PREDICATIONS ET SERMONS

Un blog personnel de quelques prEdications prEchees A l'Eglise Protestante unie de Luneray et de Dieppe par le pasteur et des predicateurs laics.
Andrew Rossiter

—Ta justification est proche

Prédication pour Rameaux à Luneray par Andrew Rossiter, 13 avril 2014.

Ta justification est proche

Ta justification est proche

Ta justification est proche

Prédication par Andrew Rossiter pour Rameaux à Luneray le 13 avril 2014

Esaïe 50.4-9, Matt 21.1-11, Philippiens 2.5-11 (Volonté de Dieu)

Israël est une nation, un peuple, qui sait ce que c’est de perdre.

Même à l’époque d’Esaïe, quelques 500 ans avant le temps du Christ:

des puissantes armées envahissent leur territoire, tuant et pillant tout ce qu’elles trouvent devant elles

l’élite de cette nation sont déporté en exile

leurs trésors du temple et de leurs palais furent dérobés

leurs récoltes furent moissonnées par d’autres.

Ce peuple avait peur. Peur pour eux-mêmes, pour leurs vies et les vies de leurs enfants, mais surtout peur pour l’avenir. Est-ce qu’ils allaient disparaître comme beaucoup de peuple avaient fait avant eux? Où était leur Dieu maintenant - au moment qu’ils en avaient le plus besoin? Pourquoi Dieu ne faisait rien pour les aider? Si Dieu leur a choisi - pourquoi a-t-il les abandonné?

Ils avaient besoin d’un Messie, celui qui allait venir pour restaurer comme c’était avant, pour remettre les choses en place, pour revivre le temps glorieux du roi David. Ils avaient besoin de quelqu’un de faire valoir leur place comme le peuple choisi, la nation élue.

Esaïe était celui choisi par Dieu, animé par son esprit, il parlait à ce peuple en ce temps de crise.

« Le Seigneur Dieu instruit ma langue »

ou comme nous le lisons dans la NBS,

« Il m’a donné le langage des disciples »

et plus tard…

« et celui qui me justifie est proche ».

Et Esaïe parle, il ne cache rien des malheurs qui arrivent, ni des épreuves qu’il voit, mais il parle:

d’espoir

de justification

d’encouragement

il parle de la fidélité de Dieu et de ses promesses. Il parle en les rappelant que Dieu se laisse découvrir en ce serviteur souffrant, c’est lui qui vient pour le salut d’Israël.

500 ans plus tard, au temps de Jésus, et plus précisément au moment d’écrire les évangiles, la jeune église ne pouvaient que comprendre ces paroles qu’à la lumière du Christ.

Ecoutons encore ce texte et vois cette description de Jésus…

« J’ai présenté le dos à ceux qui me frappaient. »

« Je ne suis pas détourné des insultes et des crachats. »

Ces paroles sont significatives et appropriées à Jésus car encore une fois Israël est occupé.

Ceux et celles qui se sont revenus de l’exile ont reconstruit le temple, ils ont rétabli la loi et les coutumes. Maintenant ils sont du nouveau envahis, réduit à la pauvreté, payant des impôts exorbitants.

L’histoire semble se répéter, se télescoper même - les attentants d’il y a 500 ans reviennent en force

Un nouveau prophète se lève du peuple

Il pose des signes puissants, il opère des miracles, il guéri les malades et il prononce des paroles prophétiques.

Il parle comme personne ne parle de Dieu, de son Royaume, de l’amour et du Règne qui vient. Il parle surtout comme s’il avait une connexion directe avec le Tout-Puissant, avec autorité.

L’oppression, la pauvreté, la peur dominent les coeurs de son peuple - ils attendent une seule chose: quelqu’un qui va montrer le chemin de l’affranchissement et du salut.

C’est le moment de la Pâque la fête de « Pessa’h » פֶּסַח. A ce moment dans l’année il y avait peut-être 100,000 personnes qui arrivent à Jérusalem. C’est la fête où « chaque individu doit se considérer lui-même comme il était sorti d’Egypte ». Chacun se pense un esclave affranchi. Chaque croyant se trouve au bord de la Mer des Joncs. Toute l’histoire du peuple d’Israël est présente dans les aliments sur la table pendant le repas Seder.

L’entrée de Jésus à Jérusalem n’était pas un accident ou un hasard. Sa décision était prise et sa mise en acte était une démonstration de sa puissance et une déclaration de sa mission. Toute sa vie et toute son autorité étaient au rendez-vous ce jour-là à Jérusalem.

Si quelqu’un posait de question, les disciples devaient répondre « le maître en a besoin ». Son autorité était sans question - laisser ou prendre c’est la seule décision qui t’appartiens!

Où situons-nous?

Sommes-nous avec des disciples ou dans la foule?

Peut-être trouvons-nous parmi les religieux, pensant que ce « roi à pieds nus » va trop loin?

Cachons-nous au fond, tranquilles au balcon pour regarder de loin ce qui se passe - attendant savoir comment tout cela va se terminer?

Nous ne sommes pas avec les occupants, ça c’est clair - même si parfois c’est bon pour les affaires de s’entendre avec eux…

Attendons-nous ce sauveur qui va tout remettre en place?

Dans nos différents conflits de famille ou de voisinage ou au travail - attendons-nous quelqu’un qui peut venir pour faire la paix ou la réconciliation?

Dans nos intérieurs, attendons-nous une réponse claire à nos interrogations et nos incertitudes?

Dans la vie de lia cité, dans notre pays, dans le domaine politique qu’est-ce que nous espérons d’un nouveau gouvernement remanié, plus serré et plus professionnel?

Dans notre santé, dans nos corps, là où la maladie fait son travail, nous rendant faibles et fragiles quels sont des remèdes que nous attendons? La crème efficace contre la vieillissement ou le régime miracle qui marche…

Face à nos demandes, face aux demandes du peuple de Jérusalem nous apercevons un sauveur qui chevauche un âne. 

Un âne - ce n’est pas un cheval.

Une bande joyeuse qui chante - ce n’est pas une armée.

Des branches coupées des arbres - ce ne sont pas des épées et des lances.

Des vêtements jetés par terre - ce n’est pas un tapis rouge.

Les images que nous avons de cette entrée à Jérusalem sont coloriées d’humilité, des tons de non-violence, des pastels de paix des traits tracés d’une force tranquille.

Nous aimons nous rappeler que des signes posés par Jésus ce jour-là parlent à nos espoirs d’un monde plus juste, moins violent où le courage et la conviction sont récompensés à leur juste valeur. Quand nous nous trouvons devant des victoires remportées par les plus forts, qui écrasent les plus petits - ce jour des Rameaux nous donne espoir.

Il arrive sur un âne. Le mot en hébreu pour âne est « hamor » et ce mot partage la même racine que le mot pour la matière. Jésus chevauche un âne, il domine la matière. Il est sur la matière. Dominer la matière est l’acte créateur de Dieu au commencement de la création. Dominer la nature, la matière, c’est le premier commandement à l’être humain en Genèse.

Ici Jésus ne nous indique pas, ou pas seulement, le chemin à suivre, il ne nous dit pas: voilà ce qu’il faut faire pour être un disciple. Il ne dit pas plus qu’il faut marcher d’une manière humble - même si tout cela est inclut dans cet événement. Non il déclare aussi, et peut-être en premier qu’en lui une nouvelle création voit le jour.

« Le Seigneur en a besoin ». Le Seigneur a besoin de cet âne, il a besoin de cette matière, de ses disciples, de ses amis, de toi et de moi. Il en avait besoin à Jérusalem, et maintenant il en a besoin ici à Luneray et partout dans le monde. Face à cette demande du besoin du Seigneur, entendant cette déclaration de la bouche de notre Dieu - où est-ce que je me situe maintenant?

Juste pour terminer (une deuxième fois) - une note sur le mot « Pessa’h ». Ce mot veut dire passage, féconder, convertir. Pessa’h, c’est passer à l’autre côté, c’est l’ange qui passe au-dessus des maisons, c’est tout le peuple qui passe à travers la mer, c’est tout croyant qui passe à l’autre côté (du miroir). A l’autre côté, là où il n’y a plus d’illusions, là où nous savons que les illusions ne sont pas plus que les illusions.

La nuit de Pessa’h c’est le passage et la transition, c’est:

passer du sédentaire au nomade

de l’esclavage à l’exile

de l’être à devenir.

« Metanoia » (en grec) c’est de passer de l’ancienne vie à cette nouvelle vie, à une nouvelle création. Ce passage est maintenant manifesté par le roi qui chevauche un âne.

 

Lazarre: 2 voix


Prédication dialogue pour le 6 avril 2014 à Luneray
Jean chapitre 11.1-46 (Traduction Parole de Vie)

Jean-Paul Morley et Andrew Rossiter


Lecture
Il y a un homme malade appelé Lazare. Il habite à Béthanie, le village de Marie et de sa sœur Marthe. 2Marie est la femme qui a versé du parfum sur les pieds du Seigneur et qui les a essuyés avec ses cheveux. C’est le frère de Marie, Lazare, qui est malade. 3Les deux sœurs envoient quelqu’un dire à Jésus : « Seigneur, ton ami est malade. »

Premier commentaire : Jean-Paul
C’est comme au début d’un film : on présente les différents personnages. On va donc raconter une histoire, il va donc se passer quelque chose, avec des surprises et des rebondissements… comme dans une histoire !
Alors : qui est là ?
Dans l’ordre d’apparition, mais ce n’est pas forcément l’ordre d’importance :
    - d’abord un malade ; Lazare, qu’on ne connait pas. Il sera au centre de l’histoire mais ne fera pas grand-chose.
    - Ensuite, Marie : elle est importante ! Ce n’est pas Marie la mère de Jésus, ce n’est pas Marie de Magdala, c’est Marie de Béthanie, la sœur de Marthe. Et elles ont un frère : Lazare. Et c’est elle, nous dit l’Évangile de Jean, qui un jour, alors qu’elle avait une vie cassée, en chaos, pas très propre, c’est elle qui est venue embrasser les pieds de Jésus, verser des larmes et du parfum sur ses pieds, puis les essuyer avec ses propres cheveux. Parce qu’elle avait compris qu’à travers Jésus, Dieu lui pardonnait tout ce qu’elle avait fait de mal, l’acceptait avec son chaos, et l’invitait à vivre mieux, plus droite.
    - Ensuite, la sœur de Marie, qui s’appelle donc Marthe. Elle aussi est importante, mais on ne le sait pas encore…
    - Il y a aussi un serviteur, qu’on ne connait pas, et qui va faire le messager.
    - Et puis, celui qu’on appelle « le Seigneur ». Qui est-ce ? Jésus, bien sûr. Mais lui n’est pas sur place, il est à 3 jours de marche. Alors que va-t-il faire quand il apprend que son ami est malade ?

Lecture
4Quand Jésus entend cela, il dit : « La maladie de Lazare ne va pas le faire mourir, mais elle va servir à montrer la gloire de Dieu. Ainsi elle donnera de la gloire au Fils de Dieu. »


Deuxième commentaire : Andrew
« La maladie de Lazare ne va pas le faire mourir » nous dit le texte, mais c’est exactement ce qui se passe. Il est mort, il est enterré, il n’est plus – la réaction de ses sœurs est compréhensible, naturelle – comment ne pas être fâché, attristé et affligé par la mort d’un proche !
Alors que dire – que Jésus n’avait pas le don de l’omniscience, qu’il ne savait pas tout ? Que Jésus s’est trompé, qu’il croyait que Lazare n’était pas mort ? Ou, est-ce qu’il a une autre vision de la mort ?
Un passage de la femme théologienne orthodoxe (Julia de Beausobre) me vient à l’esprit : « Le moment de ma mort sera l’envahissement de l’éternité » (The moment of my death will be the inrush of timelessness). Vers la fin de sa vie, cette femme fragilisée, vieille et malade considérait son corps comme un barrage retenant une énorme masse d’eau. À l’approche de la mort son corps commençait à se désintégrer, le barrage allait rompre et les eaux entreraient en elle. Elle n’avait plus de force pour les retenir et au moment qui nous semble le plus terrifiant, la fin de vie, elle avait compris que ces eaux étaient son éternité.
L’envahissement de tout temps dans son corps – cette autre qualité de temps et de vie - allait prendre place en elle. Son œuvre était finie, tout ce qu’elle a fait, espéré, travaillé venait à elle dans un afflux d’amour.
C’est ainsi, je pense, que Jésus comprend la mort de son ami – l’arrivée tout d’un coup de toute éternité pour lui. C’est ainsi que cette mort va servir à montrer la gloire de Dieu : la mort de Lazare et la nôtre aussi.

Lecture
5Jésus aime Marthe et sa sœur, et Lazare. 6Il apprend que Lazare est malade, et pourtant, pendant deux jours, Jésus reste là où il est. 7Ensuite il dit à ses disciples : « Retournons en Judée. » 8Ses disciples lui disent : « Maître, l’autre jour, des Juifs cherchaient à te tuer en te jetant des pierres, et tu veux retourner là-bas ? » 9Jésus leur répond : « Il y a douze heures dans une journée. Si on marche pendant le jour, on ne tombe pas, parce qu’on voit clair. 10Mais si on marche pendant la nuit, on tombe, parce qu’on ne voit pas clair. » 11Ensuite Jésus ajoute : « Notre ami Lazare s’est endormi, mais je vais aller le réveiller. » 12Les disciples lui disent : « Seigneur, s’il s’est endormi, il guérira. » 13Jésus a voulu dire : « Lazare est mort », mais les disciples croient qu’il parle du sommeil normal. 14Alors Jésus leur dit clairement : « Lazare est mort. 15Je n’étais pas là-bas et je m’en réjouis, à cause de vous. De cette façon, vous pourrez croire en moi. Mais allons auprès de Lazare. » 16Alors Thomas, appelé aussi le Jumeau, dit aux autres disciples : « Allons-y nous aussi, pour mourir avec Jésus ! »

Troisième commentaire : Jean-Paul
Jésus aime Marthe, sa sœur et Lazare. Jésus a donc des vrais amis. Pas seulement des compagnons, des disciples, des hommes et des femmes qui le suivent. Mais aussi des amis, comme vous en avez tous, comme j’en ai, des personnes auxquelles nous tenons.
Alors Jésus décide, après 2 jours, d’aller voir son ami Lazare qui est malade. Mais les disciples ont peur : ils savent que Jésus a des ennemis à Jérusalem, des religieux, - oui, hélas - des maîtres de morale. Ils savent que ces ennemis veulent le lapider, le tuer à coups de pierres.
Mais Jésus répond : si tu marches dans la lumière, tu ne crains rien. Si tu sais pourquoi tu vis, pourquoi tu fais ce que tu fais, tu avances quand même, même quand y a du danger. Et c’est vrai : quand on sait avoir raison, on avance quand même, tranquille, même s’il y a des risques.
Alors que si tu marches dans le noir, s’il y a du noir en toi, du flou, du pas net, tu hésites et tu trébuches, tu n’es… pas clair.
Avons-nous la lumière ? Nous sentons-nous éclairés de l’intérieur ? Nous sentons-nous même parfois lumineux pour autrui ? Si oui, ne vous inquiétez pas : c’est un don de Dieu.

Et Jésus dit à ses compagnons :
     - Lazare s’est endormi, et je vais le réveiller.
    - Ses compagnons, se disent alors : très bien, c’est qu’il va mieux, il va guérir !
    - Non, dit Jésus, il est mort…
    - Ils répondent : alors c’est fini, plus la peine.
- Si, c’est justement le moment d’y aller. Parce que la mort ce n’est pas une fin. C’est juste un  sommeil, un passage ; il y a une vie derrière elle.
Je vais le réveiller de la mort.
Mais eux ne comprennent toujours pas : ils savent le danger, ils ont peur pour Jésus et pour eux ; mais comme ils sont courageux, parce qu’eux aussi aiment Jésus, alors ils iront avec lui, sûrs que Jésus sera tué.

Et ils ont raison : Jésus va mourir. Jésus sait que marcher vers le village de Lazare, Béthanie, qui est près de Jérusalem, c’est marcher vers sa mort.
Quand il parlait de sommeil et de réveil, il parlait aussi de lui, de sa mort, et de sa résurrection – ce sera Pâques !

Lecture
17Quand Jésus arrive, il apprend qu’on a mis Lazare dans la tombe il y a quatre jours déjà. 18Béthanie est près de Jérusalem, à trois kilomètres environ. 19C’est pourquoi beaucoup de Juifs sont venus chez Marthe et Marie, pour les consoler de la mort de leur frère.

20Marthe apprend que Jésus arrive et elle part à sa rencontre. Marie reste assise à la maison. 21Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort. 22Mais, même maintenant, Dieu te donnera tout ce que tu lui demanderas, j’en suis sûre. » 23Jésus lui dit : « Ton frère se relèvera de la mort. » 24Marthe lui répond : « Oui, je le sais, il se relèvera de la mort quand tous les morts se relèveront, le dernier jour. » 25Jésus lui dit : « Celui qui relève de la mort, c’est moi. La vie, c’est moi. Celui qui croit en moi aura la vie, même s’il meurt. 26Et tous ceux qui vivent et qui croient en moi ne mourront jamais. Est-ce que tu crois cela ? » 27Marthe répond à Jésus : « Oui, Seigneur, je crois que tu es le Messie, le Fils de Dieu, celui qui devait venir dans le monde. »

Quatrième commentaire : Andrew
Alléluia pour des femmes dans les Evangiles ! Sans elles, nous (y compris Jésus) n’aurions pas la même compréhension des voies de Dieu. La confession de foi de Marthe « je crois que tu es le Messie, le Fils de Dieu » sort de la bouche de quelqu’un qui n’a pas la réputation d’être une croyante assidue ! Une autre rencontre avec une autre femme résonne avec ce texte – celle de la femme qui demande à Jésus de laisser quelques miettes de sa bonté à ses enfants.
Sans ces femmes… je n’ose pas imaginer comment Jésus aurait pu poursuivre sa mission, entrer dans sa compréhension de Dieu et venir au bout de son œuvre.
Comprendre avec nos pensées ce que c’est l’amour de Dieu, saisir avec notre intelligence la bonne nouvelle de la vie offerte – c’est satisfaisant et peut nous comblé pour un certain temps. Vivre de toute notre énergie le « oui » prononcé par Marthe, faire que ce « oui » soit le nôtre - c’est entrer déjà dans cette vie que Jésus instaure en nous.

Lecture
28Après que Marthe a dit cela, elle part appeler sa sœur Marie. Elle lui dit tout bas : « Le Maître est là et il te demande de venir. »

29Quand Marie entend cela, elle se lève tout de suite et elle va trouver Jésus. 30Jésus n’est pas encore entré dans le village. Il est toujours à l’endroit où Marthe l’a rencontré. 31Des Juifs sont dans la maison avec Marie, pour la consoler. Ils voient qu’elle s’est levée tout de suite et qu’elle est sortie. Ils pensent : elle part vers la tombe, pour pleurer là-bas. Alors ils la suivent. 32Marie arrive à l’endroit où Jésus se trouve. Quand elle le voit, elle se jette à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort. » 33Jésus voit qu’elle pleure. Les Juifs qui sont venus avec elle pleurent aussi. Alors Jésus est bouleversé et troublé. 34Il demande : « Où est-ce que vous l’avez mis ? » Ils lui répondent : « Seigneur, viens et tu verras. » 35Jésus se met à pleurer. 36Les Juifs disent : « Regardez ! Il aimait beaucoup Lazare ! » 37Mais d’autres disent : « Il a ouvert les yeux de l’aveugle, et il n’a pas pu empêcher Lazare de mourir ? »

Cinquième commentaire : Jean-Paul
Comme dans l’histoire de Jésus chez Marthe et Marie, Marthe est la plus vive et la plus active. La première, elle va au-devant de Jésus – quand Marie est restée pleurer.
Alors Marthe vient lui dire à l’oreille : « Le maître, Jésus, est là, il t’appelle ». Et Marie court comme Marthe avait couru, et comme Marie l’avait dit à Jésus, elle lui dit :
« Si tu avais été là, il ne serait pas mort ! »
Mais cette fois Jésus ne lui parle pas de résurrection.
Quand il la voit pleurer, quand il voit tous les amis de Lazare pleurer, quand il voit toute cette peine parmi leurs amis, il pleure lui aussi…
Jésus pleure… ! Le fils de Dieu pleure… !
Dieu, en Jésus, pleure…
Dieu peut-Il pleurer ? Dieu peut-Il être triste ?
    Oui Jésus peut être triste, quand son ami, son vrai ami, pas juste un ami Facebook, quand son vrai ami est mort, il est triste, il pleure. Quand il voit ses amies Marthe et Marie pleurer, et leurs amis pleurer, il est triste, réellement triste, et il pleure avec eux.
Mais Dieu ? Est-ce qu’Il est triste ? Est-ce qu’Il pleure ?
Oui sûrement. Quand il voit son fils Jésus souffrir, puis mourir, Dieu est certainement triste. Quand Dieu voit ses enfants – vous les enfants, vous les adultes – pleurer ou vous déchirer, Dieu, certainement, est triste ; Quand il nous voit nous faire du mal et souffrir, oui certainement, Dieu pleure et Il est triste.
C’est précisément ce qui se passe sur la croix, quand Dieu, en Jésus, souffre de tout ce que nous souffrons.

Mais tout n’est pas terminé. L’histoire n’est pas terminée.

Lecture
38De nouveau, Jésus est bouleversé et il part vers la tombe. C’est une grotte avec une grosse pierre placée devant l’entrée. 39Jésus dit : « Enlevez la pierre ! » Marthe, la sœur du mort, lui dit : « Seigneur, il doit déjà sentir mauvais. Il est dans la tombe depuis quatre jours. » 40Mais Jésus lui répond : « Je t’ai dit : “Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu.”  »

41On enlève donc la pierre. Jésus lève les yeux vers le ciel et il dit : « Père, je te dis merci, parce que tu m’as écouté. 42Tu m’écoutes toujours, je le sais. Mais je dis cela à cause des gens qui sont autour de moi. Ainsi, ils pourront croire que tu m’as envoyé. » 43Ensuite Jésus crie d’une voix forte : « Lazare, sors de là ! » 44Et Lazare sort, lui qui était mort. Il a les pieds et les mains attachés avec des bandes de tissu. Son visage est enveloppé dans un linge. Jésus dit aux gens : « Enlevez-lui tout cela et laissez-le partir. »

45Beaucoup de Juifs sont allés chez Marie et ils ont vu ce que Jésus a fait. Ils se mettent à croire en lui.

Sixième commentaire : Andrew
Quatre mots – 4 mots qui donnent vie.
Lazare
Viens
Sors
Libère-le.
Jésus crie trois mots, trois commandes. Le mot « crier » c’est le même que Jean emploie pour le bruit de la foule qui réclame sa mort : « hurler » ! Toute l’autorité de Jésus se trouve dans ce cri.
Il crie d’abord le nom de son ami. Lazare le connaît, il a confiance en son ami, son propre nom retentit en lui, l’attirant vers la vie, lui remplissant de puissance pour répondre.
Puis Jésus crie « ici ». Viens vers moi, c’est moi qui t’attire. Viens vers moi comme tu t’approche à mon Père qui est ton créateur, car aujourd’hui tu es son fils. Viens comme tu es et deviens ce que tu es.
Toujours dans cette même petite phrase Jésus dit « dehors » « sors ». Quitte ce lieu de pestilence et de pourriture, quitte tout ce qui veut te retenir dans tes ténèbres. Lève-toi, sors et vie.

« Et Lazare sort » – le texte est au plus concis et sobre au moment de la plus grande révélation. Jésus dit (cette fois-ci c’est une commande dite, plus besoin de crier car le mort marche), « Libère-le ». Le mot aphesis est le mot que le Nouveau Testament utilise pour la libération du péché, l’affranchissement des esclaves et des prisonniers. C’est aussi la ligne de départ pour une course aux chevaux. Ready, steady GO ! – Sur vos marques, prêts, PARTEZ !
Ceux qui sont déjà partis mais qui risquent de manquer la cible sont donnés un nouveau départ.
Ceux qui ont été liés par des contraintes de leur vie se trouvent libérés.
Ceux qui sont immobiles et apeurés courent de la mort vers la vie.
Enlève la pierre, crie de toute ton autorité, levons-nous, aidons-nous les uns les autres d’enlever des bandes et ensemble « Partons » !

Prédication par Andrew Rossiter à Lillebonne le 30 mars 2014.

De la boue - Jean chapitre 9.

De la boue

« Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or » (Baudelaire)

Prédication par Andrew Rossiter à Lillebonne le 30 mars 2014 (Dimanche Consistorial)

4è dimanche du Carême, année A. Eph 5.8-14 (Volonté de Dieu), Jean 9.1-41

 

Une chose est claire, cette histoire n’a pas pu passé comme cela en Normandie et Jésus aurait pu économiser sa salive, car de la boue – il y en a partout ! Avec toute la pluie qui tombe – pas besoin d’ajouter de l’eau à la terre pour former de la boue.

Mais en Palestine, Jésus a dû cracher par terre pour former un pâté de boue – eugh ! Un geste qui plaît aux enfants qui prennent un plaisir dans le jardin de fabriquer les petits « gâteaux » de terre.

 

Ce même geste a fait bondir les bien-pensants religieux du temps de Jésus. En effet, le crachat était considéré impur.

« Blood, Sweat and Tears » était le nom d’un groupe de rock américain des années 60’s, leur nom a été tiré de la citation de Winston Churchill qui en devant Premier Ministre le 10 mai 1940 demandait aux Britanniques « du sang, des larmes et de la sueur »

Du crachat, du sang, des larmes et de la sueur - ces liquides corporels sont considérés impurs par tout juif pur, digne de ce nom. Ils polluaient et rendaient impur celui qui a été touché. Aujourd’hui, pour insulter quelqu’un on peut « cracher à sa figure ».

Quand Jésus rencontre cet homme « aveugle depuis sa naissance », c’est quelqu’un qui n’a jamais reçu le don de la vue. Nous ne savons pas si cet homme avait des globes oculaires ou juste des trous ou si ces yeux étaient là mais difformes.

Jésus reproduit l’acte de la création pour former un être vivant – de la part de l’eau et la poussière, il rend à cet homme ce qu’il n’avait jamais eu – quelque chose de complètement nouveau. Cet acte suggère une création plutôt qu’une guérison.

 

« Au commencement » Dieu crée le ciel et la terre – et pour se faire Dieu sépare les eaux, à partir de cette source Dieu peut prendre de la glaise pour former le premier être vivant. C’est pourquoi les pharisiens sont étonnés par cet acte créatif. Au point qu’ils ne peuvent pas le croire. En effet « depuis toute éternité, on n’a pas entendu dire quelqu’un qui ouvre les yeux d’un aveugle-né » (verset 32)

Ils se trouvent en territoire inconnu, devant un fait qui est bien plus profond qu’un homme qui recouvre la vue. Jésus n’a pas guéri l’homme, il a créé la vision pour cet homme.

De la boue, de la poussière et de l’eau - la vie a surgi au moment de la création. « Depuis toute éternité », depuis toujours, depuis le commencement du temps nous n’avons jamais vu un tel éventement – la création de la vie !

Cet acte, comme l’acte de Dieu au commencement, est une œuvre nouvelle issue de la puissance holistique divine. Cette nouvelle création est un acte holistique divin et est incompréhensible pour les autorités religieuses.

Quand Jésus crache par terre pour faire un cataplasme, il crée un baume qui donne la vie à un homme pour la première fois dans sa vie – il est un créature nouveau. C’est ainsi que Jésus continue l’œuvre de son Père, c’est ainsi qu’il incarne l’essence de Dieu dans sa créativité.

Mais comme tout don de Dieu, la boue a pris une mauvaise réputation : nous parlons de traîner quelqu’un dans la boue, de le couvrir de boue…

Tout comme les pharisiens, notre vision est trop souvent étriquée et notre regard reste sur la surface, nous ne voyons que le crachat et la poussière devant nos yeux. Nous sommes incapables de nous réjouir avec cet homme, celui que ne sait qu’une seule chose,

« j’étais aveugle, et maintenant je vois clair » (verset 25).

Nous qui sommes issues de la boue, nous tous créés par Dieu en son image de cette boue des premiers jours du temps, depuis l’éternité, nous devons pouvoir partager aussi la joie de la création nouvelle, de la vie retrouvée, du retour d’un fils aveuglé par le monde. Mais trop souvent c’est au-delà de nos forces spirituelles.

Mais la boue contient des qualités que nous reconnaissons : sur le visage, elle purifie la peau, et enlève les imperfections.

La salive aussi contient des enzymes qui aident à la cicatrisation.

Nous crachons pour nettoyer les objets en métal au point qu’en anglais on dit « spit and polish » (crachat et astiquage).

Le crachat divin est restauration et purification. C’est pourquoi dans l’Eglise Orthodoxe le prêtre crache sur sa main et la place sur l’oreille du bébé baptisé pour ouvrir ses oreilles à la parole de Dieu.

Jésus annonce qu’il est la lumière du monde pour nous appeler à venir à sa lumière et à devenir nous-mêmes lumière du monde :

Mais vous, vous êtes une lignée choisie, la communauté des prêtres du Roi, la nation sainte. Vous êtes le peuple que Dieu a choisi pour annoncer les grandes choses qu’il a faites. Il vous a appelés à sortir de la nuit, pour vous conduire vers sa lumière magnifique. (1 Pierre 2.9)

 

La promesse de Dieu en Christ est que nous allons quitter les ténèbres pour être restaurés en sa lumière.

Cette boue entre les doigts de Jésus est l’acte final de la création pour nous rendre complets.

 

Il reste encore une richesse que j’aimerais partager avec vous ce matin (il y en a tant dans ce passage – mais c’est pour une autre fois !).

Le mot Siloé du verset 9, nous le trouvons aussi en Esaïe 8.6 :Parce que ce peuple a rejeté les eaux de Siloé qui coulent doucement.

En Genèse 49.10 le mot Shilo a la même racine : Le sceptre ne sera pas retiré à Juda, ni le bâton de commandement qui est entre ses jambes, jusqu’à ce que vienne Shilo et que les peuples lui obéissent. (Ici Joseph annonce la venue du Messie).

Jean nous dit que la signification du mot Siloé est « envoyé », qui désigne aussi le Messie.

Jésus dit, « Va, lave-toi dans les eaux de Siloé ». C’est-à-dire : je t’envoie à toi-même. Va, lave-toi dans les eaux vivantes et trouve ton salut là, en moi.

L’accomplissement de notre être, la vue restaurée ou donnée, suit le même parcours que pour cet homme. Nous n’avons pas ici juste un miracle de plus de Jésus, opéré une fois pour toutes zu profit de cet homme, mais bien le chemin de notre propre salut pour nous tous.

« Va, trouve toi-même en toi, en moi ».

Jésus qui est l’eau vivante, cette eau de Siloé, peut transformer tous tes Shéols en Shilo, tous tes enfers en promesse.

Drinking waterPrédication et lecture biblique lors de l’Assemblée Générale de la paroisse de Luneray, le 23 mars 2014

Eau potable

Drinking water* – eau potable

Prédication par Andrew Rossiter à Luneray lors du dimanche de l’Assemblée Générale, le 23 mars 2014.

Jean 4. 5-42 (extraits)

La Bible est pleine d’eau. Depuis le commencement où il est question de les séparer, en passant par le déluge, la mer se sèche, les torrents déversent, il y a sécheresse et tempête, baptême et lavage des pieds et l’eau abondante à boire.

Dans la Bible, l’eau donne la vie et la mort, elle purifie, elle baptise et elle désaltère.

La soif physique n’est que le commencement de l’histoire entre cette femme et Jésus, l’eau qui coule dans la gorge descend aux profondeurs de leurs âmes.

 

Nous aussi, en écoutant ce récit, nous sommes assoiffés de notre besoin : besoin de joie et de plénitude. Partout notre société nous submerge des déluges des offres spirituelles ou de réussite, de beauté, de santé, de jeunesse et d’argent. Seule l’eau vive que Jésus nous offre peut nous désaltérer corps et âme totalement et pour toujours.

Voilà quatre dictons sur l’eau pour ce matin qui résonnent avec notre vie en paroisse, notre vie en ce dimanche d’une Assemblée Générale :

1. On ne force pas un âne à boire.

Nous pouvons présenter et offrir la coupe d’eau vive, mais c’est à l’autre de l’accepter. Nous ne pouvons pas forcer l’autre de l’accepter : il y en a qui ne laisseront pas leurs lèvres effleurer les rebords de la coupe, d’autres la videront d’un trait.

Dans nos partages bibliques, nos groupes de prières et de rencontre, nos visites à domiciles – voilà nous offrons la coupe d’eau vive, et nous-mêmes nous en buvons en ces instants. Ce sont tant d’occasions de s’asseoir aux bords d’un puits avec l’autre.

2. Dio pa ka monté mone (en Créole qui traduit en français donne : L’eau ne monte pas à la source).

Quelle est la source de notre foi, où est-ce qu’elle se trouve ? D’où viennent les convictions qui nous forment et qui forge notre foi ?

Nos groupes de KT, les rencontres de jeunes, l’Ecole Biblique sont les ruisseaux qui laissent couler l’eau issue de la source. Le courant passe d’une génération à une autre.

3. L’eau qui dégoutte ronge la pierre.

L’eau, plus douce que le roc, brise, casse et emporte tout devant elle parfois avec violence mais plus souvent lentement et sûrement. La force des gouttes d’eau sculpte les grottes et transforme des cavernes en cathédrales de stalagmites et stalactites.

La force constante et persuasive de l’amour de Dieu emporte sur ce qui semble le plus solide et le plus résistant.

Le pardon offert, entendu et accepté au milieu de chacun de nos cultes tous les dimanches est signe de cette force. Le pain qui passe de main en main, la confession de foi récitée ensemble et les cantiques entonnés avec conviction et foi témoignent de la force de l’amour divin au cœur de nos célébrations.

Cette eau en goutte-à-goutte pénètre au plus profond de notre être abreuvant notre soif d’acceptation et d’accomplissement.

4. Jamais ne se mélange l’eau et le feu.

Pourtant nous savons que l’eau est composée d’Hydrogène et Oxygène (H20). Séparés ces deux éléments aident à la combustion, mais ensemble ils éteignent le feu.

Quelles sont les contradictions dans lesquelles notre foi s’épanouisse ? Entre notre désir de sécurité et notre aspiration de liberté. Dans nos débats sur la place de la Bible et son interprétation. De vouloir embellir nos locaux, nos temples, maisons normandes ou de ne pas gaspiller de l’argent. De venir en aide de « tout venant » ou de pratiquer la solidarité entre nous.

Voici la composition de cette eau vive à l’œuvre dans la vie de notre paroisse au sein du diaconat, dans la gestion de notre patrimoine, sa place dans nos fêtes et nos célébrations et au moment de nos annonces.

 

La femme dit à Jésus, « Tu n’as rien pour puiser de l’eau, et le puits est profond ».

Nous sommes tous ces coupes, tasses, gobelets, seaux, cruches, vases et autres récipients pour que l’eau du fond de ce puits puissent couler comme une source en chacun de nous. Que cette source puisse devenir une fontaine pour arroser les vies de ceux et celles que nous rencontrons au nom de celui qui est cette eau vive. Lui seul qui donne la vie avec Dieu pour toujours.

* En anglais « drinking water » est ambiguë : on entend « drinking » soit comme un verbe (le fait de boire de l’eau) ou comme un adjectif (l’eau est potable).

VIDER SON SAC ET ETRE RADIEUX

Vider son sac et être radieux

Exode 34.27- 35.2 ; Matthieu 17.1-9

Prédication par Nicols Fizames à Luneray le 16 mars 2014. 2è dimanche du Carême, année A.

Il m’est arrivé bien des fois de vouloir partir à l’écart. Il m’est arrivé quelques fois de la faire. Partir à l’écart, comme un désir de désert. Un peu comme la chanson d’Alain Souchon sur Théodore Monod : « la vie Théodore » [1] qui dit : « … - je pars avec Théodore – dehors, dehors,…- marcher dans le désert – marcher dans les pierres – marcher des journées entières – marcher dans le désert – dormir dehors – couché dans le sable d’or – les satellites et les météores – dormir dehors – il faut un minimum – une bible, un cœur d’homme – un petit gobelet d’aluminium - … ». Oui, il faut un minimum et c’est au moment de faire son sac à dos que commence une sorte d’ascèse quant à discriminer l’utile du futile. Dépassés quinze kilogrammes, l’on peut sérieusement s’interroger de l’utilité d’une tablette tactile ou d’un PC (j’ai d’ailleurs vu à ce sujet que Jérôme Kerviel avait une tablette dans son sac à dos lors d’un reportage où un journaliste le filmait durant son pèlerinage entre Rome et Paris entamé après sa rencontre avec le pape), l’on peut s’interroger sur les provisions de nourriture et d’eau – Combien de jours de réserves ? Combien de litres ? - l’on peut s’interroger sur la quantité d’habits de rechange, sur la seconde paire de chaussure de secours, sur tout ce que l’on a pris « au cas où », sur tous les objets du quotidien qui nous ont envahis : le téléphone et le mail, l’Internet et la télévision,… tous ces objets qui entraînent souvent nos comportements compulsifs, nos dépendances à leurs utilisations.

Alors, juste avant de partir seul, de partir plusieurs jours à pied, faire mon sac à dos est une expérience qui a rapport avec le carême, non pas avec une purification au sens rituel, mais avec l’expérience de la simplification, l’expérience de se couper de ce qui relève du superflu et qui vient encombrer notre désir de rencontrer quelque chose au-delà des choses. Ce désir qui porte peut-être Moïse à gravir la montagne, ce désir de rencontrer l’Être au-delà de l’Avoir. Ce désir qui fait gravir la montagne à Pierre, Jacques et Jean dans les pas de Jésus. Il leur a fallu laisser derrière eux leur quotidien, leur travail, leur famille. C’est peut-être en marchant, ainsi délesté de notre vie, qu’en gravissant la montagne ou qu’en cheminant le long d’un autre sentier, ce qui compte vraiment au tréfonds de nous-mêmes, creuse le manque où l’Être nous parle.

 

Les trois disciples – Pierre, Jacques et Jean – vont alors voir au bout de leur chemin caillouteux, après l’effort de l’ascension, au moment où l’on pose son sac à dos et où l’on peut enfin se reposer en contemplant la beauté du monde, ils vont avoir comme une révélation : l’Écriture est vivante et lumineuse. Devant eux, c’est en effet comme si la Bible avait pris corps : Moïse, comme symbole de la Torah, Elie, comme symbole des prophètes et Jésus, le visage radieux, qui converse avec eux comme symbole de l’évangile, de la bonne nouvelle qui prend ses racines dans la vieille Bible.

Pierre dit alors « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ; si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes » (Mt 17.4 – TOB) Alors que les disciples sont en train de vivre un moment de contemplation, une rencontre avec l’Essentiel, Pierre souhaite s’installer dans cet état-là, il souhaite capturer, figer son bonheur, il souhaite arrêter sa quête ici. Après tout, ils ressentent certainement tous les trois une joie indicible de voir en quelque sorte l’Écriture qui a pris corps, de voir la lumière émise par le visage de Jésus dont le texte dit qu’il est métamorphosé, transformé, transfiguré dit-on traditionnellement.

 

Mais figer l’instant ne se peut. Arrêter la quête de l’Être en croyant l’avoir atteint est un leurre. Ne plus vouloir bouger en pensant avoir atteint le Bonheur, c’est le perdre !

Et Pierre n’a même pas fini de parler, qu’il passe d’un sentiment à un autre : du bonheur à la peur. Comme pour Moïse en quête des dix Paroles de la Loi, une « ombre lumineuse », une « nuée » les couvre. Et comme au baptême de Jésus, comme à l’origine, les mêmes paroles : « Celui-ci est mon fils et je l’aime. C’est en lui que j’ai trouvé toute ma joie. Écoutez-le » (Mt 17.5 – NTB) Voilà avec quoi les trois disciples vont redescendre, un commandement : « Écoutez-le »

Après être parti à l’écart avec mon sac à dos et ma TOB, dans la solitude de l’Aubrac ou dans le silence de Conques, j’ai parfois eu la tentation de Pierre : rester hors du monde. C’est un peu comme si l’on pouvait arrêter une quête, un chemin après avoir touché au but. Mais quel but ? A quoi ai-je cru toucher ? A quelque chose comme le bonheur d’ouvrir les Écritures et de se sentir éclairé… Jésus aimait aller à l’écart, seul, pour prier. Mais, comme pour la respiration, se mettre à l’écart n’est peut-être qu’une phase, celle de l’inspiration…

 

L’évangile d’aujourd’hui nous dit qu’il faut redescendre de nos montagnes, retourner au milieu des autres, le visage radieux d’avoir entre-aperçu le Bonheur, retrouver nos collègues, nos voisins, notre famille, nos proches et nos ennemis, le visage souriant, lumineux, apaisé, retrouver notre quotidien en se rappelant de cette étrange lumière, de cette étrange voix qui disait « Écoutez-le »

Et si nous l’avons bien écouté, nous redescendrons joyeux vers notre quotidien puisqu’il nous a dit, sur le chemin de Pâques, « Relevez-vous ! N’ayez pas peur ! » (Mt 17.7 -NTB)

[1] – Album « la vie Théodore » / Alain Souchon - 2005

La souffrance et le mal

Culte familial à Dieppe le 16 mars 2014 par Andrew Rossiter.

Ce culte est un moment d’interaction entre l’assemblée et le célébrant. Le tableau “Le Cri” d’Edvard Munch est projeté et une court introduction est donnée pour “entrer” dans le tableau…

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Munch a fait une cinquantaine de versions de ce tableau. Il écrivait dans son journal, le 22 janvier 1892 :

« Je me promenais sur un sentier avec deux amis — le soleil se couchait — tout d’un coup le ciel devint rouge sang je m’arrêtai, fatigué, et m’appuyai sur une clôture — il y avait du sang et des langues de feu au-dessus du fjord bleu-noir de la ville — mes amis continuèrent, et j’y restai, tremblant d’anxiété — je sentais un cri infini qui se passait à travers l’univers et qui déchirait la nature. »

Munch était proche de la philosophie du pessimisme. Sa conception de l’humanité est d’un pessimisme effrayant. Il s’acharne à vouloir percer les mystères de l’âme humaine à partir des images qui le hantent depuis longtemps, principalement les événements tragiques de son enfance, comme la perte de sa mère et d’une de ses sœurs qui moururent toutes deux de tuberculose.

Ainsi, à travers son Cri, Edvard  Munch traduit ses obsessions et invente ainsi le style de l’angoisse. L’effet d’enroulement du tableau agit tel un tourbillon d’angoisse et de tourments, un cercle vicieux auquel on ne peut échapper.

Quelques notes pour aider à la lecture du tableau de Munch

-     Quelle impression se dégage du tableau ?

-     Inévitablement on répond qu’on se sent mal,qu’il y a un malaise … Pourquoi ?

-     Quels sont les éléments qui contribuent à ce malaise ?

-     De quelle couleur est le ciel ?

-     De quelle forme sont les nuages ? spirales = malaise (c.f. Van Gogh et l’église peinte en 1892, = signes de folie)

-     Combien de personnages ?

-     Posture du perso de face ? par rapport au spectateur : il nous regarde donc on se sent concerné

-     Le lieu ? • Quelle ligne suit le tableau ? une diagonale = dynamisme et mouvement

-     Quel genre de lignes se croisent ? oblique et spirale, contradiction, autre raison du malaise

De l’angoisse du tableau, après un temps de musique nous abordons le travail biblique.

Travail Biblique en petits groupes de 5-6 personnes

Le soir de ce jour-là, Jésus dit à ses disciples : « Allons de l’autre côté du lac ! »

Ils quittent la foule, et les disciples font partir la barque où Jésus se trouve. Il y a d’autres barques à côté d’eux. Un vent très violent se met à souffler. Les vagues se jettent sur la barque, et beaucoup d’eau entre déjà dans la barque. Jésus est à l’arrière, il dort, la tête sur un coussin. Ses disciples le réveillent et lui disent : « Maître, nous allons mourir ! Cela ne te fait rien ? »

Jésus se réveille. Il menace le vent et dit au lac : « Silence ! Calme-toi ! » Alors le vent s’arrête de souffler, et tout devient très calme. Jésus dit à ses disciples : « Pourquoi est-ce que vous avez peur ? Vous n’avez donc pas encore de foi ? » (Marc 4.35-40)

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Activité

Lisez le texte en silence.

Puis ensemble relevez les courts passages du texte qui vous ont marqués.

Imaginez la fin du récit.

Trois questions pour réflexion :

Qu’est-ce qui est dit de l’attitude des disciples, de l’attitude de Jésus ?

Où situeriez-vous la différence entre Jésus et les disciples ?

Pourquoi les disciples ne sont-ils toujours pas apaisés alors que Jésus calme la tempête (voir verset 41)

Quelques fins possibles que nous avons imaginées:

La tempête reprend du nouveau (après tout Jésus voulait quitter la foule pour trouver le calme et il est entrée dans une tempête - peut-on jamais quitter les tempêtes de notre vie?).

Le bateau arrive au bon port.

Les disciples sont convaincus que Jésus est le Fils de Dieu et ils comprennent tout!

Une courte méditation au moment de la Sainte Cène

Faisons écho de cette tempête dans le bateau. Les disciples ont vécu des miracles, des guérisons, il sont reçu l’invitation à la confiance. Et puis Jésus les embarque dans une traversée de nuit – une occasion pour vivre la nuit et le sommeil du maître comme un temps de confiance. Mais Marc nous dit, la peur monte en eux.

Faisons écho de cette phrase « le soir venu », n’est-il pas une résonance d’un autre soir, une nuit où les disciples se sont fuis – cette nuit-là, Jésus invite encore à la confiance et cette fois-ci ce sont les disciples qui dorment.

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Faisons écho de ce réveil dans le bateau avec le réveil du matin de Pâques. Nous sommes ainsi préparés dans nos épreuves et nos doutes, dans nos difficultés et nos échecs, dans nos déchirures et nos incompréhensions de vivre la mort et la résurrection de Jésus dans nos vies. La barque et la croix sont construites par Marc comme des lieux de la présence et de l’absence de Jésus où le disciple est invité à vivre sa confiance en lui, celui qui nous donne rendez-vous encore une fois quand il fait soir, à table pour partager sa présence comme nourriture pour notre foi.

Foi et Joie

« FOI ET JOIE »

Prédication par Robert Mallet à Luneray le 9 Mars 2014

TEXTES BIBLIQUES :

Psaume 11 Romains 8, 37-39 Marc 12, 28-34 Mathieu 13 43-45 (Éphésiens 3, 14-20)

NATURE DE LA FOI

Loin d’être une croyance, un « credo » sec, qu’il soit de Constantinople, de Nicée ou d’autres instances, la Foi qui est un véritable cadeau du ciel. Elle est faite de confiance, au début hésitante puis au cours des années, avec les signes donnés, nombreux, répétés, parfois inattendus mais toujours si tendrement attentionnés, voilà qu’elle se fait plus sûre. Elle devient un état, un bien être, bien  loin d’une seule déclaration intellectuelle, d’une croyance, même partagée. Un état variable, certes, mais qui va quelquefois dans un moment de grand bonheur,  jusqu’à la certitude (voir Romains 8, v 38), l’acquiescement sans réserves, l’abandon à une dimension totalement autre, l’entrée dans un Royaume où le cœur l’emporte totalement sur la raison.

LE TRÉSOR DANS LE CHAMP, LA PERLE DE GRAND PRIX

Il s’agit bien de cela : la découverte d’un trésor.  On imagine l’état de transe dans lequel se trouvent ceux qui découvrent un trésor (comme ces américains qui ont  trouvé cette semaine plusieurs millions de dollar en pièces d’or), ou encore comme ce jeune ménage de Neuville qui vient de gagner un million d’euros.  Quelque chose qu’on expérimente qu’une fois dans sa vie, quelque chose d’inoubliable. Une  immense réserve où l’on peut accéder à tout moment pour y puiser du réconfort. Dans le cas du Trésor trouvé par cet homme dans un champ, c’est une réserve inépuisable. Qui a tellement de valeur, qu’il vend tout ce qu’il a pour acquérir ce champ. Plus rien n’a de prix par rapport à la nature et la plénitude de ce qu’il a découvert.

 

LA JOIE QUE PROCURE LA FOI

Il y a une sorte de joie que personne ne peut enlever au Chrétien. Un chrétien joyeux, c’est presque un pléonasme (dire deux fois la même chose).

1. D’abord celui qui met sa confiance dans le Christ est délivré de toute peur.

« L’amour parfait, banni la crainte » (I Jean 4-15-18). Quand l’amour de Dieu se fait sentir à nous, la crainte s’évanouit. « Ne crains pas, crois seulement »

« La peur est la grande malédiction qui pèse sur le monde. L’homme a peur. Il a peur de la pauvreté, peur de la solitude, peur du chômage, peur de la maladie… » « Les craintes de l’homme sont innombrables. Une nation en craint une autre. On ne rencontre partout que des êtres qui ont peur, peur, peur. Combattez la peur comme de la peste.  Chassez-la de votre vie et de votre maison. Combattez la chacun pour votre compte. Combattez-la ensemble. »  (« Dieu Appelle 5/3)

Il y a d’autres peurs  dont l’Amour de Dieu nous libère. Celui de n’être pas à la hauteur de nos ambitions, ou de celle que nos parents ont placé en nous. La peur des parents devant l’avenir de leurs enfants. La peur du « Qu’en dira-t-on », du regard des autres, la peur de l’avenir, la peur de ne pas trouver son chemin, de ne pas trouver une âme sœur, de ne pas pouvoir trouver un travail et de fonder un jour une famille.  La peur d’être lié dans une forme d’esclavage ou de servitude qui nous paraît sans issue. Toutes ces formes de peur qui tuent en nous l’optimisme et nous désespère.

Chassons-les de notre esprit en revenant à la source de tout Amour, le trésor que Dieu tient à notre portée. « Demandez et vous recevrez ». IL suffit seulement de tendre la main pour recevoir. Tournez votre esprit vers Celui qui vous connaît et vous donnera en réponse un signe de son Amour.

2. La joie que nous procure l’Amour de Dieu, c’est celle d’être au service d’un bon maître.

S’engager dans ce service, c’est découvrir l’étendue de l’Amour du Seigneur qui prépare le terrain pour nous, au-devant de nous. Nous devenons auxiliaires d’un plan d’Amour qui dépasse largement notre imagination. Ainsi nous nous émerveillons que découvrir que ce qui nous paraissait une montagne se trouve soudainement aplani.

Plus grande encore est la joie de sentir que nous sommes utilisés à un moment donné ou a un autre, d’une manière ou d’une autre, et que nous nous sentons utiles, aimés et considérés.  Cette joie-là peut mener quelquefois à une véritable exaltation qui prend d’ailleurs parfois du temps pour qu’on s’en remettre. C’est qu’on est loin d’en avoir l’habitude.

3. Le texte biblique proposé aujourd’hui était le récit des trois tentations de Jésus au désert (Mathieu 4 1-11) « L’homme ne vivra pas de pain seulement mais de toute parole que Dieu prononce » IL faut bien reconnaître que le vil tentateur n’avait vraiment rien compris  à la joie qui emplissait le cœur du Christ dans sa relation étroite avec son Père. Il n’avait aucune chance de voir son offre préférée à ce que Jésus avait déjà reçu en totale plénitude.

 

4. En lisant la merveilleuse biographie de Saint François d’Assise de Julian Green, il apparaît clairement que ce qui fit le succès de cet nouvel ordre monastique, c’était la joie qui rayonnait de François et de ses frères et sœurs. Belle leçon pour nous qui sommes engagés dans un projet d’Eglise à long terme.  Et pourtant la règle de pauvreté et de simplicité que souhaitait et vivait François n’était pas des plus faciles. Mais c’était la joie qui primait dans cette aventure.

LE CARÊME ET LA PRATIQUE DU JEUNE

Nous entrons dans un temps de carême et le thème des conférences que nous propose cette année la Fédération Protestante, me paraît tout à fait intéressant.

Toutefois, à nous remettre en mémoire la parabole de l’homme qui a trouvé un trésor, il me semble que le sens du jeûne tel qu’il plaît à Dieu, n’est pas une somme de sacrifices ponctuels faite par devoir, mais une expression secrète d’amour en réponse à son immense Amour. Une sorte de St Valentin quotidien pendant le temps du carême, sous des formes diverses et variées. Pourquoi pas alors le vivre tous les jours de l’année ? N’est-ce pas de cette manière que peut le vivre un couple ? De petites attentions quotidiennes qui sont des preuves d’amour partagé.

Voilà, n’est-ce pas, à chaque fois, une source de Joie ?

Il en va de même avec notre Seigneur Jésus-Christ, au quotidien. Une confiance qui engendre la joie intérieure.