PREDICATIONS ET SERMONS

Un blog personnel de quelques prEdications prEchees A l'Eglise Protestante unie de Luneray et de Dieppe par le pasteur et des predicateurs laics.

Le pardon

Le pardon à l’épreuve de l’impossible

Prédication à Luneray le 11 septembre 2014 par Nicolas Fizames

Mt 18,21-35 ; Is11,1-9

Un serviteur est en dette envers son roi. Il doit une somme astronomique : 10 000 talents. Il paraît qu’un talent était équivalent à 45 kilogrammes d’argent, ce qui ferait donc une dette de 450 tonnes d’argent ! Autant dire une dette incommensurable !

Cette image de la dette vertigineuse pour parler de la faute et du pardon exprime l’intuition selon laquelle le mal n’est jamais vraiment mesurable, qu’il nous est impossible de véritablement évaluer le mal que nous faisons ou que nous subissons. Le mal excède toujours ce que l’on peut en dire.

Dans une autre prédication sur le malheur et sur la révolte de Job, je vous avais parlé de ces 11 et 12 mai 1944, où la division SS « Das Reich » sema la terreur dans les environs de ma ville natale de Figeac avant d’y rafler 800 personnes, pour les déporter dans les camps d’extermination. Ma mère n’avait pas huit ans. Elle se souvient de l’angoisse, du bruit des bottes, de l’arrestation de son père et de son grand-père. Ce dernier est mort à Dachau.

Peut-être que le « pardon est mort dans les camps de la mort » comme l’écrivit Vladimir Jankélévitch. C’est cette même division SS qui commettra les massacres de Tulles et d’Oradour-sur-Glane. Peut-être que le pardon est parfois impossible… Ma mère n’a jamais voulu que ses enfants apprennent l’allemand.

Que dire aujourd’hui de ce que vivent les chrétiens d’Irak et les autres communautés minoritaires de ce pays ? Que dire de la mère de Christelle Blétry qui s’est battue durant 18 ans pour retrouver l’assassin de sa fille ?

Devant l’abject, le crime ignoble, la torture, le viol, le déferlement du mal à l’état brut, que dire du poids de la dette ? 450 tonnes d’argent sont dérisoires… Mais à côté de ce mal « hors catégorie », il y a le mal ordinaire, pas moins difficile à pardonner : nos paroles narquoises, nos paroles blessantes, nos moqueries, nos haines insidieuses, nos coups bas…

Qu’avait-il fait ce serviteur pour devoir autant ? En tous cas, il se prosterne au pied de son maître en promettant de rembourser… Il réfléchit sûrement à un plan de résorption de la dette… Doit lui venir à l’esprit les noms de tous ceux qui lui doivent et vers qui il va se retourner pour récupérer son dû… Car je crois que ce serviteur est resté dans une logique marchande, celle que nous avons parfois avec l’Eternel. C’est me semble-t-il cela qui va le laisser dans le malheur.

Car comment ne pas entendre cette phrase en bondissant de joie : « je te remets ta dette ! » Le texte dit précisément : « Pris de pitié, le maître de ce serviteur le laissa aller et lui remit sa dette » (Mt18,27). C’est, je crois, le cœur de cette parabole : la pitié du roi qui donne la liberté en remettant une dette envers lui qui était incommensurable ! Mais les oreilles du serviteur n’entendent pas le pardon. Ses yeux ne voient pas la compassion dans les yeux du roi.

Je crois que si le serviteur sort de là en se jetant sur son compagnon – alors que ce dernier n’avait une dette envers lui que de 100 pièces d’argent, ce qui relativement aux 450 tonnes est très faible, voire négligeable ! - c’est qu’il n’a pas cru son roi. Il est resté dans une logique comptable, il est resté à penser à un plan de remboursement utopique où il allait faire le tour de tout ceux qui lui devait, pour régler ses comptes. Il n’a pas cru à la bonne nouvelle de la dette annulée, d’une dette remise par pitié. Il n’a pas cru qu’il était gracié. Il n’a pas cru à la grâce !

Si ce serviteur avait vécu à la fin du moyen âge, peut-être aurait-il acheté des indulgences pour gagner son paradis. Ou bien, je pourrais le comparer encore à ceux qui gardent toutes les fautes même minimes que leur ont faites les autres et qui attendent le bon moment pour se venger : la vengeance est un plat qui se mange froid, dit-on ! Ce sont celles & ceux – et peut-être en fais-je tristement partie – qui ne se détachent pas de la logique comptable, de la logique du donnant-donnant, œil pour œil, dent pour dent.

Je crois qu’il nous faut entendre la grâce. Nous sentir vivant, là, sur cette petite planète Terre, parmi nos frères. Sentir que cette vie nous est donnée, comme aux fleurs des champs et aux oiseaux du ciel. Sentir que la gratuité existe. Sentir que l’Éternel nous remet à nous aussi nos dettes. Écouter, en ouvrant l’Évangile, que l’être, notre être, se conjuguera au futur. Alors rempli du bonheur d’être gracié, du bonheur d’une vie qui continue au-delà de ce que je suis, je peux à mon tour pardonner.

Mais combien de fois demande Pierre ?

Le pasteur Paul Vergara, qui était pasteur à l’Oratoire du Louvre à partir de 1933 et qui sauva une soixante d’enfants juifs pendant la seconde guerre mondiale, déclara, au sujet de ce même texte biblique, le 25 février 1945 : « il ne fait pas de doute que l’enseignement de Jésus sur ce point est formel : d’homme à homme le pardon est un devoir illimité pour le chrétien. (…) Dieu ne peut pas, en Jésus, nous demander le pardon illimité s’il devait être lui-même limité dans le sien, s’il devait y avoir dans nos fautes un maximum au-delà duquel la grâce de Dieu nous serait refusée. Nous comprenons que la seule limite au pardon de Dieu c’est nous qui la fixons, quand nous sommes limités nous-mêmes dans notre générosité envers ceux qui nous ont offensés. »

L’Évangile résonne dans ce pardon originel de Dieu, mais aussi dans notre responsabilité de pardonner à notre tour pour que le pardon de Dieu soit vraiment libérateur. Quand un offensé reste sans pitié, il reste soumis au mal qu’il a subi et au malheur de la vengeance. L’Eternel nous fait la grâce d’un pardon possible afin que nous fassions échec au mal.

Le 6 juin 2004, Gerhard Schröder fut le premier chancelier allemand à participer aux commémorations du débarquement de Normandie au mémorial de la paix de Caen. En 2014, un ex-soldat français, Léon Gautier, et un ex-soldat allemand, Johannes Börner, se sont donnés une accolade en signe de fraternisation devant l’ensemble des 24 chefs des états ayant été en conflit durant la seconde guerre mondiale… Oui, le pardon peut toucher l’impardonnable.

Oui, comme l’avait aperçu Isaïe, le loup demeurera avec le mouton. Le lion, comme un bovin, deviendra en quelques sortes végétarien. Et peut-être qu’un jour « la terre se sera remplie de la connaissance de l’Eternel » et qu’elle reconnaîtra sa Grâce.

Andrew Rossiter

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77 Prédication à Dieppe par Andrew Rossiter le 14 septembre 2014

77

Prédication à Dieppe par Andrew Rossiter le 14 septembre 2013

« 77 »

Rom 14.7-9 (texte de Volonté de Dieu), Gen 50.15-21, Matt 18.21-35

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Savoir ce qui est juste et injuste, ce qui est bien et ce qui est mauvais. Différencier entre ce qui nous rassure et ce qui nous effraie, entre donner son « oui » ou donner son « non ». C’est un vaste programme pédagogique que les enfants apprennent dès les premiers moment de leur vie auprès de leurs parents. L’éducation d’un enfant ne se fait dans un jour c’est une longue histoire de patience, d’apprentissage (pour les parents et pour les enfants) des réussites et des échecs.

C’est de la responsabilité parentale d’élever leurs enfants, de les mettre en phase avec leur société pour qu’ils puissent y fonctionner sans trop de difficulté. Mais les enfants ont des leçons pour les parents aussi.

Nos enfants peuvent nous faire découvrir, ou redécouvrir (car nous étions tous enfant à un moment donné de notre existence) le « recevoir ». Recevoir un cadeau d’anniversaire ou à Noël est un geste automatique pour un enfant. Parfois c’est gênant quand l’enfant dit « on va voir untel, et j’aurais un cadeau ». Les enfants anticipent les cadeaux, ils les attendent, non pas comme un dû mais comme une évidence. Ils les reçoivent sans complexe, avec enthousiasme et spontanéité. Pour un enfant recevoir un cadeau « est bon » et naturel.

Pour nous les adultes c’est bien plus compliqué. On commence par regarder combien il a couté (même si le ticket a été enlevé), et tout de suite nous calculons dans nos têtes ce que nous pouvons offrir en retour. Un cadeau est surtout une occasion pour un geste réciproque - c’est comme ça, c’est tout!

La deuxième considération est de savoir si le cadeau n’a pas de ficelles attachées - c’est à dire si celui qui l’offre n’attend pas quelque chose de nous…

Vous voyez, c’est compliqué à recevoir des cadeaux, nous sommes envahis de sentiments d’être redevable, nos soupçonnes sont en alerte rouge, et parfois nous nous sentons pas « dignes » de recevoir ce qui nous est offert.

C’est pourquoi les adultes sont mieux adaptés à donner qu’à recevoir.

Au coeur du texte de l’Evangile de ce matin est la question du don - le pardon « par-don ».

Une conversation avec une jeune institutrice qui débute cette année à la maternelle me vient en esprit. Elle m’a expliqué que dans la cours de récréation c’était « un véritable champ de bataille ». Tout était sujet de dispute, des vélos, le balançoire, le toboggan et que ça continuait dans la salle de classe avec le feutre rouge, ou tel ou tel feuille de papier… Parfois le dispute restait au niveau des mots, mais vite ils dégénéraient en poussant les autres, même en frappant les camarades.

C’est à ce moment (ou au mieux avant!) qu’elle intervenait pour rétablir la paix. Elle m’a dit qu’elle ne savait pas combien de fois dans la première semaine elle a du dire, « Il faut que tu présentes tes excuses » ou une phrase similaire. Parfois tout était arrangé rapidement, parfois elle s’est repris plusieurs fois. Mais une fois la paix rétablie, le jeu continue. Le pardon est offert et accepté, et la vie reprend son cours.

Elle a remarqué qu’il n’y avait pas de stratégies de vengeance ou des plans de représailles une fois que la confrontation a été réglée.

L’injustice et le mal ont été ressentis mais la réalité de vivre ensemble reprend le dessus.

Ce qui est vrai pour les 4 ans n’est pas aussi vrai pour les 40 ans. Pardonner vraiment, profondément afin de passer à autre chose pour un adulte est une activité qui demande. Pardonner est un concept difficile à accepter. C’est là où nous les adultes ont des choses à apprendre de nos enfants. Comme si en arrivant à l’âge d’adulte nous avons encore les choses à découvrir.

Recevoir un don, recevoir le don du pardon, apprendre à recevoir tout cela a un coût. 

Le coût de notre colère justifiée, 

de notre suspicion bien-fondé, 

de passer outre notre soif légitime de vengeance 

et d’enterrer nos sentiments d’auto-justification.

Un dicton chinois dit « Si tu cherches la vengeance, creuses deux tombes » l’un pour ta victime et l’autre pour toi-même. 

Car l’attitude de non-pardon n’est autre qu’une condamnation de mort pour toi-même.

L’attitude de la haine et de la vengeance nous conduit à notre mort spirituelle.

L’impossibilité de pardonner les autres est l’impossibilité de se pardonner soi-même

Jésus fait référence au commandement de Lémek en Gen. 4.24 de pardonner 77 fois - et cela pour le meurtre d’un frère. Jésus reprend cette parole et à Pierre il dit, « il faut commencer à 77 fois » (ou à 7 fois 70 fois - le texte n’est pas clair sur ce point). 7 est le chiffre clé de la totalité, de la vie - donc aussi longtemps que tu respires tu pardonneras.

A 4 ans pardonner est naturel, mais il devient de plus en plus compliqué avec le passage du temps. Peut-être c’est pourquoi Jésus réserve l’entrée dans le Royaume pour ceux et celles qui sont comme les petits enfants.

Pour nous les adultes, la difficulté réside dans la mémoire, nous retenons bien plus que les enfants. Nous stockons les choses, les blessures et les injustices, les attaques et les moindres affronts sur notre disc dur… C’est bien normal - nous ne pouvons pas oublier. Nous ne pouvons pas décider d’oublier un jour. C’est comme ça.

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Le pasteur Helmut Thielicke était pasteur en Allemagne sous le régime Nazi, membre de l’Eglise Confessant il a été banni par les autorités. Il a écrit et manifesté son opposition contre le traitent des juifs. Dans son livre « De la Parole à l’Etre » il explique que nous ne devons pas prononcer dans la même phrase les mots « pardonner » et « oublier ». Nous n’oublions pas, mais en pardonnant nous utilisions la mémoire contre les autres. Pardonner n’est pas prétendre que rien ne s’est passé, l’offense est vrai - mais quand nous pardonnons l’offense ne dirige plus nos pensées, elle ne contrôle plus nos comportements.

Pardonner, « par-ce-don » est le cadeau par excellence. Personne ne peut vraiment pardonner sans avoir connu le pardon profond en lui-même. Pardonner c’est le cadeau par excellence de Dieu en Jésus Christ. Le cadeau ultime de Noël chaque jour de l’année, chaque jour de notre vie.

C’est le cadeau qui traverse toutes les frontières que nous établissons entre nous et Dieu, entre nous et les autres et en nous-mêmes.

Le sacrifice de ce cadeau sur la croix est rendu contagieux par le sang et par son sang le pardon est entré dans notre sang. Nous sommes d’un corps avec le Christ crucifié.

Au lieu de donner des préceptes et des principes d’une bonne vie, au lieu d’enseigner des dogmes et de systèmes, au lieu de déposer des codes et des rituels: Jésus offre la relation qu’il a avec Dieu à nous tous. Une relation d’une puissance vibrante et de vitalité qui transforme nos vies.

Notre capacité de pardonner est intimement lié à notre relation avec Dieu, à notre acceptation du pardon versé sur nous par la grâce de Jésus notre sauveur. Il nous sauve par son pardon.

Ce pardon sacrificiel sur une croix rend possible le pardon pour nous les adultes, il nous confronte à ce que nous avons oublié de notre enfance, qu’il faut à tout prix redécouvrir afin d’accéder dès maintenant à son Royaume.

Dire et vivre le pardon n’est jamais facile, il n’est jamais acquis. « Pardonner » nous renvoie à nous-mêmes, à nos faiblesses. Les paroles de l’Evangile de ce matin sont les paroles de libération, elles ne sont pas une manuel de comment faire, ni une comptabilité de savoir si oui ou non nous sommes des bons ou de mauvais chrétiens.

Ces paroles nous libèrent de nos peurs, de nos épuisements et de toujours être sur nos gardes envers ceux et celles qui nous veulent du mal.

L’appel de pardonner 77 fois est un appel à s’ouvrir à nous-mêmes et aux autres - c’est une sommation de recevoir afin de pouvoir donner.

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Malal Yousafzai est une jeune femme Pakistanaise. Le 9 octobre 2012 elle a été victime d’un tentative d’assassinat au Pakistan parce qu’elle militait pour l’éducation des filles dans son pays. Les talibans l’ont visé pour la tuer. Elle a survécue et en 2013 elle est devenue la plus jeune personne à recevoir le Prix Nobel de la Paix. Elle continue son oeuvre toujours. Dans un entretien à la radio elle a déclaré que si les talibans essaient encore de la tuer elle ne ripostera pas, elle essayera d’expliquer pourquoi l’éducation est importante pour les filles musulmanes. Elle blaguait que peut-être elle lancerait sa chaussure dans leurs figures… mais aussitôt elle rétracte et dit, « Mais si je fais cela je ne suis pas mieux qu’eux ».

Hier matin les autorités pakistanaises ont annonçaient que les agresseurs de Malal ont été arrêtés.

Chacun de nous ce matin a besoin, un besoin vital, de pardon, de le recevoir et de le donner.

Peut-être le besoin est de se pardonner, ou de pardonner un membre de la famille, ou de recevoir et d’entendre le pardon d’un proche, de pardonner un collègue, ou une institution. Peut-être c’est lié à un événement de la semaine passé, ou c’est peut-être un fardeau qui pesse depuis longtemps, depuis notre histoire ancienne.

Peut-on pardonner?

Bien sur que oui.

Car au nom de Jésus-Christ nous sommes « pardon », ce n’est pas autant ce que nous faisons, mais c’est ce que nous incarnons, ce qui habite au plus profond de nos coeurs et nos vies. Nous sommes pardon, et nous le sommes aussi longtemps que nous respirons.

Jean-Paul Morley et Andrew Rossiter

—Osée dans le Désert

Prédication par Jean-Paul Morley et Andrew Rossiter à Luneray lors du culte rencontre avec les « marcheurs » de Wadi Rum. Les lectures: Osée chapitres 1 & 2.

Il n’y a pas de texte écrit cette semaine.

La Foi qui Transforme

Toutes nos excuses mais l’enregistreur n’a pas fonctionné hier et nous ne pouvons pas fournir la prédication en audio.

La Foi qui Transforme

La Foi qui Transforme

Prédication à Luneray le 31 août 2014 par Andrew Rossiter

Jérémie 20.1-13, Romains 12.1-12, Matthieu 16.21-27

Ce mois-ci les Championnats d’Europe d’Athlétisme se sont déroulé à Zurich. L’équipe française a connu un retour triomphal à Roissy et était reçu par le président à l’Elysée, car ils avez battu leur record de médailles - un total de 23 et de 9 titres. Mais ce n’est pas seulement les exploits qui ont fait la une de nos informations - l’athlète Maheidine Mekhissi a fait tâche. Finaliste dans le 3000 mètre steeple il était largement en tête du groupe, 100 mètres devant tout le monde. Il jeté un regard en arrière pour s’assurer qu’il allait gagner et il commence déjà à fêter sa victoire. Avant d’arriver à la ligne il enlève son maillot, qui contient le numéro de participant et l’a mis dans la bouche et puis il a gambadé en raillant les autres coureurs.

Il a gagné la course mais il a perdu la médaille - la sanction fut immédiate.

Il a été le plus rapide, mais il a perdu le titre.

Souvent la différence entre l’orgueil et la fierté est aussi mince qu’une ligne d’arrivée dans un championnat d’athlétisme. Regardez la vidéo* dans laquelle Mekhissi explique qu’il a «beaucoup d’orgueil, beaucoup de fierté» et qu’il est «fier de ce qu’il a fait». La confusion entre ces deux mots est la différence entre gagner et tout perdre.

Dans sa lettre à cette jeune communauté de Rome Paul reprend ce même thème. Cette «église en culottes courtes» était inexpérimentée dans la foi. La majorité d’adeptes ne venaient pas de Judaïsme et donc ne profitaient pas de la finesse de la relation entre l’éthique et la spiritualité. Il a fallu toute la diplomatie de Paul, et tout son tact, pour faire passer un message où est tissé moral, prière, vivre ensemble et louange à Dieu. Ici à Rome, comme partout, il y avait ceux et celles qui se pensaient meilleurs que les autres.

Ils se donnaient des médailles en spiritualité, des titres en piété, des records d’endurance dans la prière et montaient sur des podiums de sanctification. Et Paul n’a qu’un seul mot pour décrire ceci - «hautain». Il écrit, «Vous êtes hautains».

Il suffit de descendre de leurs «grands chevaux» pour recevoir le message de Paul.

Il emploi un langage que ces non-juifs en train de devenir chrétien comprendront, il leur parle du corps. L’épître aux Romains est souvent considéré comme un des écrits les plus dense et les plus difficiles à comprendre dans le Nouveau Testament - c’est vrai Paul saute d’une idée à une autre, il semble être pressé de finir des phrases parfois. Mais il écrit avec des mots, des expressions et des images qu’un lecteur greco-romain du premier siècle aurait compris. D’ailleurs il ne pensait jamais que nous, à Luneray allaient lire sa lettre deux mille ans plus tard, et en français!

Paul a déjà utilisé l’idée du corps en écrivant sa lettre à Corinthe, là il mettait l’accent sur l’ensemble - que le corps représentait tous les croyants formant un seul corps, une unité de foi.

La même image ici, mais pour les romains il change d’interprétation. Il rappelle à ses lecteurs qu’ils sont inter-connectés les uns aux autres. C’est l’articulation entre eux qui est à la base de leur unité. Le corps est un ensemble organique formé d’une multitude de différentes parts. Mais le corps n’a pas de sens sans l’inter-connectivité de toutes les parts. C’est un vocabulaire qui est extrêmement moderne à nos oreilles. Dans les domaines de l’ordinateur, des réseaux sociaux, des organigrammes d’entreprises - les coaches parlent de l’interconnectivité. Le téléphone n’est plus un objet pour rester en contact ou pour contacter mais une extension de son propre monde où tout est connecté, le web, les messages, la métro jusqu’au prix des carburants…

On parle sans hésitation de l’organisation organique d’une entreprise - visualisant un lieu de travail non pas comme un produit humain mais une reproduction presque naturelle avec sa propre vie.

Dans cet ensemble, au coeur de ce corps, il y a des dons individuels. Ces dons pour Paul n’ont pas de sens s’ils ne sont pas en symbiose avec les autres pour former un seul corps complexe et multidimensionnel.

Donc si vous pensez que lire le Nouveau Testament était une activité démodé et réduit à un temps dans le passé - c’est plein d’images d’actualité qui nous engagent aujourd’hui. L’image de l’Eglise comme un corps est aussi valable aujourd’hui qu’hier. 

Paul est clair, ses propos ne visent pas à harmoniser les différents dons - il est certain qu’une tel course mène à l’uniformité et éventuellement à l’autoritarisme. Il insiste sur les vraies différences entre les composants du corps. C’est uniquement parce que les uns et les autres sont différents et à cause de leurs différences qu’il est possible de parler d’unité.

Il prend le temps dans cette lettre d’expliquer à ces nouveaux convertis comment ils peuvent s’intégrer dans une Eglise active et activiste dans le monde. L’Eglise pour Paul n’est pas un corps inanimé mais un acteur qui fait une vraie différences dans le monde. Il les supplie de «comprendre» que désormais ils entrent dans une nouvelle façon d’être et d’agir - ce qu’il appel la vie de l’Evangile. Comprendre est un mot clé pour Paul.

Comprendre n’est pas seulement avec l’intellect. Dans comprendre j’entend «prendre»: saisir, mettre le grappin dessous. Tenir avec tout ma force. Le message ne fait pas seulement une différence au niveau de ma pensée, mais engage tout mon être, il me saisit par les revers de ma veste pour me sauver.

Ne pas conformer au monde, mais être transformer - voilà comment Paul le dit avec son langage à lui. Cette transformation devient alors un agent de transformation dans le monde et pour le monde. Et ceci n’est pas un sujet d’orgueil mais la fierté de service.

Dimanche dernier, dans ce temple, nous avons baptisé Simon. Pendant la liturgie de baptême nous avons dit à deux reprises: «Ce sera notre joie et celle de l’Eglise qu’un jour Simon confesse que Jésus Christ est son Sauveur».

Cette même phrase est prononcée à chaque baptême. A ton baptême, au baptême des tes enfants et à celui de tes petits-enfants. Chaque fois nous répétons cette phrase nous lions le baptême à l’histoire du salut. 

Quand nous confessons Jésus-Christ comme Sauveur nous nous engageons dans un acte de transformation. Cette phrase fait une différence dans le monde, dans le mien et dans le monde des autres.

Que ça soit au moment de la confirmation des jeunes - quand ils sont là devant nous pour partager avec nous la phrase q’ils avaient préparé, nous sommes transformés dans notre foi. Nous en parlerons plus tard à la sortie du culte ou autour de la table de midi et le «ripple effect» (l’effet papillon) emporte au-delà de notre imagination. Que ça soit dans un partage biblique, lors d’un camp de jeunes, dans un entretient avec le pasteur, dans le silence de ma prière… confesser Jésus-Christ est une acte de transformation.

Confesser Jésus-Christ comme Sauveur, c’est faire appel à quelque chose en-dehors de moi-même, quelque chose de plus que moi-même. Tu dis que tu existes, non pas seulement par qui tu es mais surtout en référence à un autre.

Dire «Jésus-Christ est mon Sauveur» c’est appartenir à un autre. Appartenir - c’est fou! nous avons encore l’idée de tenir, saisir, d’être saisi, mettre le grappin dessous… Comprendre n’est autre qu’appartenir. Cet autre est la force transformatrice de Dieu dans ta vie - une force qui fait une différence. Pour les chrétiens de Rome tout cela était nouveau, inédite, inexpérimenté - bien sûr pour nous - nous le savons depuis longtemps! Mais attention que nous ne grimpons pas sur nos grands chevaux et deviennent «hautains» comme certains de ces romains.

Confesser sa foi est revendiquer non pas un droit, mais se saisir d’un don, un charisme - qui t’a été donné pour t’intégrer dans le corps de Christ.

Paul dit que les dons sont individuels, et que chacun reçoit un don (au moins un)… mais, il y a toujours un «mais”quelque part. Mais dans l’Eglise nous ne savons pas très bien reconnaître les dons des autres. Nous voyons bien plus facilement le problème des autres que leurs dons.

Et dans l’Eglise nous sommes très bien à ne pas se vanter de nos dons, tout en le faisant tout de même.

Le moment de l’acceptation de notre don est le moment de notre exception, le moment où nous nous intégrons le corps par ce que nous avec reçu et de ce que nous offrons. Nous sommes choisis, désignés, destinés dans un seul et même instant. La grâce, le pardon, le salut sont les dons qui nous habilitent à devenir enfants de Dieu et membres de son corps.

Je sais que cela semble prétentieux, présomptueux même - présomptueux parce que nous sommes tellement habitués à penser en termes de fierté, d’arrogance et non pas en temps de service.

Pour paraphraser une prière de St François d’Assise:

Nous sommes pardonnés afin de pardonner

Nous sommes graciés afin de vivre de la grâce

Nous sommes sauvés afin d’être transformés et être agents de transformation

La clé de ce «vivre ensemble» dans un même corps constitué de toutes nos différences, nous dit Paul, est de considérer que les dons ne sont nullement rangés dans une hiérarchie. La liste qui se trouve dans le texte de ce matin n’est pas organisée de plus au moins important:

Parler avec Sagesse

Faire connaître Dieu

Avoir une foi solide

Guérir des malades

Accomplir des actions extraordinaires

Parler au nom de Dieu

Avoir le discernement

Parler en langues

Traduire ce qu’il est dit

Chaque don a «le don» de transformer celui qui le reçoit, la communauté et de transformer le monde.

Quel est ton don? Quel est ce don que tu as reçu?
Comment ce don peux te transformer?
Comment articuler ce don spécial avec les autres dons?

Prendre le temps de réfléchir et de répondre à ces quelques questions peut nous conduire loin, malheureusement loin des autres - voilà le danger qui nous guette. Revenons à Paul et connectons-nous les uns aux autres pour qu’ensemble nous avançons encore plus loin dans la transformation de notre monde - c’est ça être Eglise au premier siècle et aujourd’hui.

* http://www.lequipe.fr/Athletisme/Actualites/Une-equipe-de-france-record/491206

Frédéric Genty

—Prédication du 24 août 2014 à Luneray

Prédication par Frédéric Genty (pasteur, informateur régional en région Parisienne de l’EPUdF) à l’occasion du rassemblement autour de la mémoire de Jacques Ouvry à Luneray. Culte avec baptême de Simon Corruble.

Mustèrion - le mystère de notre foi

Prédication par Andrew Rossiter à Dieppe le 17 août 2014

Rom 11.13-36, Matt 15.21-28

Mustèrion - le mystère de notre foi

La prière la plus connue pour les chrétiens est sans doute le Notre Père. Pour les juifs c’est le Sh’ma Israël - cette prière est récitée matin et soir et le texte se trouve dans le Mezouza à la porte de toute maison juive. En touchant le mezouza on récite la prière en sortant et en entrant chez soi.

« Ecoute Israël… » Israël peut être le sujet du verbe - c’est Israël qui écoute. Mais Israël peut être aussi le complément dans le sens qu’Israël doit écouter ce que Dieu lui dit. Ou encore, c’est nous qui devons écouter ce que Israël nous dit.

Le message qui vient du Premier Testament n’est une option pour nous les chrétiens. En effet les protestants sont attachés au Premier Testament. ON m’a déjà posé la question pour savoir si les protestants croient en Jésus-Christ! A Luneray la rue Val Midrac, où se trouve le presbytère protestant, est nommée ainsi en référence à la Midrash (l’ensemble de commentaires juives). Nous sommes convaincus que l’étude des écritures juives nous aide à comprendre le Nouveau Testament et son message. Nous ne pouvons pas ignoré que Jésus et les premiers apôtres étaient juifs. Mais quelle est la relation juste entre le judaïsme et le christianisme? D’autant plus que nous savons que le judaïsme a rejeté Jésus comme le Messie, le Christ.

C’est la question qui préoccupe Paul. La question était plus réelle pour lui que pour nous 20 siècles plus tard - même si elle reste de l’actualité aussi pour nous.

Deux crises majeures traversaient les premières communautés chrétiennes. La première était que des témoins qui vivaient avec Jésus commençaient à mourir - avant le retour du Christ - cette crise a donné naissance à l’écriture des évangiles et à l’organisation de l’église.

La deuxième concernait le non-acceptation du message par des juifs. Quelques juifs se sont convertis mais pour la plupart ils restaient juifs et rejetaient l’annonce que Jésus était le Messie. La conséquence était la séparation avec la synagogue.

Paul écrit pour les non-juifs de Rome pour remettre en place la vraie relation entre le judaïsme et le christianisme naissant. Et il emploi une parabole d’une greffe.

La racine est saine et sainte, la racine est Israël. Les chrétiens non-juifs sont des branches qu’on prend sur un olivier sauvage pour les greffer sur le bon tronc. Ces chrétiens sont des « pièces apportées », implantées dans un peuple saint. C’est la racine qui les porte, qui les nourrit, qui leur donne de la sève pour produire du fruit et tout ce qu’il est nécessaire pour leur vie.

Je suis sûr que si Robert Mallet était parmi nous ce matin, il aurait quelque chose à nous dire sur la façon dont parle Paul des greffes: car en effet c’est le contraire qui se passe. La racine est la plante sauvage et la greffe est la branche saine et cultivée qui est ajoutée pour transformer la souche, pour la rendre plus fertile. Alors Paul de Tarse était meilleur théologien qu’il n’était arboriculteur! Faut-il voir dans ce passage une erreur ou une parabole?

Une parabole est une histoire qui suscite une réponse ou une réaction: elle demande que l’auditeur se positionne. Souvent la parabole nous surprend, « nous prend à contre pied ».

C’est le père qui accueille son fils; le propriétaire qui loue le gérant malhonnête; c’est Jésus qui dit que le collecteur d’impôts est plus juste que le pharisien pieux et que la foi d’une femme étrangère est grande.

Les paraboles de Jésus sont des moments de décalage en nous offrant des prises de vue à la façon de Dieu. C’est pourquoi Paul nous offre une parabole en nous disant que le chrétien non-juif est greffé sur sur le tronc d’Israël - « contre sa nature ».

Devant Israël le christianisme n’est pas la racine, il n’est pas la plante saine, il est le greffon, il est ajouté non pas pour sauver la plante mais pour profiter de la racine, de sa sève et de sa vie.

En effet c’est une parabole difficile à recevoir. Elle est contre tout ce que nous avons reçu comme enseignement de l’Eglise. Car l’Eglise enseigne exactement le contraire de ce que Paul écrit dans ce passage.

Je ne me souviens pas du nombre de cantiques où il est question que nous les chrétiens sommes le peuple de Dieu, le peuple choisi, le nouveau peuple, le nouvel Israël, etc… C’est plus répandu dans l’Eglise Catholique que chez nous, mais…

Ceci n’est pas un développement récent, depuis les premiers siècles… Justin Martyr, un père des églises du deuxième siècle écrit ceci:

«La race israélite véritable, spirituelle, celle de Juda, de Jacob, d’Issac et d’Abraham… c’est nous, que le Christ a conduit vers Dieu*». Ce n’est pas seulement un exemple d’histoire, car dans les rapports du Concile du Vatican II le judaïsme est décrit comme une des religions non-chrétiennes, sans aucune référence d’une traduction commune.

Quelle est la relation entre le judaïsme et le christianisme? Et quelles sont des conséquences sur l’histoire de la foi de ce double rejet?

Une des plus lourdes conséquences est sans doute l’antisémitisme: la haine qui conduit à trouver un bouc-émissaire. Puisque le judaïsme est à l’origine du christianisme, le chrétien ne peut pas avoir un regard neutre sur le judaïsme. Soit le regard est celui de la reconnaissance ou soit la reconnaissance est trop lourde à porter donc le judaïsme est rejeté. Nous n’avons pas besoin de faire état de l’histoire d’antisémitisme ni dans le monde ni dans l’Eglise.

Une autre conséquence lourde de responsabilité est les divisions. Une fois que la pensée est admise que Dieu préfère les uns aux autres, ce n’est qu’un petit pas à se diviser en promulguant les décrets contre les hérétiques de tout type.

Le grand schisme de 1054 soldait dans une excommunication réciproque des églises orientales et occidentales. La réforme du 16è siècle est en grande partie le résultat de l’incapacité de l’Eglise Romaine à accueillir des idées nouvelles.

Et les protestants ont toujours manifesté un talent particulier pour se diviser en autant de chapelles que de sensibilités. Ce n’est pas la diversité qui est en question, mais comment la diversité se solde toujours en rejet de l’autre.

Un proverbe africain dit que « les arbres se battent avec leurs branches et s’embrassent avec leurs racines ».

Peut-être une nouvelle écoute de Paul nous donnera la possibilité à redécouvrir nos racines communes qui aidera les églises à dépasser leurs oppositions.

Il y a encore une autre conséquence importante de ce rejet de la racine: l’autoritarisme. A partir du moment où l’Eglise a acquis la conviction qu’elle est sa propre source de révélation et d’autorité il est juste, ou plutôt il lui paraît juste, d’imposer son autorité à l’ensemble. Par la torture des hérétiques, l’Eglise était convaincue que c’était « pour leur bien et pour leur salut ».

L’antisémitisme, les divisions et l’autoritarisme - la liste est longe et lourde de conséquences de ce rejet de nos racines.

Ouvrir le Premier Testament n’est ni une option, ni un plus et certainement pas un ésotérisme, mais sa lecture est vitale pour une foi en Christ.

C’est la lecture et l’enracinement dont parle Paul en nous disons que nous la recevons comme un mystère. Le mystère de la foi est un mystère qu’il faut connaître. Ce mystère est:

Tous est de lui

Par lui

Pour lui

A lui la gloire éternellement.

Notre mot mystère vient du grec mustèrion, ce n’est pas ce qui est caché, comme est souvent le cas en français. « C’est un mystère pour moi… » Un mystère pour Paul n’est pas là où toute question s’arrête, là où il faut tout simplement accepter, non mustèrion est mieux rendu par la mot «révélation», ce qui est révélé.

Là où notre intelligence nous conduit pour contempler, adorer et méditer sur ce qui dépasse notre pensée.

Pourquoi Israël n’a pas reconnu en Jésus le Messie tant attendu? Pour que Dieu puisse accueillir tout le monde - pour permettre à tous d’entrer dans le salut de Dieu.

Que faisons-nous de ce mustèrion?

Comment entendons-nous la parabole de la greffe?

Peut-être à la façon de cette autre « parabole de deux frères » du livre d’Anthony de Mello, ‘Comme un chant d’oiseau’:

La parabole de deux frères

Le premier frère entend l’appel de Dieu, il quitte sa famille et renonce à un bel avenir. Il part à l’étranger et se met au service des plus petits afin de les aider à trouver une dignité. Comme il est talentueux, son comportement dérange les gens bien installés, et ces derniers se débrouillent pour le faire condamner pour une fausse raison. Il est humilié et mis à mort. Quand il arrive au ciel, le Seigneur l’accueille et lui dit, « C’est bien, bon et fidèle serviteur! Tu m’as rendu un service qui vaut mille talents. Je vais maintenant te donner une récompense qui vaut un milliard de talents: entre dans la joie de ton Seigneur! »

Le second fils entend l’appel de Dieu mais décide de ne pas y répondre car il ne veut pas renoncer à la vie qui lui est promise. Il se marie et fonde une famille heureuse. Il crée une petite affaire et comme il est talentueux, elle prospère et il devient riche et célèbre. De temps en temps, il se souvient de sa foi et il donne un peu d’argent aux oeuvres et consacre un peu de temps à sa femme et ses enfants. Arrivé au terme de sa vie, il meurt, rassasié de biens et de jours, entouré des siens. Quand il arrive au ciel, le Seigneur l’accueille et lui dit, « C’est bien, bon et fidèle serviteur! Tu m’as rendu un service qui vaut vingt talents. Je vais maintenant te donner une récompense qui vaut un milliard de talents: entre dans la joie de ton Seigneur! »

L’ainé est surpris quand il apprend que son jeune frère reçoit la même récompense que lui. Il décide d’aller parler à Dieu.

Que lui dit-il?

  1. Seigneur, je trouve injuste que mon frère qui a largement profité de sa vie et qui a été entouré de gloire et d’honneur ait la même récompense que moi qui ai donné ma vie pour les plus pauvres et qui sois mort pour l’Evangile.
  2. Seigneur, avec ce que je sais maintenant, si je pouvais refaire ma vie, j’aurais encore plus de raison de vivre au service de cet Evangile qui accueille pareillement tous les hommes dans ton Royaume.

Quelle aurait été notre réaction? la A?

Quelle est la réponse de l’Evangile? Bien entendu la B.

* Dialogue de Saint Justin avec le juif Tryphon: XI.4

Andrew Rossiter

—Euangélion

Prédication par Andrew Rossiter à Dieppe le 10 août 2014.

Euangélion

Prédication par Andrew Rossiter à Dieppe le 10 août 2014

Matt 14.22-33, Rom 10.1-15, Es 52.7-12

Euangélion

Le 12 août 2012 à Londres, lors du dernier jour des Jeux Olympiques Stephan Kiprotich a remporté le médaille d’or pour le marathon en 2 heures 8 minutes et 1 seconde. Ce n’était pas un record mondial, ni un record personnel, en effet sur une distance de 42 kilomètres (et 195 mètres pour être exacte) les conditions de la route, le dénivellation et la météo font que c’est difficile de comparer un marathon avec un autre.

Tout le monde sait que ce sport trace ses origines à la légende d’antiquité du messager grec Philippides qui a couru la distance entre Marathon et Athènes pour annoncer la victoire contre les Perses en 490 avant Jésus Christ. A son arrivée, à bout du souffle il meurt juste après avoir délivré son message.

Le mot qu’emploie Paul dans sa lettre à la jeune communauté chrétienne de Rome est le même mot que les anciens grecs employaient pour l’annonce d’un message de victoire: « euangélion ». Ce mot euangélion qui est composé de « eu » - bon et « angélion » - nouvelle ou message (d’où vient notre mot « ange » - messager) nous donne « bonne nouvelle » en français ou « évangile ». Le mot « Gospel » en anglais dérive de ce même mot « good » « spell » (message ou écrit).

Donc le mot que Paul a choisi, et qui est devenu un terme presque technique dans le vocabulaire chrétien pour désigner non pas seulement les bonnes nouvelles mais les écrits de quatre premiers livres du Nouveau Testament était un mot « ordinaire » dans le grec des premiers croyants.

Avant l’époque de messagerie instantané de sms, e-mails, twitter etc il fallait courir les nouvelles, les courriers (d’où vient le mot) ont été transmis par des messagers à pieds. Euangélion était un message militaire pour annoncer une victoire.

Euangélion offrait: la liberté, la possibilité que la vie continue, la fin de l’angoisse et de la peur. Les populations qui attendaient l’euangélion vivaient dans l’incertitude pour leur avenir car le contraire était une annonce d’une défaite avec comme conséquences le pillage, le viol, le torture pour les uns, la mort pour les hommes et l’esclavage pour les enfants. Si les nouvelles étaient mauvaises, elles étaient vraiment mauvaises!

Le messager de l’euangélion apportait un avenir nouveau.

Il n’y avait pas de mi-chemin - les nouvelles étaient soit bonnes, ou non…

Voilà la force de ce mot ordinaire que Paul place dans sa lettre afin de faire comprendre à ces nouveaux convertis de Rome le choix de vie devant eux. Le choix était de venir dedans ou d’être dehors, personne ne pouvait rester sur le seuil.

Dehors ou dedans - d’entrer ou non dans l’amour de Dieu offert et donné. D’entrer ou non en faisant un simple pas et d’accepter tout ce que Dieu a déjà fait. D’entrer ou non et franchir la porte qui est ouverte sur la vie nouvelle… voilà ce que Paul espère communiquer.

Car il n’y a pas de dehors pour ceux et celles qui essaient de respecter la loi de Moïse. Il n’y a pas de dehors pour ceux et celles qui ignorent la loi de Moïse. Il n’y a pas de dedans pour ceux et celles qui essayent d’accéder à cette vie par ce qu’ils font, ou ce qu’ils disent. Dedans - dehors ne dépend pas de nous, mais de ce que Dieu a déjà accompli. Dehors - dedans n’est pas nous mais c’est accepter la nouvelle de la victoire qui nous ouvre à un avenir nouveau.

Comprendre cela est un choix décisif dans nos vies. Comprendre, dans ce mot j’entends « prendre » - saisir. Comprendre c’est saisir et être saisi. S’emparer de toute ma force, s’agripper et être chopé par une force ou par une certitude qui me sauve. « Comprendre », dit Paul à la communauté de Corinthe, « j’espère que vous comprendrez complètement… » (2 Cor 1.13). C’est une question de vie et de mort.

Pour arrêter ma chute, une main doit saisir les revers de ma veste - à moi maintenant d’empoigner le bra afin de me hisser de la precipice. Empoigner par l’amour de Dieu este saisir la main qui sauve. Dieu tend sa main vers moi, à moi de saisir avec toute ma force, toute ma foi et toute mon âme sa puissance dans ma vie. Jésus parle aussi de la main - il disait que le Royaume de Dieu est « à la portée de la main ». Si près que nous puissions sentir la chaleur et la solidité de la main de Dieu qui effleure notre vie, fermer notre main autour de son poignet - c’est tout ce que Dieu demande de nous.

Comprendre cela, nous dit Paul, est de saisir l’avenir qui est devant moi, devant chacun de nous.

Le messager qui nous vient est le Christ lui-même.

Souvent les messagers arrivaient épuisés, peut-être ils étaient parmi les combatants, ils avaient participé à la bataille et ils arrivaient blessés; sanglants, les pieds souffraient, pas de Nikes ni d’Adidas pour ces messagers des premiers siècles. Ils étaient chaussés en sandales ou pieds-nus. Pouvez-vous imaginer l’état de leurs pieds après des kilomètres de course?

En prenant le texte d’Esaïe - leurs pieds étaient les plus beaux, car ils annoncent de bonnes nouvelles. Ces hérauts s’épuisent pour annoncer la victoire.

Jésus était le messager, le coureur du ciel à la terre. Il est arrivé à la croix avec le message de salut. Il s’est épuisé sur la colline de Golgotha avec un message universel de libération et de victoire. Son message, annoncé au prix de sa propre vie, mettait fin au système de mérite et inaugurait une relation, nouvelle avec Dieu. Sur sa croix, les mains et les pieds de Jésus témoignent de la réalité de son amour.

Jésus était l’ultime coureur de marathon qui traverse l’espace de notre histoire et de tout notre monde pour s’écrouler sur la croix. Les mains et les pieds ensanglantés de Jésus apportent le message de délivrance pour tout notre monde.

« Qu’ils sont beaux ces pieds de l’annonciateur » proclame Paul en reprenant la citation d’Esaïe.

Ce sont les mêmes pieds qui ont grimpé le mont des béatitudes pour apporter un message de paix, de compassion et de réconciliation, ce sont les pieds qui ont été lavés par les larmes d’une femme, les mêmes qui ont parcouru des kilomètres sur les routes de la Galilée, ce sont les pieds qui ont marché sur la surface des eaux pour montrer la victoire sur les forces qui veulent nous détruire. Ces mêmes pieds sont maintenant cloués sur une croix. Ce sont ces pieds que nous contemplons en premier en levant la tête vers la croix.

Ces pieds mutilés, cassés et transpercés tiennent péniblement pendant encore quelques heures afin qu’il puisse délivrer son message de bonne nouvelle, de son évangile de son gospel, de l’Euangélion.

Et ce messager, frappé et couvert de sang reflète parfaitement toute la profondeur, la hauteur et la largeur de l’amour de Dieu pour nous. Car le messager est arrivé jusqu’à chez nous, il est venu et nous n’avons plus à attendre, ni à craindre - notre attente est finie, nous avons maintenant la bonne nouvelle entre nos mains.

Sur la croix, Jésus prononce les premiers mots du psaume 22, « Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné? » Ce même psaume termine, « Tu m’as répondu, Tu l’as fait! ». Tout est accompli, une fois pour toutes, nous avons reçu le message de délivrance. La nouvelle que le mal est vaincu, que Dieu a remporté la victoire.

La bataille n’est pas la nôtre et la victoire appartient à Dieu. « Vous êtes sauvés ».

Nous sommes sauvés - que faire de ce message de libération?

Comment le traduire dans nos vies personnelles et familiales? 

Nous sommes sauvés - quelles sont des conséquences de ce message dans nos relations au travail ou avec les autres, avec nos voisins et les autres membres de notre église? 

Nous sommes sauvés - est-ce que nous saisissons la force de ce message et la permettre de changer notre vision du monde? Voilà - comprendre ce qu’annonce le messager sur la croix.

A chacun de nous de traduire dans sa langue personnelle le sens du mot « Euangélion ».