PREDICATIONS ET SERMONS

Un blog personnel de quelques prEdications prEchees A l'Eglise Protestante unie de Luneray et de Dieppe par le pasteur et des predicateurs laics.

Who’s who?

WHO’S WHO ? Prédication par Robert Mallet à Luneray le 19 octobre 2014

Jean 15, 1-17, Jean 16, 22-24, Jean 17 6-26

Dans beaucoup de situations où notre foi de chrétien est impliquée, nous pensons d’abord au type de relation qui nous lie à une autre personne. C’est le cas dans la famille, dans les relations amicales,  au cours de visites, dans nos multiples rencontres quotidiennes forcément très variées. Ce sont des situations de face à face, de côte à côte, ou parfois de dos à dos. Il y a soi-même et puis l’autre ou, les autres.

Dans un texte que Jean Greisch nous a laissé à la suite de son intervention en août dernier sur le thème « Converser avec Paul Ricœur » nous trouvons Page 3  ce qui est le credo de ce philosophe : «   S’il est impossible de recevoir la pensée d’autrui, sans qu’elle…suscite  (en nous) des réactions spécifiquement personnelles – en revanche il n’est pas vrai  que l’on puisse se découvrir soi-même sans découvrir autrui. On ne descend en soi qu’en sortant de soi. On ne se trouve qu’en se perdant. On n’accède au (soi-)Même que par l’Autre. »

Nous retrouvons cette même pensée dans le prospectus de la Ferme Européenne des Enfants  à Grancourt : « Découvrir et se découvrir » et en sous-titre en anglais « Expand you knowledge and self-awareness » soit : élargir ses connaissances (notamment celle des autres) et la prise de conscience de soi-même.

Il est vrai que les récentes recherches sur le développement du cerveau du jeune enfant montre à l’évidence le rôle indispensable d’un répondant affectif permanent sans lequel l’enfant ne peut établir des relations avec l’autre ou les autres. 

LE TROISIÈME HOMME

L’Evangile voit plus loin dans l’approche de la question de notre identité par rapport à l’autre.   « Celui qui veut sauver sa vie, la perdra » « Si quelqu’un ne renonce à lui-même…. Il ne peut entrer dans le royaume  (l’entourage) de Dieu ». « Si quelqu’un entend ma voix et m’ouvre sa porte, j’entrerai chez lui, je prendrai la cène avec lui » Il y a possibilité de l’irruption d’une troisième personne, celle du Christ, qui par son esprit ne demande qu’à venir nous  habiter.  Le Christ qui parfois habite aussi déjà dans l’autre.

Pour nous chrétiens, dans nos relations avec l’autre avec les autres, il peut y avoir ainsi un troisième interlocuteur. Le Président de l’EPUdF, Laurent Schlumberger, avait écrit une fois qu’on ne pouvait rencontrer Jésus qu’à travers l’autre. Je pense aussi qu’on ne peut rencontrer l’autre qu’à travers Jésus.   Il est à la fois en nous et en l’autre. Nous paraphrasons : « quand vous aurez donné de l’eau à celui qui a soif, c’est à moi que vous l’aurez donnée »

Alors nous en venons à nous demander mais qui est qui ? Who’s Who ?

Quelle est nature de notre relation avec Jésus ? Est-elle évolutive ? Comment cela a-t-elle des répercussions sur le mode de nos relations avec autrui, l’autre ou les autres ?

QUEL MAÎTRE ? 

Jésus récuse le terme de « bon maître ». Lui-même ne se définit que par rapport à Dieu, son Père.  « Il n’y a de bon que Dieu ». Sa prière incessante qui le met en présence de Dieu Tout Puissant, a pour but de le libérer de la tentation d’être Lui-même, celui-là seul qui guérit, qui enseigne, qui libère. C’est l’état le plus parfait du Maître qui s’abaisse pour que grandisse le disciple à son exemple dans la même humilité. « Celui qui s’abaisse sera élevé ». Il dit aussi : « Je suis aussi au milieu de vous comme celui qui sert » (Luc 22,27) Un Maître au service de l’humanité.

Maître s’entend aussi comme Maître d’œuvre, employeur, directeur des Ressources Humaines, lui qui est l’héritier de la vigne dans la parabole de la vigne et des vignerons et que ceux-ci vont tuer. C’est lui qui embauche : « qui garde » ceux que son Père, le maître d’ouvrage, lui a donné. Toutefois il crée un lien particulier avec ses employés ou avec les artisans dont qu’il va utiliser.

SERVITEURS

« Je ne vous appelle pas serviteur, mais ami » C’est à dire une relation affective née d’un service fidèle « viens fidèle serviteur et partage la joie de ton Maître » Tels les vieux serviteurs qui sont devenus des membres de la famille, discrets confidents. La relation affective de notre relation avec Jésus au service duquel nous nous mettons chaque matin, est du même ordre. Elle est une libre décision de notre part, une acceptation à l’avance de qui va nous  être demandé au cours de la journée, une docilité librement consentie, l’exercice heureux d’une pleine liberté. Une joie de servir, et la reconnaissance du privilège qui nous est donné de le faire.

DISCIPLE 

Voilà un terme que peu d’entre nous oseraient affirmer publiquement. Pourtant son sens étymologique se limite à celui de simple élève. À cette aune là nous sommes tous des disciples de Jésus. Toutefois quand nous nous comparons aux disciples qui le suivaient et faisaient des miracles, nous évitons forcément de nous présenter comme tel. 

Il suffit pourtant de continuer à se laisser instruire, à entrer dans cette école d’Amour, cet espace particulier, cette sphère qui nous enveloppe (Psaume 32), ainsi que le reste de la création, dans une même vision qui balaye toute objection,  toute réticence, toute opposition au Créateur.  

ATTACHÉ

En cherchant bien, un terme plus proche de la vérité qui pourrait  convenir à notre relation avec le Christ : il y a celui d’attaché.  Il y a des attachés d’ambassade, attaché d’un ministre.  Nous sommes des attachés à la personne du Christ. Les circonstances de la vie, douloureuses ou joyeuses  resserrent les liens d’Amour qui nous unissent à Lui et iront toujours en se consolidant.  

En fait nous sommes comme le rameau greffé sur le cep de la vigne. C’est le moment du baptême. Ensuite, si la greffe prend, la sève va couler, le rameau se renforcer et un jour il portera du fruit. C’est cela aussi  d’être un « attaché », un attaché au cep qui nous nourrit. 

LA RÉALITÉ D’UNE ALTÉRITÉ PUISSANTE ET BIENVEILLANTE

Que  l’on soit « serviteur », « ami », « disciple » ou « attaché », nous prenons en compte qu’il existe une altérité bienveillante et puissante dans nos vies. C’est cela la Foi. Ce n’est pas un puits qu’il faudrait creuser longuement, profondément, désespérément pour y avoir accès. L’eau est  tout proche de la surface, il suffit de tendre un tant soit peu la main, pour se désaltérer. C’est aussi comme un enfant qui cherche la main d’un de ses parents ou d’un ami. Une autre main est là toute prête à prendre la sienne.

Cette main du Christ qui vient à nous et frappe à notre porte. Pendant combien de temps encore allons-nous attendre pour ouvrir ?

Cette main du Christ qui ne demande qu’à  la poser sur notre tête pour nous bénir,  combien de temps allons-nous encore nous en écarter?

Premieres impressions

Les premières impressions sont inébranlables.

Prédication par Andrew Rossiter à Dieppe le 19 octobre 2014

Les lectures du jour: Esaïe 25.6-9 (pendant la communion), 1 Thessaloniciens 1.1-5, Matthieu 22.15-21

Un article apparu dans Le Figaro le 21 février 2014, rapportant une conférence qui se tenait à Austin (Texas).

Il ne suffit que de quelques secondes pour se faire une opinion, bonne ou mauvaise, à partir de l’apparence d’un interlocuteur. Et si l’on sait qu’il ne faut pas «juger un livre par sa couverture», nous le faisons pourtant naturellement. Or de récentes études présentées lors de la 15è conférence e la société de psychologie de la personnalité sociale, à Austin (Texas) la semaine dernière, montrent que la première impression façonne nos relations aux autres de façon durable.

Les premières impressions sont des déterminants puissants dans notre façon de nous comporter face aux autres. En 1973, Margaret M. Clifford, psychologue américaine spécialisée en psychologie de l’éducation, et Elaine Walster, professeur de psychologie et de sociologie, démontrent que les instituteurs attendaient davantage des enfants qu’ils jugeaient plus beaux que les autres. Quelques années plus tard, en 1980, Anthony Greenwald, professeur de psychologie à l’Université de Washington, rapporte que les individus sont peu réceptifs aux nouvelles informations qui peuvent modifier leur opinion initiale. Les recherches suivantes abondent dans ce sens.

Et si nous regardons les premières impressions qui donnent le Nouveau Testament en ouvrant la première page de l’Évangile de Matthieu - ce n’est pas très positif! Le mot « engendra » apparaît 36 fois! Et les noms se succèdent les uns après les autres, les noms que nous ne connaissons pas, que nous n’avons pas vue et qui sont difficiles à prononcer. C’est un texte que nous ne lisons jamais - même pas à Noël! Matthieu avait de très bonnes ratissons théologiques pour commencer ainsi et les études peuvent être « fascinantes » sur cette liste mis en parallèle avec la liste de Luc par exemple. Mais pour moi c’est comme passer la soirée à regarder les photos de vacances des gens que je ne connais pas.

Mais si nous organisons le Nouveau Testament en ordre chronologique, par date d’écrit des différents livres… le passage que nous avons entendu ce matin est placé au commencement de notre Nouveau Testament. 1 Thessaloniciens  est en première place. Les biblistes pensent que cette lettre a été écrite autour de l’an 45 de notre époque (15 ou 20 ans avant le premier évangile!).

C’est la première impressions écrite de la foi en Jésus Christ. Paul l’a écrit à la communauté de Thessalonique en Grèce, une communauté qu’il a aidé à fonder avec Silas (vous pouvez lire le récit de cela en Actes 17). Thessalonique était une ville commerciale très importante avec beaucoup d’étrangers qui y habitaient, y compris une importante communauté juive. Certains juifs s’opposaient à la prédication de Paul et Silas et ils les ont chassé de la ville. Nous imaginons que Paul y retourne pendant son 3è voyage (en Actes 20) mais ce n’est pas dit dans le texte biblique.

Paul écrit à une nouvelle famille qui vient de se naître, et il y a passé 3 semaines. Trois semaines pour parler de Jésus Christ, pour expliquer la foi, pour nourrir et pour encourager… et puis il est forcé de quitter la ville. Il laisse derrière lui un groupe de personnes « jeunes dans leur foi », donc la toute première lettre qui a été préservée pour nous contient les premières impressions que Paul veut nous donner de la foi.

Il ne parle pas « théologie », il n’explique pas « les grands mystères » de la foi. Il n’aborde pas des thèmes de la grâce, du mal, de la souffrance et de l’autorité.

Sa lettre est « pastorale » en approche. Elle s’adresse à un « vivre ensemble ». Elle est destinée à un groupe de personnes qui ont choisi de croire et de suivre la personne de Jésus le Christ. Elle est une lettre d’amour.

Ses premières impressions ne sont pas des paroles et des explications mais un dynamisme de la foi en action, une joie de vivre une vie nouvelle. Tout comme nos premières impressions de quelqu’un que nous rencontrons ne sont pas autant ce qui a été dit c’est vrai parfois mais plus souvent elles se situent plus sur le niveau des ressentis, des sentiments et des « feelings » comme on dit de plus en plus aujourd’hui.

Soren Kierkegaard commence son livre « Les Oeuvres de l’Amour (1847) ainsi: « Ici ce sont des réflexions chrétiennes, par conséquent ils ne sont par sur l’amour mais concernent les oeuvres de l’amour » (p.19). Et en écho nous avons ce passage de 1 Jean 3.18 « Mes enfants n’aimons pas avec des paroles et avec de beaux discours, mais avec des actes ».

La première impression que Paul laisse est un témoignage qui devient compagnonnage, une croyance qui devient une façon de vivre, une attitude qui devient une action. Dans le seul verset 5 nous pouvons discerner 3 actions qui se tiennent dans « le vivre ensemble ».

Cette expression « vivre ensemble », nous l’avons adoptée à Lyon à la Mission Populaire de la Duchère dans le cadre de la Politique de Ville en termes d’insertion professionnelle. Au lieu de parler du « lien social » - qui donne une image de quelque chose statique et descriptive. Nous avons insisté d’employer le terme « vivre ensemble » pour montrer le dynamique d’un engagement, un mouvement vers un avenir, un devenir pour les personnes qui s’en sortent « ensemble ». 

Quelles sont des marques de ce « vivre ensemble » à Thessalonique?


Paul parle des 3 « P »s dans la communauté:

Le P de la puissance de la présence de Jésus le Christ

Le P de la présence personnelle et communautaire du Saint Esprit

Le P de la passion de leur conviction et de leur foi.

Le premier message adressé à cette communauté était un ressenti de cette communauté et de cette communauté aux autres.

Nous ne sommes pas très à l’aise, nous les protestants bien constitués, quand on parle de la puissance de Jésus le Christ. C’est un langage que nous laissons aux églises évangéliques et pentecôtistes. Mais c’est bien la « puissance » de la libération qui est venue aux gens de Thessalonique. Une force leur est venue d’ailleurs, qui est descendue sur eux (comme l’image de la Pentecôte en Actes 2), une énergie qui les remplit et qui déborde dans leurs vies - de leurs vies individuelles et de la vie de l’ensemble.

Les premières impressions de Jésus était quelqu’un qui parlait, mangeait, discutait avec les autres, quelqu’un qui touchait la vie de ceux et celles qui entraient en contact avec lui. Souvent les évangiles nous le disent, il n’y avait qu’une parole pour le décrire « notre coeur s’est réchauffé ». Il y avait chez lui une puissance d’accueil sans condition et un d’amour qui transforme et qui transfigure.

La présence est l’action du Sainte Esprit au sein de l’Eglise. Nous ne devons pas dire que le Saint Esprit est actif dans l’Eglise comme si le Saint Esprit a besoin de l’Eglise pour agir, ou que dans l’Eglise on peut ou ne peut pas ajouter le Saint Esprit comme une option ou comme du sucre dans ton café. Le Saint Esprit est le missionnaire de l’Eglise et l’Eglise est le lieu où le Saint Esprit peut compléter sa mission. J’utilise souvent l’image de l’Eglise comme un laboratoire pour nous et le Sainte Esprit, afin de faire des expériences pour que nous puissions les reproduire dans le monde. Les expériences d’amour, du pardon, de réconciliation, de générosité, d’écoute et de communion… si ça marche ici ça devrait marcher dans le monde aussi!

La première impression que nous avons de cette communauté de Thessalonique est qu’elle est vibrante à la présence du saint Esprit, ouverte à l’imprévisibilité, de la nouveauté et de la puissance imaginative du souffle de Dieu.

La présence du Saint Esprit - c’est parfois prendre un risque, payer un prix élevé, souffrir des conséquences d’une action d’amour ou de donner plus que nous pensions posséder.

La passion qui habitait cette communauté leur a permit de tenir bon face aux apples des autres religions, de s’égarer de leur mission, de résister à la glorification de l’empereur ou de se contenter de leur réussite économique ou leur fierté religieuse.

Paul faisait la louange de leur foi, leur courage et leur audace d’être ce que le Saint Esprit était en train de réaliser chez eux.

Ces 3 « P »s des premières impressions peuvent nous surprendre à tout moment, sans nous avertir le Saint Esprit peut faire irruption dans nos vies, et dans la vie de notre communauté.

Trish Sommers a appris à 45 ans qu’elle avait un cancer incurable, et il était déjà en phase avancée. En plus elle était seule à élever son fils de 8 ans, le père était déjà mort. Elle n’avait pas de famille.

A l’hôpital elle a rencontré une infirmière, elle aussi s’appelait Trish - tout de suite, depuis les premières secondes, elle a ressenti quelque chose de chaleureux chez cette infirmière. Elle se sentait en sécurité, elle écrivait dans son journal, rassurée, comme « blottie dans une couverture chaleureuse ». Au moment de quitter l’hôpital, après les examens et sans réfléchir, Trish pose une question à l’infirmière, « Peux-tu prendre soin de mon enfant quand je meurs? »

C’était une question de quelqu’un qui était seule au monde.

Trish Seiman, l’infirmière, n’a pas dit seulement « oui », elle a dit qu’elle et son mari et leurs enfants prendront Trish et son fils chez eux. Après la mort de Trish ils ont adopté son garçon.

Au lieu qu’un garçon de huit ans aille dans une institution et qu’une femme meurt toute seule chez elle, ils étaient ensemble pendant les derniers mois de sa vie.

Voici comment la puissance de l’évangile de Jésus le Christ agit. Les premières impressions de cet évangile sont inébranlables, il nous parle au plus profond de nous-mêmes - il nous parle du sacrifice qui donne vie, de la folie imprévisible du souffle de Dieu qui nous conduit sur des chemins que nous ne pouvons pas imaginer… afin de réaliser le projet que Dieu a pour son monde et tout cela « peut importe » que ce projet semble stupide aux yeux des autres.

—Le Bien, le Mal et la Souffrance

Prédication par Andrew Rossiter à Luneray le 12 octobre 2014. Baptême de Felix.

Le Bien, le mal et la souffrance

Le bien, le mal et la souffrance

d’après une production « spaghetti »

Esaïe 53 - culte familial à Luneray le 12 octobre 2014 avec baptême de Felix. Prédication par Andrew Rossiter

Le mal existe - nous le savons. Il suffit de regarder nos écrans de télévision, ou tout simplement autour de nous. 

Le mal constitue une des raisons majeures de ne pas croire en Dieu.

Le mal est réel et Jésus le savait.

Le mal et la souffrance, Jésus dans sa vie allait à leur rencontre. Il n’a jamais essayer de les éviter. Il n’a jamais essayait de les expliquer.

Nous pouvons essayer de comprendre, d’expliquer, de faire des excuses pour Dieu, pour le défendre… mais après tout ce que nous avons à dire le mal reste un mystère. Nous ne savons pas, nous ne comprenons pas pourquoi il existe et pourquoi il y en tant de mal dans le monde. Et Jésus le savait aussi bien que nous.

Sa réponse était d’aller confronter le mal. Le Nouveau Testament, et en particulier les Evangiles, dépeint un Jésus qui ne cesse de guérir, de relever, de rencontrer des gens dans leur malheur.

Mais la Bible nous parle d’une autre réalité de notre existence - le bien.

Le bien est le mot final de la vie et de la mort de Jésus - la résurrection nous dit que le bien, enveloppé dans l’amour de Dieu, peut convaincre le mal. Par la croix, en se laissant crucifié par les forces destructrices, Jésus dénonce son pouvoir et détruit son autorité.

Ce matin nous venons de baptiser Felix. Nous venons de dire avec Sophie et Alexandre qu’il est ici chez lui, que nous sommes sa famille spirituelle, qu’il a sa part de l’héritage de grâce de Dieu dans sa vie maintenant et pour toujours.

Tout cela est vrai, et nous sommes heureux de le proclamer ce matin. Mais nous savons aussi que ce n’est pas son baptême qui donne à Felix tout cela - sinon ces quelques gouttes d’eau et nos prières ne seront rien d’autres que des formules magiques. Nous refusons toute superstition.

Le baptême de Felix est le signe qu’en sa vie tout pouvoir du mal qui peut essayer de le vaincre est détruit. Bien entendu non pas par son baptême, ni grâce à son baptême mais ce que nous venons de faire ce matin signifie une vérité qui opère dans sa vie déjà.

Et son baptême n’est pas le sienne seulement, parce que ce signe nous indique que nous sommes tous à la suite de Jésus, les « suiveurs de Jésus » et nous aussi nous triomphons du mal. Dans le baptême nous disons que nous refusons les armes du mal pour le combattre, et nous prenons la force du Christ dans nos vies, les mains nues, tendues dans un acte d’amour envers notre prochain au service de tous.

Nous sommes de ceux et celles qui vivent dans le monde traversé du mal et de la souffrance, mais en nous habite une attente ardente… une espérance d’une nouvelle naissance née des souffrances de l’enfantement, et qu’ensemble avec Dieu nous parvenons à vivre cette nouvelle vie ici et maintenant.

Le texte du prophète Esaïe nous parle d’un serviteur souffrant - il n’a pas fallu beaucoup d’imagination des écrivants du Nouveau Testament de voir dans ce poème une description de Jésus: de sa vie et de sa mort. A nous de voir si ce texte nous parle avec autant de force aujourd’hui car nous avons entre nos mains et dans nos coeurs la force de tout l’amour de Dieu pour vaincre les puissances destructrices dans nos vies et dans le monde.

Ce matin - prenez courage car ce baptême nous parle de la victoire de notre Sauveur - une victoire à vivre chaque jour, et pour cela nous vous remercions Sophie et Alexandre.

Andrew Rossiter

—Bridge over troubled water

Prédication par Andrew Rossiter à Dieppe le 5 octobre.

Le culte de la rentrée et journée d’offrande.

Philippiens 3.4b-21

Bridge over troubled water

Prédication par Andrew Rossiter à Dieppe

Culte de la Rentrée et d’Offrande 5 octobre 2014

« Bridge over troubled waters »

(Un pont au-dessus d’eau agitée). Le titre d’un chanson par Simon et Garfunkel 1974

Il y a quelques années je suis allé au rassemblement du désert dans les Cévennes. Nous avons pris le pont de Millau. C’est votre première photo sur la feuille de ce matin. Nous étions impressionnés par sa structure, par l’audace d’enjamber une telle vallée, par ses lignes et par sa force presque fragile de la construction. Mais à aucun moment dans la voiture nous avions peur, au contraire la construction la largeur de la route, les barrières nous donnaient une sensation de sécurité. Je sais que nous étions a plus de 270 mètres au-dessus du sol sur une longueur de plus de 2 kilomètres et demi. Mais à 70 km/h tout ce que nous avions à faire était de contempler la vue et par moments j’ai regardé dans le rétroviseur les visages de mes passagers !

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L’idée que nous pouvions tomber ne m’a pas traversé l’esprit – certes sur les côtés, il y avait des barrières de sécurité et des glissières, mais je ne les ai pas vu !

Regardez maintenant la photo que j’ai prise en Afrique de ce pont qui consiste de deux planches pour traverser un cours d’eau. Elles ne sont pas plus longues qu’une dizaine de mètres et haut de 4 mètres… mais je peux vous dire que j’ai passé ce pont en première vitesse tout en regardant à droite et à gauche pour vérifier que les pneus restaient bien sur les planches. J’ai eu peur de tomber, de glisser et me trouver dans la fosse.

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Le pont de lianes présente un tout autre défi – celui du vertige.

Mais pour moi, avec les cordes à la main, je n’avais pas peur pour traverser – même avec les crocodiles qui se trouvaient en dessous !

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La différence entre avoir la peur et ne pas avoir la peur est bien les barrières de sécurité, les protections qui nous entourent. Elles nous aident à traverser les abîmes de la vie, bien accrochés nous avons moins peur de tomber. Les protections fonctionnent mieux quand nous les remarquons le moins. C’est comme si la seule idée qu’elles sont là nous rassure, et nous n’en avons pas besoin. Si elles sont absentes – c’est la panique.

Paul écrit à la communauté de Philippe parce qu’il a discerné un défaut au cœur de leur vie ensemble.

Ils se concentraient sur la sécurité de leur foi, plutôt que sur le pont. Nous avons tous besoin d’un minimum de barrières, de protections et de glissières – dans le vocabulaire de l’église nous les appelons des dogmes, des doctrines et des principes. Ils sont les garde-fous de notre foi… mais jamais les gardiens de notre foi.

Elles fonctionnent comme des signes pour nous avertir, pour nous encourager et pour nous tenir ensemble. Elles sont là pour nous aider à rester sur le chemin – ce chemin qui est vérité et vie, Jésus lui-même.

Le chemin, la vérité et la vie ne sont pas des structures mises en place, ni une répétition des propositions concernant le Christ, mais bien une relation avec le Christ.

Le problème à Philippe était qu’au sein de la communauté certains pensaient qu’afin d’entrer dans la communauté, il fallait devenir d’abord un juif. L’entrée pour ces « judaïsants » était par étape : d’abord un respect des commandements, et puis de la nourriture, après (pour les hommes) la circoncision et enfin on accédait à la vie du Christ dans son corps. Pour être accepté dans l’Eglise il a fallu faire des preuves, respecter les commandements et suivre des préceptes. 

Dimanche dernier nous avons baptisé Antoine et Diane Ouvry à Luneray. J’ai dit dans la prédication : « En effet dans l’Eglise Catholique le baptême est « l’entrée dans la vie sacramentelle » - une sorte de porte ouverte vers les autres sacrements. Sans le baptême il n’y a pas de communion, ni une bénédiction d’un mariage, etc…

Pratiquement, pour être membre de notre église nous n’avons pas besoin d’être baptisé.

Il n’y a aucune interdiction de communier à la table de Sainte Cène si la personne n’est pas baptisée, on peut devenir un membre entier de l’église sans la nécessité d’être baptisé. Il n’y a pas de sens d’entrée par le baptême, aucune contrainte, aucune obligation. » et « que cette cérémonie n’a aucune efficacité ».

Effectivement dans notre église et surtout dans l’église universelle il y en a qui ne peuvent pas accepter une telle position.

Paul ne voulait pas entendre cet argument. Il fait appel à Jésus qui certes « n’est pas venu pour abolir la loi », mais que « Dieu nous a donné la foi par Moïse, mais l’amour et la vérité sont venus par le Christ » (Jean 1.17).

La justification, “notre libération”, n’est pas venue par la loi mais d’une nouvelle action de Dieu en Christ, qui ouvre à tous une relation personnelle. Paul va loin, pour lui toute sa vie avant de rencontrer le Christ sur le chemin de Damas était en pure perte, c’était bon pour la poubelle, il dit, à sortir avec des ordures.

La seule et unique chose qui compte pour lui maintenant c’est de connaître le Christ.

Ce jour en route pour Damas il se trouvait sur le pont le plus solide qu’il soit. Il n’avait plus besoin

de barrières de sécurité d’être Israélite,

de garde-fous d’appartenir au peuple hébraïque ou

des protections offertes par son clan de Benjamin.

Les échafaudages de la loi tombaient à l’eau et la protection de la piété n’offrait plus aucune défense.

Paul s’est lancé sur le pont qui pour d’autres offrait aucune protection. Il le traversait à la hâte, ce seul pont qui relie la condition humaine à l’amour de Dieu.

Il n’avait plus besoin de l’échafaudage de sécurité pour être sauvé mais de l’échafaud de la croix du Christ.

2000 ans plus tard, nous avons toujours besoin de nos sécurités, nous nous sentons rassurés par les garde-fous autour de nous. Les barrières de nos traditions qui nous maintiennent sur « le bon chemin », les glissières de « nos façons de faire » qui nous empêchent de tomber dans des pratiques « pas trop catholiques », et nos protections de notre vision de la foi qui ont très bien fonctionné depuis tout ce temps, merci beaucoup. Et tout cela est terriblement vrai.

Ce sont les structures dont nous en sommes un peu fiers, et avec raison – elles ont tenu fermes à travers l’histoire, elles ont donné un cadre à notre protestantisme, elles nous ont aidé à résister…

… mais elles ne sont pas le pont ! Nous ne pouvons jamais les emprunter pour traverser, seul Jésus est le chemin, la vérité et la vie – ce pont vers l’autre côté.

Paul a tourné radicalement le dos à son héritage, pour tout parier sur la seule relation qui lui offrait la vie.

Ce pont Jésus est plus proche de l’image de ce pont de lianes, une relation tissée des lianes d’amour, de pardon et de grâce.

Des lianes qui sont constamment tissées pour nous relier dans une relation nouvelle de plus en plus sécurisante, 

le seul pont qui enjambe l’éternité qui nous risque de nous séparer de Dieu

le seul qui traverse le gouffre entre notre histoire, notre passé et le présent tenu entre les mains de Dieu.

Jésus n’est pas une barrière de sécurité mais le chemin par lequel nous arrivons à Dieu lui-même.

Paul a écrit cette lettre aux Philippiens parce qu’ils étaient en train de tomber, et lui, Paul, voulait qu’ils tombent… tombent amoureux du Christ, qu’ils continuent à tomber dans cet amour, jusqu’à mourir dans cet amour. Car en Christ, c’est l’amour qui détermine notre destiné – à la fois ici et maintenant et pour toute l’éternité.

—Aime, pardonne, prie

Prédication par Andrew Rossiter à Luneray le 28 septembre lors du baptême d’Antoine et de Diane.

Aime, pardonne, prie

Aime, pardonne, prie

Prédication par Andrew Rossiter à Luneray le 28 septembre 2014

Baptême d’Antoine et de Diane Ouvry

Philippians 2.1-11, Matthieu 21.28-32

Notre baptême c’est participer à la vie de l’Esprit-Saint - rien que ça!

Notre baptême c’est appartenir corps et âme à l’ensemble du mouvement de Dieu par son esprit dans le monde.

Le mot qu’utilise Paul quand il écris à première église européenne, la communauté de Philippe en Macédoine est koinonia - un mot qui dit participation et partage, communion et partenariat… Paul ne dit pas simplement koinonia - mais koinonia pneumatos: partage dans la vie de l’Esprit. Le baptême est notre part de vie dans la vie de l’Esprit de Dieu. C’est devenir un avec tous ceux et celles qui sont dans cet Esprit et qui vivent de cet Esprit.

Souvent au moment de préparer les baptêmes, et face à la question pourquoi voulez-vous baptiser votre enfant, les parents répondent de plusieurs manières:

pour lui donner une éducation religieuse

pour qu’il entre dans la famille spirituelle

qu’il devienne membre de l’Eglise

pour avoir une identité religieuse

ou

pour faire un premier pas vers l’intégration dans la communauté chrétienne.

En effet dans l’Eglise Catholique le baptême est « l’entrée dans la vie sacramentelle » - une sorte de porte ouverte vers les autres sacrements. Sans le baptême il n’y a pas de communion, ni une bénédiction d’un mariage, etc…

Pratiquement, pour être membre de notre église nous n’avons pas besoin d’être baptisé.

Il n’y a aucune interdiction de communier à la table de Sainte Cène si la personne n’est pas baptisée, on peut devenir un membre entier de l’église sans la nécessité d’être baptisé. Il n’y a pas de sens d’entrée par le baptême, aucune contrainte, aucune obligation.

En effet les réformateurs, et surtout Calvin étaient hésitants d’employer le mot sacrement. Calvin, lui-même, préféré le mot en grec musterion, rendu par mystère en français. Mais le mot mystère ne correspond pas exactement à musterion en grec - qui veux dire « ce qui est caché et qui demande à être découvert ». Notre baptême n’est pas un acte opératif mais un mystère qui nous parle de la foi et de notre engagement. A la fois un acte de Dieu en premier et qui ne demande qu’être reçu et vécu dans la vie du croyant.

Quel est le mystère de notre baptême?

La clé réside dans ce mot riche en signification en grec koinonia qui est à la fois un verbe et un nom. C’est de « faire un avec », c’est la fraternité spirituelle qui était la marque de l’église des Actes des Apôtres, c’est la fraternité animée d’une église qui vient au secours de la communauté de Jérusalem, c’est d’être accompagné et guidé par l’action du Saint Esprit. Koinonia est tout sauf un état, une destination. Tout comme le baptême - lui non plus ce n’est pas un état. on devrait pas dire « je suis baptisé » comme si c’est quelque chose que j’ai reçu dans le passé. Mais « je suis baptisé » dans le sens que c’est quelque chose que je vis tous les jours de ma vie. 

J’ai été baptisé. Un jour… A vrai dire: je suis baptisé depuis ce jour. Ma vie entière est un baptême.Martin Luther dit de baptême, « Une vie chrétienne n’est rien d’autre qu’un baptême quotidien, commencé un jour et poursuivi sans cesse. »

Le baptême est alors un mouvement, un devenir où avec les autres baptisés je deviens de plus en plus qui je suis aux yeux de Dieu en participant avec les autres dans mouvement de l’Esprit en nous.

Aujourd’hui nous accueillons Antoine et Diane dans l’Eglise, mais l’Eglise est maintenant différente grâce à cet événement. Elle ne sera plus jamais comme avant, l’ensemble de l’Eglise réagit à cette bonne nouvelle, elle s’adapte elle-même à ce changement. Ce n’est pas autant les baptisés qui changent afin d’intégrer une structure qui les reçoit, mais c’est l’Eglise qui rend grâce de pouvoir suivre de plus près le mouvement de l’Esprit dans son sein.

C’est notre espoir et notre prière ce matin qu’Antoine et Diane peuvent un jour arriver au point d’accepter que Jésus-Christ est (déjà) leur sauveur… 

et bien entendu pour arriver à ce jour-là, ils vont changer, ils vont grandir, ils vont développer et cheminer. Mais ils font déjà partis de l’Eglise à part entière. Leur place, nous venons de le dire, est désormais ici - à jamais.

Le mystère de notre baptême ne se trouve donc  pas ni dans la quantité de l’eau, ni dans les paroles savantes ou correctes, ni dans les formulations liturgiquement corrects ni dans des gestes efficaces… elle se trouve dans le fait de s’identifier, de s’unir avec un autre, celui qui est chef de notre foi.

Donc le baptême est moins une entrée ou un rite de passage, le baptême est de saisir celui qui me saisit en premier. Le baptême est de vivre la personne de Jésus dans ma propre vie. Le baptême est avant tout hautement symbolique. On peut dire que nous les protestants, nous ne sommes pas très forts pour les symboles… mais dans nos vies les symboles sont bien plus puissants que les faits et les gestes.

Le symbole aujourd’hui est celui de Jacques et Laurence qui s’engagent, c’est le symbole de tous qui s’engagent aussi afin que et avec l’espoir qu’Antoine et Diane s’engagent eux-mêmes.

Puisque la cérémonie de ce matin n’a aucune efficacité, nous savons que cet engagement ne vient pas d’un instant, ni grâce à quelques gouttes d’eau sur la tête, mais d’un long parcours de questions, de doutes, de foi, de joies et de peines - de toute une vie pour vivre son baptême. C’est pourquoi la célébration d’un baptême est essentielle dans le culte de dimanche matin, avec la communauté rassemblée, pour indiquer leur soutien certes, mais aussi pour que nous, les autres baptisés, nous puissions renouveler encore une fois et sans cesse notre propre baptême.

« Parce qu’il n’y a pas trop de toute une vie pour que l’eau versée sur ma tête à mon baptême descende jusqu’à mes pieds », disait Charles Peguy.

Le chemin de baptême est aussi long que la durée de notre vie entière. Nous sommes plongés avec le Christ dans sa vie, lui qui venant de Dieu, a été plongé entièrement dans la vie humaine, la vie de nous tous de tous nos jours.

Lui qui a connu cette vie riche en expériences: les célébrations, les naissances, les mariages, les repas, les deuils, les maladies, les conflits les trahisons la mort et la tombe.

Lui qui a vécu une vie comme nous tous avec sa part de joies et de peines.

Notre baptême nous plonge dans sa vie, sa mort aussi. Paul va très loin dans le texte de ce matin: « conduisez-vous comme des gens unis au Christ Jésus ». Bien entendu notre baptême n’est pas notre mort, mais nous nous associons à sa mort dans notre baptême. Cette mort sur une croix n’est pas a reproduire, elle reste dans l’histoire comme un acte unique, une fois pour toutes. Dans le passé, et aujourd’hui aussi, le baptisé est plongé entièrement dans l’eau pour signifier cette descente dans la tombe - comme le Christ, jamais à sa place, mais comme.

Mais nous venons de dire les geste ne sont pas efficients, sinon le baptême ne serait qu’un acte de magie. La quantité de l’eau n’est pas déterminante, sinon quelle quantité exacte faut-il utiliser? Par notre baptême nous sommes associés à ce mouvement du Christ… afin de nous associer, avec lui, en sa résurrection!

Le baptême ne s’arrête pas en bas, le baptisé est élevé, rendu à la vie du Christ.

Voila le mystère que nous célébrons ce matin - devenir un dans le mouvement de la vie, la mort et la résurrection de Jésus-Christ. Ce mouvement devient le nôtre à partir d’aujourd’hui et à chaque jour de notre vie.

Bien entendu Jacques et Laurence, Etienne et Lucie, Fabrice et Jeanne vont veiller à l’éducation religieuse de ces enfants pour les préparer au mieux pour prendre leur décision.

Aujourd’hui nous les recevons comme membres du corps dont nous appartenons nous-mêmes. Le texte de l’Evangile de ce matin insiste sur ce point - le salaire que les ouvriers ont reçu n’est pas basé sur l’effort fournit, mais bien sur la grâce seule.

C’est bien l’amour qui fait grandir.

C’est le pardon qui lie les membres dans un seul corps.

C’est la prière qui établit le koinonia, le partage, la communion.

Donc Laurence et Jacques, et vous tous, nous tous

Aimez

Pardonnez

Prier

et ça jusqu’à la fin de vos jours.

Andrew Rossiter

—Au fil de l'eau

Prédication par Andrew Rossiter à Luneray lors du culte de la Rentrée. Esaïe 55 et Jean 4.14.

Au fil de l’eau

Au fil de l’eau

Un courte prédication lors d’un culte KT et familial à Luneray le 21 septembre 2014 par Andrew Rossiter

Les textes du jour: Matthieu 20.1-16 (j’ai choisi de ne pas le prendre), Esaïe 55 6-13, et un texte de mon choix: Jean 4.14 

« Vous tous qui avec soif,

Voici de l’eau, venez!

Même si vous n’avez pas d’argent, venez! »

(Es 55.1)

Le don de l’eau, c’est le don de la vie. Nous sommes nés de l’eau dans le sens historique, la vie terrestre est sortie de l’eau il y a quelques 400 millions d’années, et notre propre naissance est une sortie de l’eau.

L’absence de l’eau - c’est le désert. Je me rappèle que dans le désert de Wadi Rum en Jordanie à Pâques on nous a donné 3 litres par jour. C’était l’eau pour boire, se laver, brosser les dents, etc. Le troisième jour on nous a donné de l’eau deux fois par jour - 1 litre et demi le matin et le reste à midi. Les bédouins ont trouvé que nous avions tendance à gaspiller de l’eau, en effet quelques bouteilles à demi-vide (demi-pleine) ont été abandonnées. L’eau est un trésor précieux dans le désert, chaque goute compte.

« Donne-moi à boire », a dit Jésus à la femme samaritaine. Une question de vie ou de mort - mais de quelle vie s’agit-elle, et de quelle mort?

Jean commente cette rencontre inattendue entre cet homme et cette femme en nous disant que les samaritains et les juifs n’ont pas de contacts entre eux, d’autant plus quand il est question d’une femme et d’un homme. 

De quelle vie? De la vie dans tous ses sens. Quand nos textes bibliques pudiquement traduisent le grec de Jean nous perdons une partie du sens. En effet les juifs et les samaritains n’ont pas de contact, ou dans une autre traduction « rien avoir de commun », ou encore « évitent toute relation ». Il est clair que la relation est toute relation:

ne pas partager la même coupe

ne pas avoir de relations sexuelles

Voici les barrières infranchissables entre cet homme et cette femme. Jésus transgresse les frontières de culture et du sexe pour venir en demande de l’eau. Il ne faut pas croire que je pense à une relation sexuelle entre la femme (plutôt expérimentée en ce domaine - elle est à son 5è mari) et Jésus. Ce qui est clair est le parallèle avec la lecture du prophète Esaïe, lui qui déclare, « rien ne pas entraver l’action de Dieu ».

« Vos pensées ne sont pas mes pensées » il déclare. Et encore « il y a une grande distance entre le ciel et la terre ».

Cette distance est la mesure de toutes les distances qui nous séparent des autres, les distances bâties sur les rancunes et des blessures, entretenues par des problèmes et les non-dits. Parfois la distance la plus grande se trouve en nous, quand avec l’apôtre Paul nous sombrons dans des considérations de ce que je pourrait être. « Et si j’étais un plus plus gentil(e) avec mes enfants… », « Si j’avais un peu plus de compassion… », ou « J’aimerais être moins en colère(e)… ». Que faire pour combler cette distance et ces distances?

Esaïe nous annonce que l’eau qui arrose la terre, qui donne des graines à semer, qui produit le fruit pour manger… elle est gratuite. Rien a faire - si ce n’est ouvrir les mains pour le recevoir.

Jean place Jésus en face d’une femme (une femme bannie et haie par le peuple de Jésus) pour prouver et pour indiquer qu’en lui la distance qui sépare le ciel de la terre est définitivement franchie. L’eau qui arrose est maintenant l’eau qui jaillit de la source et qui se trouve… chez cette femme.

Quelle audace! Une femme samaritaine reçoit et donne la source de l’eau vive.

Car l’eau dont il est question est bien l’eau vivante, elle donne vie et elle est vie (zon en grec) elle jaillit et elle coule. Cette eau, nous recevons directement de lui qui se tient devant nous et nous la recevons pour notre vie et pour la vie des ceux et celles autour de nous.

Vous avez soif? Recevez cette eau - qui peut espérer mieux que ça?