PREDICATIONS ET SERMONS

Un blog personnel de quelques prEdications prEchees A l'Eglise Protestante unie de Luneray et de Dieppe par le pasteur et des predicateurs laics.

—Aime, pardonne, prie

Prédication par Andrew Rossiter à Luneray le 28 septembre lors du baptême d’Antoine et de Diane.

Aime, pardonne, prie

Aime, pardonne, prie

Prédication par Andrew Rossiter à Luneray le 28 septembre 2014

Baptême d’Antoine et de Diane Ouvry

Philippians 2.1-11, Matthieu 21.28-32

Notre baptême c’est participer à la vie de l’Esprit-Saint - rien que ça!

Notre baptême c’est appartenir corps et âme à l’ensemble du mouvement de Dieu par son esprit dans le monde.

Le mot qu’utilise Paul quand il écris à première église européenne, la communauté de Philippe en Macédoine est koinonia - un mot qui dit participation et partage, communion et partenariat… Paul ne dit pas simplement koinonia - mais koinonia pneumatos: partage dans la vie de l’Esprit. Le baptême est notre part de vie dans la vie de l’Esprit de Dieu. C’est devenir un avec tous ceux et celles qui sont dans cet Esprit et qui vivent de cet Esprit.

Souvent au moment de préparer les baptêmes, et face à la question pourquoi voulez-vous baptiser votre enfant, les parents répondent de plusieurs manières:

pour lui donner une éducation religieuse

pour qu’il entre dans la famille spirituelle

qu’il devienne membre de l’Eglise

pour avoir une identité religieuse

ou

pour faire un premier pas vers l’intégration dans la communauté chrétienne.

En effet dans l’Eglise Catholique le baptême est « l’entrée dans la vie sacramentelle » - une sorte de porte ouverte vers les autres sacrements. Sans le baptême il n’y a pas de communion, ni une bénédiction d’un mariage, etc…

Pratiquement, pour être membre de notre église nous n’avons pas besoin d’être baptisé.

Il n’y a aucune interdiction de communier à la table de Sainte Cène si la personne n’est pas baptisée, on peut devenir un membre entier de l’église sans la nécessité d’être baptisé. Il n’y a pas de sens d’entrée par le baptême, aucune contrainte, aucune obligation.

En effet les réformateurs, et surtout Calvin étaient hésitants d’employer le mot sacrement. Calvin, lui-même, préféré le mot en grec musterion, rendu par mystère en français. Mais le mot mystère ne correspond pas exactement à musterion en grec - qui veux dire « ce qui est caché et qui demande à être découvert ». Notre baptême n’est pas un acte opératif mais un mystère qui nous parle de la foi et de notre engagement. A la fois un acte de Dieu en premier et qui ne demande qu’être reçu et vécu dans la vie du croyant.

Quel est le mystère de notre baptême?

La clé réside dans ce mot riche en signification en grec koinonia qui est à la fois un verbe et un nom. C’est de « faire un avec », c’est la fraternité spirituelle qui était la marque de l’église des Actes des Apôtres, c’est la fraternité animée d’une église qui vient au secours de la communauté de Jérusalem, c’est d’être accompagné et guidé par l’action du Saint Esprit. Koinonia est tout sauf un état, une destination. Tout comme le baptême - lui non plus ce n’est pas un état. on devrait pas dire « je suis baptisé » comme si c’est quelque chose que j’ai reçu dans le passé. Mais « je suis baptisé » dans le sens que c’est quelque chose que je vis tous les jours de ma vie. 

J’ai été baptisé. Un jour… A vrai dire: je suis baptisé depuis ce jour. Ma vie entière est un baptême.Martin Luther dit de baptême, « Une vie chrétienne n’est rien d’autre qu’un baptême quotidien, commencé un jour et poursuivi sans cesse. »

Le baptême est alors un mouvement, un devenir où avec les autres baptisés je deviens de plus en plus qui je suis aux yeux de Dieu en participant avec les autres dans mouvement de l’Esprit en nous.

Aujourd’hui nous accueillons Antoine et Diane dans l’Eglise, mais l’Eglise est maintenant différente grâce à cet événement. Elle ne sera plus jamais comme avant, l’ensemble de l’Eglise réagit à cette bonne nouvelle, elle s’adapte elle-même à ce changement. Ce n’est pas autant les baptisés qui changent afin d’intégrer une structure qui les reçoit, mais c’est l’Eglise qui rend grâce de pouvoir suivre de plus près le mouvement de l’Esprit dans son sein.

C’est notre espoir et notre prière ce matin qu’Antoine et Diane peuvent un jour arriver au point d’accepter que Jésus-Christ est (déjà) leur sauveur… 

et bien entendu pour arriver à ce jour-là, ils vont changer, ils vont grandir, ils vont développer et cheminer. Mais ils font déjà partis de l’Eglise à part entière. Leur place, nous venons de le dire, est désormais ici - à jamais.

Le mystère de notre baptême ne se trouve donc  pas ni dans la quantité de l’eau, ni dans les paroles savantes ou correctes, ni dans les formulations liturgiquement corrects ni dans des gestes efficaces… elle se trouve dans le fait de s’identifier, de s’unir avec un autre, celui qui est chef de notre foi.

Donc le baptême est moins une entrée ou un rite de passage, le baptême est de saisir celui qui me saisit en premier. Le baptême est de vivre la personne de Jésus dans ma propre vie. Le baptême est avant tout hautement symbolique. On peut dire que nous les protestants, nous ne sommes pas très forts pour les symboles… mais dans nos vies les symboles sont bien plus puissants que les faits et les gestes.

Le symbole aujourd’hui est celui de Jacques et Laurence qui s’engagent, c’est le symbole de tous qui s’engagent aussi afin que et avec l’espoir qu’Antoine et Diane s’engagent eux-mêmes.

Puisque la cérémonie de ce matin n’a aucune efficacité, nous savons que cet engagement ne vient pas d’un instant, ni grâce à quelques gouttes d’eau sur la tête, mais d’un long parcours de questions, de doutes, de foi, de joies et de peines - de toute une vie pour vivre son baptême. C’est pourquoi la célébration d’un baptême est essentielle dans le culte de dimanche matin, avec la communauté rassemblée, pour indiquer leur soutien certes, mais aussi pour que nous, les autres baptisés, nous puissions renouveler encore une fois et sans cesse notre propre baptême.

« Parce qu’il n’y a pas trop de toute une vie pour que l’eau versée sur ma tête à mon baptême descende jusqu’à mes pieds », disait Charles Peguy.

Le chemin de baptême est aussi long que la durée de notre vie entière. Nous sommes plongés avec le Christ dans sa vie, lui qui venant de Dieu, a été plongé entièrement dans la vie humaine, la vie de nous tous de tous nos jours.

Lui qui a connu cette vie riche en expériences: les célébrations, les naissances, les mariages, les repas, les deuils, les maladies, les conflits les trahisons la mort et la tombe.

Lui qui a vécu une vie comme nous tous avec sa part de joies et de peines.

Notre baptême nous plonge dans sa vie, sa mort aussi. Paul va très loin dans le texte de ce matin: « conduisez-vous comme des gens unis au Christ Jésus ». Bien entendu notre baptême n’est pas notre mort, mais nous nous associons à sa mort dans notre baptême. Cette mort sur une croix n’est pas a reproduire, elle reste dans l’histoire comme un acte unique, une fois pour toutes. Dans le passé, et aujourd’hui aussi, le baptisé est plongé entièrement dans l’eau pour signifier cette descente dans la tombe - comme le Christ, jamais à sa place, mais comme.

Mais nous venons de dire les geste ne sont pas efficients, sinon le baptême ne serait qu’un acte de magie. La quantité de l’eau n’est pas déterminante, sinon quelle quantité exacte faut-il utiliser? Par notre baptême nous sommes associés à ce mouvement du Christ… afin de nous associer, avec lui, en sa résurrection!

Le baptême ne s’arrête pas en bas, le baptisé est élevé, rendu à la vie du Christ.

Voila le mystère que nous célébrons ce matin - devenir un dans le mouvement de la vie, la mort et la résurrection de Jésus-Christ. Ce mouvement devient le nôtre à partir d’aujourd’hui et à chaque jour de notre vie.

Bien entendu Jacques et Laurence, Etienne et Lucie, Fabrice et Jeanne vont veiller à l’éducation religieuse de ces enfants pour les préparer au mieux pour prendre leur décision.

Aujourd’hui nous les recevons comme membres du corps dont nous appartenons nous-mêmes. Le texte de l’Evangile de ce matin insiste sur ce point - le salaire que les ouvriers ont reçu n’est pas basé sur l’effort fournit, mais bien sur la grâce seule.

C’est bien l’amour qui fait grandir.

C’est le pardon qui lie les membres dans un seul corps.

C’est la prière qui établit le koinonia, le partage, la communion.

Donc Laurence et Jacques, et vous tous, nous tous

Aimez

Pardonnez

Prier

et ça jusqu’à la fin de vos jours.

Andrew Rossiter

—Au fil de l'eau

Prédication par Andrew Rossiter à Luneray lors du culte de la Rentrée. Esaïe 55 et Jean 4.14.

Au fil de l’eau

Au fil de l’eau

Un courte prédication lors d’un culte KT et familial à Luneray le 21 septembre 2014 par Andrew Rossiter

Les textes du jour: Matthieu 20.1-16 (j’ai choisi de ne pas le prendre), Esaïe 55 6-13, et un texte de mon choix: Jean 4.14 

« Vous tous qui avec soif,

Voici de l’eau, venez!

Même si vous n’avez pas d’argent, venez! »

(Es 55.1)

Le don de l’eau, c’est le don de la vie. Nous sommes nés de l’eau dans le sens historique, la vie terrestre est sortie de l’eau il y a quelques 400 millions d’années, et notre propre naissance est une sortie de l’eau.

L’absence de l’eau - c’est le désert. Je me rappèle que dans le désert de Wadi Rum en Jordanie à Pâques on nous a donné 3 litres par jour. C’était l’eau pour boire, se laver, brosser les dents, etc. Le troisième jour on nous a donné de l’eau deux fois par jour - 1 litre et demi le matin et le reste à midi. Les bédouins ont trouvé que nous avions tendance à gaspiller de l’eau, en effet quelques bouteilles à demi-vide (demi-pleine) ont été abandonnées. L’eau est un trésor précieux dans le désert, chaque goute compte.

« Donne-moi à boire », a dit Jésus à la femme samaritaine. Une question de vie ou de mort - mais de quelle vie s’agit-elle, et de quelle mort?

Jean commente cette rencontre inattendue entre cet homme et cette femme en nous disant que les samaritains et les juifs n’ont pas de contacts entre eux, d’autant plus quand il est question d’une femme et d’un homme. 

De quelle vie? De la vie dans tous ses sens. Quand nos textes bibliques pudiquement traduisent le grec de Jean nous perdons une partie du sens. En effet les juifs et les samaritains n’ont pas de contact, ou dans une autre traduction « rien avoir de commun », ou encore « évitent toute relation ». Il est clair que la relation est toute relation:

ne pas partager la même coupe

ne pas avoir de relations sexuelles

Voici les barrières infranchissables entre cet homme et cette femme. Jésus transgresse les frontières de culture et du sexe pour venir en demande de l’eau. Il ne faut pas croire que je pense à une relation sexuelle entre la femme (plutôt expérimentée en ce domaine - elle est à son 5è mari) et Jésus. Ce qui est clair est le parallèle avec la lecture du prophète Esaïe, lui qui déclare, « rien ne pas entraver l’action de Dieu ».

« Vos pensées ne sont pas mes pensées » il déclare. Et encore « il y a une grande distance entre le ciel et la terre ».

Cette distance est la mesure de toutes les distances qui nous séparent des autres, les distances bâties sur les rancunes et des blessures, entretenues par des problèmes et les non-dits. Parfois la distance la plus grande se trouve en nous, quand avec l’apôtre Paul nous sombrons dans des considérations de ce que je pourrait être. « Et si j’étais un plus plus gentil(e) avec mes enfants… », « Si j’avais un peu plus de compassion… », ou « J’aimerais être moins en colère(e)… ». Que faire pour combler cette distance et ces distances?

Esaïe nous annonce que l’eau qui arrose la terre, qui donne des graines à semer, qui produit le fruit pour manger… elle est gratuite. Rien a faire - si ce n’est ouvrir les mains pour le recevoir.

Jean place Jésus en face d’une femme (une femme bannie et haie par le peuple de Jésus) pour prouver et pour indiquer qu’en lui la distance qui sépare le ciel de la terre est définitivement franchie. L’eau qui arrose est maintenant l’eau qui jaillit de la source et qui se trouve… chez cette femme.

Quelle audace! Une femme samaritaine reçoit et donne la source de l’eau vive.

Car l’eau dont il est question est bien l’eau vivante, elle donne vie et elle est vie (zon en grec) elle jaillit et elle coule. Cette eau, nous recevons directement de lui qui se tient devant nous et nous la recevons pour notre vie et pour la vie des ceux et celles autour de nous.

Vous avez soif? Recevez cette eau - qui peut espérer mieux que ça?

Le pardon

Le pardon à l’épreuve de l’impossible

Prédication à Luneray le 11 septembre 2014 par Nicolas Fizames

Mt 18,21-35 ; Is11,1-9

Un serviteur est en dette envers son roi. Il doit une somme astronomique : 10 000 talents. Il paraît qu’un talent était équivalent à 45 kilogrammes d’argent, ce qui ferait donc une dette de 450 tonnes d’argent ! Autant dire une dette incommensurable !

Cette image de la dette vertigineuse pour parler de la faute et du pardon exprime l’intuition selon laquelle le mal n’est jamais vraiment mesurable, qu’il nous est impossible de véritablement évaluer le mal que nous faisons ou que nous subissons. Le mal excède toujours ce que l’on peut en dire.

Dans une autre prédication sur le malheur et sur la révolte de Job, je vous avais parlé de ces 11 et 12 mai 1944, où la division SS « Das Reich » sema la terreur dans les environs de ma ville natale de Figeac avant d’y rafler 800 personnes, pour les déporter dans les camps d’extermination. Ma mère n’avait pas huit ans. Elle se souvient de l’angoisse, du bruit des bottes, de l’arrestation de son père et de son grand-père. Ce dernier est mort à Dachau.

Peut-être que le « pardon est mort dans les camps de la mort » comme l’écrivit Vladimir Jankélévitch. C’est cette même division SS qui commettra les massacres de Tulles et d’Oradour-sur-Glane. Peut-être que le pardon est parfois impossible… Ma mère n’a jamais voulu que ses enfants apprennent l’allemand.

Que dire aujourd’hui de ce que vivent les chrétiens d’Irak et les autres communautés minoritaires de ce pays ? Que dire de la mère de Christelle Blétry qui s’est battue durant 18 ans pour retrouver l’assassin de sa fille ?

Devant l’abject, le crime ignoble, la torture, le viol, le déferlement du mal à l’état brut, que dire du poids de la dette ? 450 tonnes d’argent sont dérisoires… Mais à côté de ce mal « hors catégorie », il y a le mal ordinaire, pas moins difficile à pardonner : nos paroles narquoises, nos paroles blessantes, nos moqueries, nos haines insidieuses, nos coups bas…

Qu’avait-il fait ce serviteur pour devoir autant ? En tous cas, il se prosterne au pied de son maître en promettant de rembourser… Il réfléchit sûrement à un plan de résorption de la dette… Doit lui venir à l’esprit les noms de tous ceux qui lui doivent et vers qui il va se retourner pour récupérer son dû… Car je crois que ce serviteur est resté dans une logique marchande, celle que nous avons parfois avec l’Eternel. C’est me semble-t-il cela qui va le laisser dans le malheur.

Car comment ne pas entendre cette phrase en bondissant de joie : « je te remets ta dette ! » Le texte dit précisément : « Pris de pitié, le maître de ce serviteur le laissa aller et lui remit sa dette » (Mt18,27). C’est, je crois, le cœur de cette parabole : la pitié du roi qui donne la liberté en remettant une dette envers lui qui était incommensurable ! Mais les oreilles du serviteur n’entendent pas le pardon. Ses yeux ne voient pas la compassion dans les yeux du roi.

Je crois que si le serviteur sort de là en se jetant sur son compagnon – alors que ce dernier n’avait une dette envers lui que de 100 pièces d’argent, ce qui relativement aux 450 tonnes est très faible, voire négligeable ! - c’est qu’il n’a pas cru son roi. Il est resté dans une logique comptable, il est resté à penser à un plan de remboursement utopique où il allait faire le tour de tout ceux qui lui devait, pour régler ses comptes. Il n’a pas cru à la bonne nouvelle de la dette annulée, d’une dette remise par pitié. Il n’a pas cru qu’il était gracié. Il n’a pas cru à la grâce !

Si ce serviteur avait vécu à la fin du moyen âge, peut-être aurait-il acheté des indulgences pour gagner son paradis. Ou bien, je pourrais le comparer encore à ceux qui gardent toutes les fautes même minimes que leur ont faites les autres et qui attendent le bon moment pour se venger : la vengeance est un plat qui se mange froid, dit-on ! Ce sont celles & ceux – et peut-être en fais-je tristement partie – qui ne se détachent pas de la logique comptable, de la logique du donnant-donnant, œil pour œil, dent pour dent.

Je crois qu’il nous faut entendre la grâce. Nous sentir vivant, là, sur cette petite planète Terre, parmi nos frères. Sentir que cette vie nous est donnée, comme aux fleurs des champs et aux oiseaux du ciel. Sentir que la gratuité existe. Sentir que l’Éternel nous remet à nous aussi nos dettes. Écouter, en ouvrant l’Évangile, que l’être, notre être, se conjuguera au futur. Alors rempli du bonheur d’être gracié, du bonheur d’une vie qui continue au-delà de ce que je suis, je peux à mon tour pardonner.

Mais combien de fois demande Pierre ?

Le pasteur Paul Vergara, qui était pasteur à l’Oratoire du Louvre à partir de 1933 et qui sauva une soixante d’enfants juifs pendant la seconde guerre mondiale, déclara, au sujet de ce même texte biblique, le 25 février 1945 : « il ne fait pas de doute que l’enseignement de Jésus sur ce point est formel : d’homme à homme le pardon est un devoir illimité pour le chrétien. (…) Dieu ne peut pas, en Jésus, nous demander le pardon illimité s’il devait être lui-même limité dans le sien, s’il devait y avoir dans nos fautes un maximum au-delà duquel la grâce de Dieu nous serait refusée. Nous comprenons que la seule limite au pardon de Dieu c’est nous qui la fixons, quand nous sommes limités nous-mêmes dans notre générosité envers ceux qui nous ont offensés. »

L’Évangile résonne dans ce pardon originel de Dieu, mais aussi dans notre responsabilité de pardonner à notre tour pour que le pardon de Dieu soit vraiment libérateur. Quand un offensé reste sans pitié, il reste soumis au mal qu’il a subi et au malheur de la vengeance. L’Eternel nous fait la grâce d’un pardon possible afin que nous fassions échec au mal.

Le 6 juin 2004, Gerhard Schröder fut le premier chancelier allemand à participer aux commémorations du débarquement de Normandie au mémorial de la paix de Caen. En 2014, un ex-soldat français, Léon Gautier, et un ex-soldat allemand, Johannes Börner, se sont donnés une accolade en signe de fraternisation devant l’ensemble des 24 chefs des états ayant été en conflit durant la seconde guerre mondiale… Oui, le pardon peut toucher l’impardonnable.

Oui, comme l’avait aperçu Isaïe, le loup demeurera avec le mouton. Le lion, comme un bovin, deviendra en quelques sortes végétarien. Et peut-être qu’un jour « la terre se sera remplie de la connaissance de l’Eternel » et qu’elle reconnaîtra sa Grâce.

Andrew Rossiter

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77 Prédication à Dieppe par Andrew Rossiter le 14 septembre 2014

77

Prédication à Dieppe par Andrew Rossiter le 14 septembre 2013

« 77 »

Rom 14.7-9 (texte de Volonté de Dieu), Gen 50.15-21, Matt 18.21-35

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Savoir ce qui est juste et injuste, ce qui est bien et ce qui est mauvais. Différencier entre ce qui nous rassure et ce qui nous effraie, entre donner son « oui » ou donner son « non ». C’est un vaste programme pédagogique que les enfants apprennent dès les premiers moment de leur vie auprès de leurs parents. L’éducation d’un enfant ne se fait dans un jour c’est une longue histoire de patience, d’apprentissage (pour les parents et pour les enfants) des réussites et des échecs.

C’est de la responsabilité parentale d’élever leurs enfants, de les mettre en phase avec leur société pour qu’ils puissent y fonctionner sans trop de difficulté. Mais les enfants ont des leçons pour les parents aussi.

Nos enfants peuvent nous faire découvrir, ou redécouvrir (car nous étions tous enfant à un moment donné de notre existence) le « recevoir ». Recevoir un cadeau d’anniversaire ou à Noël est un geste automatique pour un enfant. Parfois c’est gênant quand l’enfant dit « on va voir untel, et j’aurais un cadeau ». Les enfants anticipent les cadeaux, ils les attendent, non pas comme un dû mais comme une évidence. Ils les reçoivent sans complexe, avec enthousiasme et spontanéité. Pour un enfant recevoir un cadeau « est bon » et naturel.

Pour nous les adultes c’est bien plus compliqué. On commence par regarder combien il a couté (même si le ticket a été enlevé), et tout de suite nous calculons dans nos têtes ce que nous pouvons offrir en retour. Un cadeau est surtout une occasion pour un geste réciproque - c’est comme ça, c’est tout!

La deuxième considération est de savoir si le cadeau n’a pas de ficelles attachées - c’est à dire si celui qui l’offre n’attend pas quelque chose de nous…

Vous voyez, c’est compliqué à recevoir des cadeaux, nous sommes envahis de sentiments d’être redevable, nos soupçonnes sont en alerte rouge, et parfois nous nous sentons pas « dignes » de recevoir ce qui nous est offert.

C’est pourquoi les adultes sont mieux adaptés à donner qu’à recevoir.

Au coeur du texte de l’Evangile de ce matin est la question du don - le pardon « par-don ».

Une conversation avec une jeune institutrice qui débute cette année à la maternelle me vient en esprit. Elle m’a expliqué que dans la cours de récréation c’était « un véritable champ de bataille ». Tout était sujet de dispute, des vélos, le balançoire, le toboggan et que ça continuait dans la salle de classe avec le feutre rouge, ou tel ou tel feuille de papier… Parfois le dispute restait au niveau des mots, mais vite ils dégénéraient en poussant les autres, même en frappant les camarades.

C’est à ce moment (ou au mieux avant!) qu’elle intervenait pour rétablir la paix. Elle m’a dit qu’elle ne savait pas combien de fois dans la première semaine elle a du dire, « Il faut que tu présentes tes excuses » ou une phrase similaire. Parfois tout était arrangé rapidement, parfois elle s’est repris plusieurs fois. Mais une fois la paix rétablie, le jeu continue. Le pardon est offert et accepté, et la vie reprend son cours.

Elle a remarqué qu’il n’y avait pas de stratégies de vengeance ou des plans de représailles une fois que la confrontation a été réglée.

L’injustice et le mal ont été ressentis mais la réalité de vivre ensemble reprend le dessus.

Ce qui est vrai pour les 4 ans n’est pas aussi vrai pour les 40 ans. Pardonner vraiment, profondément afin de passer à autre chose pour un adulte est une activité qui demande. Pardonner est un concept difficile à accepter. C’est là où nous les adultes ont des choses à apprendre de nos enfants. Comme si en arrivant à l’âge d’adulte nous avons encore les choses à découvrir.

Recevoir un don, recevoir le don du pardon, apprendre à recevoir tout cela a un coût. 

Le coût de notre colère justifiée, 

de notre suspicion bien-fondé, 

de passer outre notre soif légitime de vengeance 

et d’enterrer nos sentiments d’auto-justification.

Un dicton chinois dit « Si tu cherches la vengeance, creuses deux tombes » l’un pour ta victime et l’autre pour toi-même. 

Car l’attitude de non-pardon n’est autre qu’une condamnation de mort pour toi-même.

L’attitude de la haine et de la vengeance nous conduit à notre mort spirituelle.

L’impossibilité de pardonner les autres est l’impossibilité de se pardonner soi-même

Jésus fait référence au commandement de Lémek en Gen. 4.24 de pardonner 77 fois - et cela pour le meurtre d’un frère. Jésus reprend cette parole et à Pierre il dit, « il faut commencer à 77 fois » (ou à 7 fois 70 fois - le texte n’est pas clair sur ce point). 7 est le chiffre clé de la totalité, de la vie - donc aussi longtemps que tu respires tu pardonneras.

A 4 ans pardonner est naturel, mais il devient de plus en plus compliqué avec le passage du temps. Peut-être c’est pourquoi Jésus réserve l’entrée dans le Royaume pour ceux et celles qui sont comme les petits enfants.

Pour nous les adultes, la difficulté réside dans la mémoire, nous retenons bien plus que les enfants. Nous stockons les choses, les blessures et les injustices, les attaques et les moindres affronts sur notre disc dur… C’est bien normal - nous ne pouvons pas oublier. Nous ne pouvons pas décider d’oublier un jour. C’est comme ça.

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Le pasteur Helmut Thielicke était pasteur en Allemagne sous le régime Nazi, membre de l’Eglise Confessant il a été banni par les autorités. Il a écrit et manifesté son opposition contre le traitent des juifs. Dans son livre « De la Parole à l’Etre » il explique que nous ne devons pas prononcer dans la même phrase les mots « pardonner » et « oublier ». Nous n’oublions pas, mais en pardonnant nous utilisions la mémoire contre les autres. Pardonner n’est pas prétendre que rien ne s’est passé, l’offense est vrai - mais quand nous pardonnons l’offense ne dirige plus nos pensées, elle ne contrôle plus nos comportements.

Pardonner, « par-ce-don » est le cadeau par excellence. Personne ne peut vraiment pardonner sans avoir connu le pardon profond en lui-même. Pardonner c’est le cadeau par excellence de Dieu en Jésus Christ. Le cadeau ultime de Noël chaque jour de l’année, chaque jour de notre vie.

C’est le cadeau qui traverse toutes les frontières que nous établissons entre nous et Dieu, entre nous et les autres et en nous-mêmes.

Le sacrifice de ce cadeau sur la croix est rendu contagieux par le sang et par son sang le pardon est entré dans notre sang. Nous sommes d’un corps avec le Christ crucifié.

Au lieu de donner des préceptes et des principes d’une bonne vie, au lieu d’enseigner des dogmes et de systèmes, au lieu de déposer des codes et des rituels: Jésus offre la relation qu’il a avec Dieu à nous tous. Une relation d’une puissance vibrante et de vitalité qui transforme nos vies.

Notre capacité de pardonner est intimement lié à notre relation avec Dieu, à notre acceptation du pardon versé sur nous par la grâce de Jésus notre sauveur. Il nous sauve par son pardon.

Ce pardon sacrificiel sur une croix rend possible le pardon pour nous les adultes, il nous confronte à ce que nous avons oublié de notre enfance, qu’il faut à tout prix redécouvrir afin d’accéder dès maintenant à son Royaume.

Dire et vivre le pardon n’est jamais facile, il n’est jamais acquis. « Pardonner » nous renvoie à nous-mêmes, à nos faiblesses. Les paroles de l’Evangile de ce matin sont les paroles de libération, elles ne sont pas une manuel de comment faire, ni une comptabilité de savoir si oui ou non nous sommes des bons ou de mauvais chrétiens.

Ces paroles nous libèrent de nos peurs, de nos épuisements et de toujours être sur nos gardes envers ceux et celles qui nous veulent du mal.

L’appel de pardonner 77 fois est un appel à s’ouvrir à nous-mêmes et aux autres - c’est une sommation de recevoir afin de pouvoir donner.

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Malal Yousafzai est une jeune femme Pakistanaise. Le 9 octobre 2012 elle a été victime d’un tentative d’assassinat au Pakistan parce qu’elle militait pour l’éducation des filles dans son pays. Les talibans l’ont visé pour la tuer. Elle a survécue et en 2013 elle est devenue la plus jeune personne à recevoir le Prix Nobel de la Paix. Elle continue son oeuvre toujours. Dans un entretien à la radio elle a déclaré que si les talibans essaient encore de la tuer elle ne ripostera pas, elle essayera d’expliquer pourquoi l’éducation est importante pour les filles musulmanes. Elle blaguait que peut-être elle lancerait sa chaussure dans leurs figures… mais aussitôt elle rétracte et dit, « Mais si je fais cela je ne suis pas mieux qu’eux ».

Hier matin les autorités pakistanaises ont annonçaient que les agresseurs de Malal ont été arrêtés.

Chacun de nous ce matin a besoin, un besoin vital, de pardon, de le recevoir et de le donner.

Peut-être le besoin est de se pardonner, ou de pardonner un membre de la famille, ou de recevoir et d’entendre le pardon d’un proche, de pardonner un collègue, ou une institution. Peut-être c’est lié à un événement de la semaine passé, ou c’est peut-être un fardeau qui pesse depuis longtemps, depuis notre histoire ancienne.

Peut-on pardonner?

Bien sur que oui.

Car au nom de Jésus-Christ nous sommes « pardon », ce n’est pas autant ce que nous faisons, mais c’est ce que nous incarnons, ce qui habite au plus profond de nos coeurs et nos vies. Nous sommes pardon, et nous le sommes aussi longtemps que nous respirons.

Jean-Paul Morley et Andrew Rossiter

—Osée dans le Désert

Prédication par Jean-Paul Morley et Andrew Rossiter à Luneray lors du culte rencontre avec les « marcheurs » de Wadi Rum. Les lectures: Osée chapitres 1 & 2.

Il n’y a pas de texte écrit cette semaine.

La Foi qui Transforme

Toutes nos excuses mais l’enregistreur n’a pas fonctionné hier et nous ne pouvons pas fournir la prédication en audio.

La Foi qui Transforme

La Foi qui Transforme

Prédication à Luneray le 31 août 2014 par Andrew Rossiter

Jérémie 20.1-13, Romains 12.1-12, Matthieu 16.21-27

Ce mois-ci les Championnats d’Europe d’Athlétisme se sont déroulé à Zurich. L’équipe française a connu un retour triomphal à Roissy et était reçu par le président à l’Elysée, car ils avez battu leur record de médailles - un total de 23 et de 9 titres. Mais ce n’est pas seulement les exploits qui ont fait la une de nos informations - l’athlète Maheidine Mekhissi a fait tâche. Finaliste dans le 3000 mètre steeple il était largement en tête du groupe, 100 mètres devant tout le monde. Il jeté un regard en arrière pour s’assurer qu’il allait gagner et il commence déjà à fêter sa victoire. Avant d’arriver à la ligne il enlève son maillot, qui contient le numéro de participant et l’a mis dans la bouche et puis il a gambadé en raillant les autres coureurs.

Il a gagné la course mais il a perdu la médaille - la sanction fut immédiate.

Il a été le plus rapide, mais il a perdu le titre.

Souvent la différence entre l’orgueil et la fierté est aussi mince qu’une ligne d’arrivée dans un championnat d’athlétisme. Regardez la vidéo* dans laquelle Mekhissi explique qu’il a «beaucoup d’orgueil, beaucoup de fierté» et qu’il est «fier de ce qu’il a fait». La confusion entre ces deux mots est la différence entre gagner et tout perdre.

Dans sa lettre à cette jeune communauté de Rome Paul reprend ce même thème. Cette «église en culottes courtes» était inexpérimentée dans la foi. La majorité d’adeptes ne venaient pas de Judaïsme et donc ne profitaient pas de la finesse de la relation entre l’éthique et la spiritualité. Il a fallu toute la diplomatie de Paul, et tout son tact, pour faire passer un message où est tissé moral, prière, vivre ensemble et louange à Dieu. Ici à Rome, comme partout, il y avait ceux et celles qui se pensaient meilleurs que les autres.

Ils se donnaient des médailles en spiritualité, des titres en piété, des records d’endurance dans la prière et montaient sur des podiums de sanctification. Et Paul n’a qu’un seul mot pour décrire ceci - «hautain». Il écrit, «Vous êtes hautains».

Il suffit de descendre de leurs «grands chevaux» pour recevoir le message de Paul.

Il emploi un langage que ces non-juifs en train de devenir chrétien comprendront, il leur parle du corps. L’épître aux Romains est souvent considéré comme un des écrits les plus dense et les plus difficiles à comprendre dans le Nouveau Testament - c’est vrai Paul saute d’une idée à une autre, il semble être pressé de finir des phrases parfois. Mais il écrit avec des mots, des expressions et des images qu’un lecteur greco-romain du premier siècle aurait compris. D’ailleurs il ne pensait jamais que nous, à Luneray allaient lire sa lettre deux mille ans plus tard, et en français!

Paul a déjà utilisé l’idée du corps en écrivant sa lettre à Corinthe, là il mettait l’accent sur l’ensemble - que le corps représentait tous les croyants formant un seul corps, une unité de foi.

La même image ici, mais pour les romains il change d’interprétation. Il rappelle à ses lecteurs qu’ils sont inter-connectés les uns aux autres. C’est l’articulation entre eux qui est à la base de leur unité. Le corps est un ensemble organique formé d’une multitude de différentes parts. Mais le corps n’a pas de sens sans l’inter-connectivité de toutes les parts. C’est un vocabulaire qui est extrêmement moderne à nos oreilles. Dans les domaines de l’ordinateur, des réseaux sociaux, des organigrammes d’entreprises - les coaches parlent de l’interconnectivité. Le téléphone n’est plus un objet pour rester en contact ou pour contacter mais une extension de son propre monde où tout est connecté, le web, les messages, la métro jusqu’au prix des carburants…

On parle sans hésitation de l’organisation organique d’une entreprise - visualisant un lieu de travail non pas comme un produit humain mais une reproduction presque naturelle avec sa propre vie.

Dans cet ensemble, au coeur de ce corps, il y a des dons individuels. Ces dons pour Paul n’ont pas de sens s’ils ne sont pas en symbiose avec les autres pour former un seul corps complexe et multidimensionnel.

Donc si vous pensez que lire le Nouveau Testament était une activité démodé et réduit à un temps dans le passé - c’est plein d’images d’actualité qui nous engagent aujourd’hui. L’image de l’Eglise comme un corps est aussi valable aujourd’hui qu’hier. 

Paul est clair, ses propos ne visent pas à harmoniser les différents dons - il est certain qu’une tel course mène à l’uniformité et éventuellement à l’autoritarisme. Il insiste sur les vraies différences entre les composants du corps. C’est uniquement parce que les uns et les autres sont différents et à cause de leurs différences qu’il est possible de parler d’unité.

Il prend le temps dans cette lettre d’expliquer à ces nouveaux convertis comment ils peuvent s’intégrer dans une Eglise active et activiste dans le monde. L’Eglise pour Paul n’est pas un corps inanimé mais un acteur qui fait une vraie différences dans le monde. Il les supplie de «comprendre» que désormais ils entrent dans une nouvelle façon d’être et d’agir - ce qu’il appel la vie de l’Evangile. Comprendre est un mot clé pour Paul.

Comprendre n’est pas seulement avec l’intellect. Dans comprendre j’entend «prendre»: saisir, mettre le grappin dessous. Tenir avec tout ma force. Le message ne fait pas seulement une différence au niveau de ma pensée, mais engage tout mon être, il me saisit par les revers de ma veste pour me sauver.

Ne pas conformer au monde, mais être transformer - voilà comment Paul le dit avec son langage à lui. Cette transformation devient alors un agent de transformation dans le monde et pour le monde. Et ceci n’est pas un sujet d’orgueil mais la fierté de service.

Dimanche dernier, dans ce temple, nous avons baptisé Simon. Pendant la liturgie de baptême nous avons dit à deux reprises: «Ce sera notre joie et celle de l’Eglise qu’un jour Simon confesse que Jésus Christ est son Sauveur».

Cette même phrase est prononcée à chaque baptême. A ton baptême, au baptême des tes enfants et à celui de tes petits-enfants. Chaque fois nous répétons cette phrase nous lions le baptême à l’histoire du salut. 

Quand nous confessons Jésus-Christ comme Sauveur nous nous engageons dans un acte de transformation. Cette phrase fait une différence dans le monde, dans le mien et dans le monde des autres.

Que ça soit au moment de la confirmation des jeunes - quand ils sont là devant nous pour partager avec nous la phrase q’ils avaient préparé, nous sommes transformés dans notre foi. Nous en parlerons plus tard à la sortie du culte ou autour de la table de midi et le «ripple effect» (l’effet papillon) emporte au-delà de notre imagination. Que ça soit dans un partage biblique, lors d’un camp de jeunes, dans un entretient avec le pasteur, dans le silence de ma prière… confesser Jésus-Christ est une acte de transformation.

Confesser Jésus-Christ comme Sauveur, c’est faire appel à quelque chose en-dehors de moi-même, quelque chose de plus que moi-même. Tu dis que tu existes, non pas seulement par qui tu es mais surtout en référence à un autre.

Dire «Jésus-Christ est mon Sauveur» c’est appartenir à un autre. Appartenir - c’est fou! nous avons encore l’idée de tenir, saisir, d’être saisi, mettre le grappin dessous… Comprendre n’est autre qu’appartenir. Cet autre est la force transformatrice de Dieu dans ta vie - une force qui fait une différence. Pour les chrétiens de Rome tout cela était nouveau, inédite, inexpérimenté - bien sûr pour nous - nous le savons depuis longtemps! Mais attention que nous ne grimpons pas sur nos grands chevaux et deviennent «hautains» comme certains de ces romains.

Confesser sa foi est revendiquer non pas un droit, mais se saisir d’un don, un charisme - qui t’a été donné pour t’intégrer dans le corps de Christ.

Paul dit que les dons sont individuels, et que chacun reçoit un don (au moins un)… mais, il y a toujours un «mais”quelque part. Mais dans l’Eglise nous ne savons pas très bien reconnaître les dons des autres. Nous voyons bien plus facilement le problème des autres que leurs dons.

Et dans l’Eglise nous sommes très bien à ne pas se vanter de nos dons, tout en le faisant tout de même.

Le moment de l’acceptation de notre don est le moment de notre exception, le moment où nous nous intégrons le corps par ce que nous avec reçu et de ce que nous offrons. Nous sommes choisis, désignés, destinés dans un seul et même instant. La grâce, le pardon, le salut sont les dons qui nous habilitent à devenir enfants de Dieu et membres de son corps.

Je sais que cela semble prétentieux, présomptueux même - présomptueux parce que nous sommes tellement habitués à penser en termes de fierté, d’arrogance et non pas en temps de service.

Pour paraphraser une prière de St François d’Assise:

Nous sommes pardonnés afin de pardonner

Nous sommes graciés afin de vivre de la grâce

Nous sommes sauvés afin d’être transformés et être agents de transformation

La clé de ce «vivre ensemble» dans un même corps constitué de toutes nos différences, nous dit Paul, est de considérer que les dons ne sont nullement rangés dans une hiérarchie. La liste qui se trouve dans le texte de ce matin n’est pas organisée de plus au moins important:

Parler avec Sagesse

Faire connaître Dieu

Avoir une foi solide

Guérir des malades

Accomplir des actions extraordinaires

Parler au nom de Dieu

Avoir le discernement

Parler en langues

Traduire ce qu’il est dit

Chaque don a «le don» de transformer celui qui le reçoit, la communauté et de transformer le monde.

Quel est ton don? Quel est ce don que tu as reçu?
Comment ce don peux te transformer?
Comment articuler ce don spécial avec les autres dons?

Prendre le temps de réfléchir et de répondre à ces quelques questions peut nous conduire loin, malheureusement loin des autres - voilà le danger qui nous guette. Revenons à Paul et connectons-nous les uns aux autres pour qu’ensemble nous avançons encore plus loin dans la transformation de notre monde - c’est ça être Eglise au premier siècle et aujourd’hui.

* http://www.lequipe.fr/Athletisme/Actualites/Une-equipe-de-france-record/491206