L’histoire de Dieu avec son peuple est parsemé de miettes de pains, des plats succulents et des vins rares. Qui ne pense pas à ces repas du Premier Testament: des galettes et des flacons d’huile, de la manne dans le désert et des somptueux banquets dans le livre d’Esther? Nous ne pouvons pas oublier que le premier acte de désobéissance raconté dans la Bible concerne la nourriture ! Et que la production de la même nourriture se fera dans la douleur et la pénibilité. Pour un plat de lentilles le droit d’ainesse a été vendu et tous les sacrifices des holocaustes n’ont pas approché d’un centimètre les hommes vers Dieu.

La table dressée, préparée est aussi un lieu de dialogue, d’entente et … de conflit. Qui n’a pas assisté à une scène de colère et de dispute dans un restaurant? La personne se lève en criant de tout sa force, l’assiette est jetée par terre et elle quitte le restaurant en claquant la porte. Les autres personnes se regardent embarrassés et petit à petit les conversations reprennent, mais tout le monde a maintenant une belle histoire à raconter. Certes, c’est difficile d’arranger nos tables pour le traditionnel repas de fin de l’année, ou pour un anniversaire - car il ne faut pas mettre un tel à côté ni en face d’un tel… Un casse-tête d’organisation de table!

Le 6 juin dernier, lors des manifestations pour commémorer le débarquement en Normandie François Hollande était obligé de manger deux fois le même soir parce que Vladimir Poutine et Barrack Obama ne pouvaient pas s’assoir à la même table. En même temps nous voyons les trafiquants d’armes, les chefs d’état et autres qui sont invités tous aux banquants à l’Elysée. Un repas n’est pas toujours pour ce qui dans les assiettes mais souvent une occasion pour se parler.

La nourriture est bien plus qu’un besoin physique. Dans toutes les sociétés s’assoir à table est de l’ordre spirituel. 

Matthieu nous raconte un épisode dans la vie de Jésus qui nous montrer clairement toute l’incarnation de ce Fils de Dieu. Il est guérisseur, guide spirituel et compagnon plein de compassion. C’est par compassion qu’il guérit, c’est par compassion qu’il nourrit. La maladie, la souffrance et la mort sont les réalités présentes aussi bien en temps de Jésus qu’aujourd’hui et Jésus n’a jamais ignoré la difficulté de vie de ceux et celles autour de lui. Souvent il s’arrête en route pour tourner vers un aveugle, un enfant, un parent pour les aider dans leur détresse. Le corps est honoré dans la vision de Jésus, le corps malade ou déforme, le corps pestilentiel ou inanimé - tout le corps cassé est occasion de resurrection. Souvent ces resurrections étaient accompagné d’un repas partagé - un repas pour célébrer ce qui est mort est maintenant en vie.

Jésus savait que gouter à la vie passe aussi par les sens de la bouche. Il aurait pu lire le texte d’Ezékiel « Mange ce rouleau, il a le gout de miel » (3.1-3). La profondeur de la connaissance divine passe par tous les sens, la nourriture est symbole de la présence de Dieu ici présent ce matin sur la table, aussi bien dans nos vies, qu’entre nous et nos adversaires, entre amis, entre inconnus. Gouter à la vérité et à l’amour de Dieu passe par la bouche aussi bien que par le coeur et l’intelligence. Nos corps, nos âmes et nos esprits forment ensemble le recipient pour la grâce et le pardon de Dieu.

Le poème « Love » par George Herbert est cité dans une lettre de Simone Weil à Joë Bosquet, elle considérait ce poème comme le plus mystique qu’elle a jamais lu:

LOVE

Love bade me welcome ; yet my soul drew back,

Guilty of dust and sin.

But quick-ey’d Love, observing me grow slack

From m’y first entrance in,

Drew nearer to me, sweetly questioning

If I lack’d anything.

A guest, I answer’d, worthy to be here.

Love said, You shall be he.

I, the unkinde, ungrateful ? Ah, my deare,

I cannot look on thee.

Love took my hand and smiling did reply :

Who made the eyes, but I ?

Truth, Lord ; but I have marr’d them : let my shame

Go where it doth deserve.

And know you not, says Love ; who bore the blame ?

My deare, then I will serve.

You must sit down, says Love, and taste my meat.

So I did sit and eat.”  

 Amour m’a dit d’entrer, mon âme a reculé,

Pleine de poussière et de péché.

Mais amour aux yeux vifs en me voyant faiblir

De plus en plus, le seuil passé,

Se rapprocha de moi et doucement s’enquit

Si quelque chose me manquait.

Un hôte, répondis-je, digne d’être ici.

Or, dit Amour, ce sera toi.

Moi, le sans-coeur, le très ingrat ? Oh mon aimé,

Je ne puis pas te regarder.

Amour en souriant prit ma main et me dit :

Qui donc fit les yeux sinon moi ?

Oui, mais j’ai souillé les miens, Seigneur. Que ma honte

S’en aille où elle a mérité.

Ne sais-tu pas, dit Amour, qui a porté la faute ?

Lors, mon aimé, je veux servir.

Assieds-toi, dit Amour, goûte ma nourriture.

Ainsi j’ai pris place et mangé. »

George HERBERT

(1593 - 1633)

Traduction de Jean Mambrino

 

La nourriture simple composé de poissons et du pain, servi par le Seigneur de la Vie sur la rive du lac devient le festin de son amour pour les hommes et les femmes - un véritable « Happy Meal » de rencontre, de reconciliation et de vie. Ici, sur cette plage, nous approchons aussi à notre table de ce matin: avec les éléments simples et quotidiens, Jésus romp le pain, il verse du vin pour partager toute sa vie avec ses amis. Ce repas, à la veille de la Pâque, est notre repas de rencontre avec lui - ici est le festin qui satisfait nos besoins les plus profonds, ici sur cette table se trouve les nécessaires pour notre salut, ici nous goutons aux saveurs d’accomplissement et du pardon, d’acceptation et de plénitude. Seule cette table nous offre la possibilité de gouter le repas qui nous comble -le sacrement d’amour et le mystère de notre salut.

Luc nous dit: « Des gens viendront de l’est, de l’ouest, du nord et du sud. Ils prendront le grand repas dans le Royaume de Dieu » (Luc 13.29).

Combien sommes-nous? Des millions et des millions de tous les temps et de tous les horizons, réunis autour de la table de son amour. Prends-tu ta place? C’est une question à laquelle seul tu peux répondre.

 

Andrew Rossiter

—Faites ceci en mémoire de moi

Prédication par Andrew Rossiter à Luneray le 6 juillet 2014

FAITES CECI EN MEMOIRE DE MOI

« Faites ceci en mémoire de moi »

Prédication par Andrew Rossiter à Luneray le 6 juillet 2014

Cette prédication a été inspirée par des échanges pendant la Pastorale Régionale à Godswarsveld (30 juin-1 juillet 2014). Un grand merci à Jérémie et à Eckart et Jan-Albert.

Psaume 23, 1 Corinthiens 11.23-26

En août 1914 la guerre tant voulue par les hommes était là.

2014 - cette année nous célébrons, ou devrais-je dire nous marquons ou commémorons le commencement de ce conflit qui aller en finir avec toutes les guerres. 2014, ce n’est pas la fin de la guerre, mais son commencement. Quel sens devons-nous donner à une commémoration d’un début d’une guerre?

A notre Pastorale Régionale cette année nous étions sur les sites de cette guerre. Nous étions logés dans le monastère du Mont des Cats à Godswarsveld près d’Hazebrouck sur la frontière Belge. Nous avons visité des cimetières militaires (pour certains pasteurs la première visite à un cimetière militaire). Nous avons regardé les lignes de front qui étaient figées pendant quatre ans.

J’ai aussi un souvenir qui m’est revenu d’une visite avec Florian, encore tout petit, des lignes de front et des tranchées dans ce nord de la France.

Les hommes face à face à quelques mètres les uns des autres - on pouvait entendre tousser l’ennemie pendant la nuit! Ils étaient tapis dans leurs tranchées - ces hommes en cette fin de l’année 1914 n’attendaient que le moment opportun, pour aller grimper dehors, fusil et grenade à la main pour tuer et massacrer les hommes dans leur camp. Tuer d’autres jeunes hommes comme eux. Jeunes avec toute leur vie devant eux.

La compassion avait disparu de la terre de guerre et à sa place une hostilité implacable.

Les cimetières sont des témoins de cette hostilité et de cette haine:

Nous nous sommes rendus au Mont Kemmel, point culminant des Flandres à 156m, un point stratégique pendant cette guerre. Ce mont a été pilonné par des abus, aucun arbre , aucun bâtiment, aucun arbuste résistait à la pluie de fer - au point que les soldats l’ont baptisé « Mont Chauve ». L’ossuaire regroupe les restes de 5294 soldats Français, dont seulement 57 ont pu être identifiés.

… et puis ce cimetière militaire de l’hôpital de campagne de Lijessenthoek. Là, 9901 sépulcres des soldats Britanniques et du Commonwealth reposent, d’autres nationalités sont enterrés dans ce même cimetière - des Français et des Allemands, car dans les hôpitaux on soignait des blessés des deux côtés.

La tuerie, la haine, l’hostilité - comment commémorer tout cela aujourd’hui en 2014?

Il y a phrase dans le psaume 23 que nous avons lu ce matin qui m’interpelle:

« Tu dresses une table face à mes adversaires »

C’est la phrase « face à ». A travers la même table je me trouve en face de mes adversaires. D’autres traductions le rendent « en présence de… » 

Dans les tranchées, face à face - le visage qui dévisage l’autre, qui guette le moindre geste, le moindre mouvement qui peut indiquer le commencement d’une attaque ou le ré-positionnement d’un franc-tireur.

Mais à Noël 1914 une brèche s’ouvre dans le mur de la haine.

Dans leurs tranchées des soldats Anglais et Français et Allemands attendaient depuis des semaines des ordres de l’assaut décisif - il n’en fut rien!

Des chants de Noël s’élèvent « Stille Nacht” d’un côté et des Christmas Carols de l’autre. Ce que les historiens appellent « La Trêve de Noël » - mais en réalité ce n’était pas une trêve plutôt une fraternisation non-officielle. Des échanges de cadeaux, de la nourriture et des cigarettes et un match de foot impromptu. C’était aussi une occasion d’enterrer des morts. Les soldats Allemands et Britanniques s’arrêtent pour dire ensemble le psaume 23.

Cet événement n’a pas été relié ni en France ni en Allemagne, les rapports de presse étaient censurés, seulement le « Daily Mirror » en Angleterre imprime une photo sur sa première page. La majorité des photos ont été détruites, et les soldats ont été transférés sur d’autres secteurs.

Face à l’autre, mon ennemie - que vois-je sinon un reflet de mon propre visage. Face à l’adversaire quel est ce visage qui me regarde? Afin de regarder en face il me faut un tiers, un autre qui convoque et qui invite et qui me donne le courage de regarder au lieu de viser.

Un tiers comme un 25 décembre, un tiers comme un autre qui relient.

Mais ce n’est pas très protestant tout cela. Nous n’avons pas besoin des autres, des saints, de la Vierge Marie, des prêtres et autres. Non, nous les protestants nous avons le contact directe avec Dieu. Cela n’a jamais été la théologie protestante. Depuis le commencement Luther, Calvin, Zwingli et les autres ont toujours prêché un autre, un tiers. Le Christ qui se tient là entre moi et Dieu, entre moi et mes adversaires.

C’est lui qui nous invite à cette table, c’est lui qui nous convoque à son repas pour former ce corps dont parle Paul.

« Faites ceci en mémoire de moi » - non pas de vous, ou d’eux, mais de moi dit le Seigneur.

Se souvenir - pour ne pas répéter les mêmes erreurs du passé, nous savons par notre expérience que c’est impossible.

Se souvenir pour maintenir vivant le sens du sacrifice de ces jeunes hommes sur les champs de bataille, ou d’un homme sur une croix comme si le sacrifice ne suffit pas à lui-même?

Se souvenir pour revivre la douleur et la peine, la souffrance et la perte comme si nous pouvons nous mettre à leur place, à sa place?

Se souvenir pour enterrer et d’enfin pouvoir passer ailleurs et à la vie.

Une phrase de Paul résonne dans cette liturgie de Sainte Cène:

« Chaque fois que vous mangez de ce pain et que vous buvez de cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur »

Vous annoncez la mort du Seigneur.

Ce repas et cette table dressée indiquent pour nous la présence du Christ parmi nous, ils annoncent sa mort, non pas sa résurrection, mais sa mort!

Ce pain et cette coupe sont des signes de sa mort - il ne faut jamais oublier cela. Nous voulons aller directement à la résurrection, sans passer par la croix, la tombe et l’ensevelissement.

Notre foi veut occulter la douleur, la souffrance, la perte et le vide - comme si nous ne saurons pas résister à la tentation du douleurisme. Comme si nous voulons aller au plus vite à la lumière du matin de Pâques.

A cette table ce matin, ici dans ce temple - comme partout dans le monde où ce repas rassemble les fidèles est annoncée la mort de Jésus, sa disparition, le coût qu’il a payé.

… et puis, et puis après, seulement après, nous invoquons le Saint Esprit dans ce que nous appelons la prière « épiclèse ». C’est cet appel à l’Esprit, qui vient pour combler le vide, pour animer la foi et pour ré-animer la vie, par qui nos coeurs sont revivifiés et nous sommes remis en route pour marcher avec le Ressuscité. 

Peut-être ce que nous faisons deux fois par mois autour de cette table est «faire mémoire». Ce que nous faisons nous permet de temps en temps de re-regarder les noms gravés sur les deux pierres dans ce temple.

Eux aussi, ils sont morts. Nous annonçons leur mort comme nous annonçons la mort de chaque être qui nous est cher.

En les nommons nous offrons au Saint Esprit une brèche dans nos vies qui veut être si bien protégées, 

une brèche pour entrer comme un tiers pour nous rejoindre à nos tables

une brèche pour que nous puissions nous regarder nous-mêmes

une brèche qui nous invite à nous lever les yeux en direction de nos adversaires

une brèche pour retrouver la force pour continuer la route

pour redonner l’espérance à nos lendemains

pour nous mettre devant l’exigence de la paix, de la réconciliation et du pardon.

Prions que nos vies ne sont pas si blindées à ne pas contenir des brèches à l’action du Saint Esprit.

 

FETE des Ecoles Bibliques

Dimanche 22 juin - Fête des Ecoles Bibliques de Luneray et Dieppe au temple de Dieppe. 

Le grand Livre de la Genèse - pendant per culte nous avons tourné les pages et les enfants ont raconté quelques grands événements du livre de la Genèse (La Création, Noé, Abraham, Jacob et Esaü et Joseph).

Le texte intégral en .pdf est disponible en nous contactant:

andrew.rossiter@orange.fr

Andrew Rossiter

—Homme - ces os, pourraient-ils revivre?

Prédication par Andrew Rossiter à Luneray « Jazz au Temple”

Ezékiel 37.1-11 La Vallée des ossements desséchés