PREDICATIONS ET SERMONS

Un blog personnel de quelques prEdications prEchees A l'Eglise Protestante unie de Luneray et de Dieppe par le pasteur et des predicateurs laics.
Andrew Rossiter

—Faites ceci en mémoire de moi

Prédication par Andrew Rossiter à Luneray le 6 juillet 2014

FAITES CECI EN MEMOIRE DE MOI

« Faites ceci en mémoire de moi »

Prédication par Andrew Rossiter à Luneray le 6 juillet 2014

Cette prédication a été inspirée par des échanges pendant la Pastorale Régionale à Godswarsveld (30 juin-1 juillet 2014). Un grand merci à Jérémie et à Eckart et Jan-Albert.

Psaume 23, 1 Corinthiens 11.23-26

En août 1914 la guerre tant voulue par les hommes était là.

2014 - cette année nous célébrons, ou devrais-je dire nous marquons ou commémorons le commencement de ce conflit qui aller en finir avec toutes les guerres. 2014, ce n’est pas la fin de la guerre, mais son commencement. Quel sens devons-nous donner à une commémoration d’un début d’une guerre?

A notre Pastorale Régionale cette année nous étions sur les sites de cette guerre. Nous étions logés dans le monastère du Mont des Cats à Godswarsveld près d’Hazebrouck sur la frontière Belge. Nous avons visité des cimetières militaires (pour certains pasteurs la première visite à un cimetière militaire). Nous avons regardé les lignes de front qui étaient figées pendant quatre ans.

J’ai aussi un souvenir qui m’est revenu d’une visite avec Florian, encore tout petit, des lignes de front et des tranchées dans ce nord de la France.

Les hommes face à face à quelques mètres les uns des autres - on pouvait entendre tousser l’ennemie pendant la nuit! Ils étaient tapis dans leurs tranchées - ces hommes en cette fin de l’année 1914 n’attendaient que le moment opportun, pour aller grimper dehors, fusil et grenade à la main pour tuer et massacrer les hommes dans leur camp. Tuer d’autres jeunes hommes comme eux. Jeunes avec toute leur vie devant eux.

La compassion avait disparu de la terre de guerre et à sa place une hostilité implacable.

Les cimetières sont des témoins de cette hostilité et de cette haine:

Nous nous sommes rendus au Mont Kemmel, point culminant des Flandres à 156m, un point stratégique pendant cette guerre. Ce mont a été pilonné par des abus, aucun arbre , aucun bâtiment, aucun arbuste résistait à la pluie de fer - au point que les soldats l’ont baptisé « Mont Chauve ». L’ossuaire regroupe les restes de 5294 soldats Français, dont seulement 57 ont pu être identifiés.

… et puis ce cimetière militaire de l’hôpital de campagne de Lijessenthoek. Là, 9901 sépulcres des soldats Britanniques et du Commonwealth reposent, d’autres nationalités sont enterrés dans ce même cimetière - des Français et des Allemands, car dans les hôpitaux on soignait des blessés des deux côtés.

La tuerie, la haine, l’hostilité - comment commémorer tout cela aujourd’hui en 2014?

Il y a phrase dans le psaume 23 que nous avons lu ce matin qui m’interpelle:

« Tu dresses une table face à mes adversaires »

C’est la phrase « face à ». A travers la même table je me trouve en face de mes adversaires. D’autres traductions le rendent « en présence de… » 

Dans les tranchées, face à face - le visage qui dévisage l’autre, qui guette le moindre geste, le moindre mouvement qui peut indiquer le commencement d’une attaque ou le ré-positionnement d’un franc-tireur.

Mais à Noël 1914 une brèche s’ouvre dans le mur de la haine.

Dans leurs tranchées des soldats Anglais et Français et Allemands attendaient depuis des semaines des ordres de l’assaut décisif - il n’en fut rien!

Des chants de Noël s’élèvent « Stille Nacht” d’un côté et des Christmas Carols de l’autre. Ce que les historiens appellent « La Trêve de Noël » - mais en réalité ce n’était pas une trêve plutôt une fraternisation non-officielle. Des échanges de cadeaux, de la nourriture et des cigarettes et un match de foot impromptu. C’était aussi une occasion d’enterrer des morts. Les soldats Allemands et Britanniques s’arrêtent pour dire ensemble le psaume 23.

Cet événement n’a pas été relié ni en France ni en Allemagne, les rapports de presse étaient censurés, seulement le « Daily Mirror » en Angleterre imprime une photo sur sa première page. La majorité des photos ont été détruites, et les soldats ont été transférés sur d’autres secteurs.

Face à l’autre, mon ennemie - que vois-je sinon un reflet de mon propre visage. Face à l’adversaire quel est ce visage qui me regarde? Afin de regarder en face il me faut un tiers, un autre qui convoque et qui invite et qui me donne le courage de regarder au lieu de viser.

Un tiers comme un 25 décembre, un tiers comme un autre qui relient.

Mais ce n’est pas très protestant tout cela. Nous n’avons pas besoin des autres, des saints, de la Vierge Marie, des prêtres et autres. Non, nous les protestants nous avons le contact directe avec Dieu. Cela n’a jamais été la théologie protestante. Depuis le commencement Luther, Calvin, Zwingli et les autres ont toujours prêché un autre, un tiers. Le Christ qui se tient là entre moi et Dieu, entre moi et mes adversaires.

C’est lui qui nous invite à cette table, c’est lui qui nous convoque à son repas pour former ce corps dont parle Paul.

« Faites ceci en mémoire de moi » - non pas de vous, ou d’eux, mais de moi dit le Seigneur.

Se souvenir - pour ne pas répéter les mêmes erreurs du passé, nous savons par notre expérience que c’est impossible.

Se souvenir pour maintenir vivant le sens du sacrifice de ces jeunes hommes sur les champs de bataille, ou d’un homme sur une croix comme si le sacrifice ne suffit pas à lui-même?

Se souvenir pour revivre la douleur et la peine, la souffrance et la perte comme si nous pouvons nous mettre à leur place, à sa place?

Se souvenir pour enterrer et d’enfin pouvoir passer ailleurs et à la vie.

Une phrase de Paul résonne dans cette liturgie de Sainte Cène:

« Chaque fois que vous mangez de ce pain et que vous buvez de cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur »

Vous annoncez la mort du Seigneur.

Ce repas et cette table dressée indiquent pour nous la présence du Christ parmi nous, ils annoncent sa mort, non pas sa résurrection, mais sa mort!

Ce pain et cette coupe sont des signes de sa mort - il ne faut jamais oublier cela. Nous voulons aller directement à la résurrection, sans passer par la croix, la tombe et l’ensevelissement.

Notre foi veut occulter la douleur, la souffrance, la perte et le vide - comme si nous ne saurons pas résister à la tentation du douleurisme. Comme si nous voulons aller au plus vite à la lumière du matin de Pâques.

A cette table ce matin, ici dans ce temple - comme partout dans le monde où ce repas rassemble les fidèles est annoncée la mort de Jésus, sa disparition, le coût qu’il a payé.

… et puis, et puis après, seulement après, nous invoquons le Saint Esprit dans ce que nous appelons la prière « épiclèse ». C’est cet appel à l’Esprit, qui vient pour combler le vide, pour animer la foi et pour ré-animer la vie, par qui nos coeurs sont revivifiés et nous sommes remis en route pour marcher avec le Ressuscité. 

Peut-être ce que nous faisons deux fois par mois autour de cette table est «faire mémoire». Ce que nous faisons nous permet de temps en temps de re-regarder les noms gravés sur les deux pierres dans ce temple.

Eux aussi, ils sont morts. Nous annonçons leur mort comme nous annonçons la mort de chaque être qui nous est cher.

En les nommons nous offrons au Saint Esprit une brèche dans nos vies qui veut être si bien protégées, 

une brèche pour entrer comme un tiers pour nous rejoindre à nos tables

une brèche pour que nous puissions nous regarder nous-mêmes

une brèche qui nous invite à nous lever les yeux en direction de nos adversaires

une brèche pour retrouver la force pour continuer la route

pour redonner l’espérance à nos lendemains

pour nous mettre devant l’exigence de la paix, de la réconciliation et du pardon.

Prions que nos vies ne sont pas si blindées à ne pas contenir des brèches à l’action du Saint Esprit.

 

FETE des Ecoles Bibliques

Dimanche 22 juin - Fête des Ecoles Bibliques de Luneray et Dieppe au temple de Dieppe. 

Le grand Livre de la Genèse - pendant per culte nous avons tourné les pages et les enfants ont raconté quelques grands événements du livre de la Genèse (La Création, Noé, Abraham, Jacob et Esaü et Joseph).

Le texte intégral en .pdf est disponible en nous contactant:

andrew.rossiter@orange.fr

Andrew Rossiter

—Homme - ces os, pourraient-ils revivre?

Prédication par Andrew Rossiter à Luneray « Jazz au Temple”

Ezékiel 37.1-11 La Vallée des ossements desséchés

—Jazz au Temple

Quelques notes de musique captées lors du culte « Jazz au Temple de Luneray » 15 juin 2014

Homme, ces ossements - vivraient-ils?

Prédication par Andrew Rossiter à Luneray le 15 juin 2014

au culte « Jazz au temple »

Ezékiel 37.1-14

Mardi de cette semaine, Mossoul est tombé, la deuxième ville d’Iraq, suivi de Tikrit mercredi. Les insurgés Jihadistes soutenus par EIIL (l’Etat islamique en Irak et au Levant) poussent vers le sud, vers Bagdad. Il y a plus de 500,000 civils sur les routes. Ils fuient les villes en voiture, à cheval et à pied. La peur au ventre ces personnes, hommes, femmes et enfants sont devenus des exilés dans leur propre pays.

Dans l’est de l’Ukraine une dizaine de villes, des bâtiments publics et stratégiques, sont maintenant aux mains des pro-russes. Ils occupent les mairies, les commissariats de police et les aéroports. L’autorité de Kiev se réduit d’heure en heure. On estime qu’il y a plus de 300,000 personnes qui se dirigent sur les routes vers l’ouest du pays.

Ces Ukrainiens sont aussi chez eux, mais exilés de leurs maisons, leurs villes et leurs campagnes. C’est la peur qui les pousse loin de chez eux et de tout abandonner.

Et ça continue en Italie, partout en Afrique et ailleurs en Asie - des millions de personnes sont sur les routes. Ils quittent tout par peur et par espoir de trouver meilleure ailleurs.

Face à un avenir réduit aux confins des interdictions de religion, de culture ou de langue - sans avenir devant eux - ils partent.

Ils essaient de tourner le dos à une vision apocalyptique de ce qui se passe à ceux et celles qui s’opposent aux forces supérieures, de ceux qui veulent tout dominer au nom de la religion, de Dieu et de la pureté

Ils prennent tout ce qu’ils peuvent porter pour partir. Vers où? Vers qui? Et pour faire quoi? - ce sont les questions à confronter plus tard. Pour l’instant, l’essentiel; est de partir.

Qu’est-ce qu’ils vont devenir ces Iraqiens et ces Ukrainiens? Qui va les accueillir, et comment?

S’ils restent, ils sont pour ainsi dire… mort.

Telle est la vision devant le prophète Ezékiel dans cette vallée des ossements desséchés, et c’est aussi une réalité dans notre monde d’aujourd’hui.

Ezékiel et son peuple ont été déportés de chez eux. Captifs, ils ont pris la route de l’exile dans un autre pays. Ce peuple, au milieu de leur expérience de captivité - au milieu nous disons parce que nous savons que cet enfer va terminer un jour, eux ils n’ont aucune autre vision que de l’exile. C’est leur seule réalité. Ils sont comme mort.

Leur futur est aussi stérile que leur passé.

Ezékiel est poussé, il est mis debout au milieu de ce peuple sans avenir de leur parler de leur avenir, de partager la vision qu’il a reçu.

Et Ezékiel, il en fait des visions! Ici il s’agit de la troisième sur quatre. C’est une vision donnée par Dieu. « Une vision de Dieu »

Une vision de Dieu - une phrase que nous pouvons comprendre en deux sens.

C’est une vision qui vient de Dieu - une vision que Dieu partage pour montrer ses projets, ses plans, ses espoirs afin de donner espoir et courage à son peuple. Il faut tenir bon et puis vous arriverez…

Mais Une vision de Dieu est aussi de voir à la façon de Dieu. Rien n’est donné, la voile tombe des yeux et dans cet instant nous contemplons le monde comme Dieu peut le voir.

Dans ce sens Dieu nous propose un changement dans notre façon de voir. Une transformation de notre compréhension du monde. De voir autrement. Est-ce cela « être prophète »?

Changer la perception, regarder autrement, sous un autre angle - et en parler.

Ezékiel est bien incapable de regarder le monde autrement TOUT SEUL. Tout seul il voit le désespoir, les limites et les blocages de l’histoire de son peuple. Il est aussi désespéré qu’eux.

C’est le souffle de Dieu qui le dépose dans cette vallée. Il est transporté hors de lui. Ce n’est pas une transe, mais il est déplacé ailleurs. Il change son point de vue sur son monde.

Dans la Bible, aussi bien dans le premier que dans le deuxième testament, le mot souffle, vent et esprit est le même mot.

En hébreu rouach et en grec pneuma. Trois réalités - le même mot! Pour nous, nous avons besoin d’un météorologue pour nous parler du vent, d’un pneumologue pour décrire le souffle et un théologien pour parler de l’esprit. Dans la Bible - une seule réalité.

Donc c’est bien l’Esprit de Dieu, le souffle de la vie et le vent qui déplacent Ezékiel dans cette vallée. C’est une réalité physique, une ouverture à la vie et une expérience spirituelle - en même temps!

Parfois nous aussi,  nous avons besoin d’un déplacement pour voir les choses telles qu’elles sont. Parfois il faut quitter nos certitudes et nos conforts pour contempler les vallées desséchées de notre existences - ces réalités que nous voulons ignorer, ou que nous voulons mettre à distance pour ne pas être touchés et confrontés par leur impact dans nos vies.

Un reportage capté aux informations du soir, entendu à la radio dans la voiture, un témoin qui revient, un événement dans notre entourage - tout celé peut devenir pour nous un déplacement par l’esprit divin qui nous fait quitter le confort de notre sanctuaire.

vers ce cancer qui ronge la vie d’un ami

ce mariage qui ne se tient plus debout

ce boulot qui n’est qu’une corvée

cette blessure qui est trop profonde pour pouvoir être guérir

ces nuits qui sont trop longues

Face à ces visions (ou ces réalités) de désolation nous nous disons avec Ezékiel, « Ces ossements - pourraient-ils revivre? »

Et la même réponse vient à notre esprit, « Toi seul le sais ».

Sans ce déplacement par le vent, j’ignorerai cette vie autour de moi. Il me faut ce souffle pour me placer dans ces vallées. Et par le même souffle nous pouvons aussi contempler ces mêmes vallées comme Dieu les voit. Car Dieu voit plus loin.

Le même souffle (ce rouach qui a été insufflé dans les narines d’Adam) est maintenant envoyé sur les ossements. Les os se reprochent les uns aux autres, les tendons se connectent, la chair se forme, la peau commencement à recouvrir le tout - les ossements re-deviennent corps. La vie surgit là où la mort était triomphante.

En prédicateur celé m’intéresserai de savoir comment Ezékiel l’a fait… (encore une des questions sans réponses dans la Bible!). Qu’est-ce qu’il a dit? Quel était le contenu de sa prédication? Est-ce que je peux avoir le texte?

Je pense que la réponse est « il a fait ce qu’il a pu ».

Il avait le courage et la foi suffisant face à la situation.

Des questions nous assaillent:

Que dire face aux membres de la famille qui viennent de perdre un être cher?

Que dire à l’homme de 55 ans qui vient de perdre son boulot?

Que dire à ces réfugiés Iraqiens et Ukrainiens?

Que dire dans des situation où on ne voit pas de trace de vie?

Que dire, surtout quand on a l’impression qu’il faut dire quelque chose, que l’on attend de nous chrétien, ami, pasteur, visiteur de paroisse - une parole, un geste, un mot…

Que dire surtout quand on a la certitude que l’on nous a placé devant la situation, comme si un souffle nous a déplacer pour être là?

Aies confiance! Car le Dieu qui nous déplace ne nous abandonnera pas.

En fin de compte ce ne sont pas les mots en eux-mêmes qui sont les plus importants, c’est ta présence,avec tes mots, tes gestes, ton attention, ton écoute, ta parole - même si elle te semble dérisoire face à la vision de mort, tes paroles viennent, elles sont portées par le souffle de vie.

Ezékiel souffle et les quatre vents viennent souffler avec lui. Tu n’est pas seul! En soufflant la parole qui est la tienne, le souffle de Dieu vient pour la rendre plus puissant.

En cet instant la vision de Dieu, la vision que Dieu a pour son monde, pour cette personne dans cette situation, pour ce peuple, est perceptible comme ta vision.

Mais Ezékiel ne s’est pas contenté de regarder cette vallée, il en a parlé! Comment partager notre vision du monde? Comment faire que la vision reçue soit contagieuse et que d’autres ouvrent les yeux pour apercevoir le monde à travers la vision de Dieu?

Il n’y a pas une seule réponse - c’est évident! Il y a autant de réponses que de situations, que de personnes, que de nous présents ce matin. Mais pouvoir dire: 

« J’ai vu des tendons s’attachaient »

« J’ai regardé pendant que la chair s’est fermée, la peau qui reprenait place »

« J’y ai été quand l’esprit activait ces ossements de mort pour leur rendre la vie »

« J’ai été présent à une réconciliation de famille, à un moment de paix avant le décès, à un remise inattendu de santé, à un départ nouveau dans la vie… »

C’est cet esprit qui guérit le désespoir et remplit les situation vides de sens afin de remettre debout.

Elie Wiesel dans un commentaire sur ce passage remarque que cette vision ne porte pas de date comme les autres visions d’Ezékiel - c’est comme si chaque génération a besoin d’approprier cette vison en son temps et à sa situation*.

Le vent de Dieu peut nous déplacer à côté de ceux et celles qui sont des exilés, des déshérités de notre monde.

Le vent de Dieu vient aussi pour nous quand nous sommes pour ainsi dire… mort.

Et ce souffle nous offre la vision de Dieu, de pouvoir regarder comme avec ses yeux: au-delà du vide et du non-sens il nous est possible de sentir cet esprit sur nous et en nous.

Est-ce possible? Les non-croyants diront - non, jamais !

Mais, contemple avec la vision de Dieu, et regarde… 

                                                  les choses commencent déjà à changer.

(Le cantique 512 en Arc en Ciel) 

Viens Esprit de Dieu vivant

Sois le maître en moi.

Viens Esprit de Dieu vivant

Sois le maître en moi.

Sonde-moi, courbe-moi,

Brise-moi, façonne-moi.

Viens Esprit de Dieu vivant

Viens et règne  en moi.

* Elie Weisel, « Ezekiel » dans Congregation: Contempory Writers Read the Jewish Bible (ed. David Rosenberg, San Diego: Harcourt Brace Jovanovich, 1987)

Andrew Rossiter

—Great Balls of Fire

Great Balls of Fire - prédication pour Pentecôte par Andrew Rossiter à Luneray le 8 juin 2014

Great Balls of Fire

« Goodness gracious, great balls of fire »

Prédication par Andrew Rossiter, Pentecôte à Luneray le 8 juin 2014

Actes 2.1-11, Jean 20.19-23

Je me rappelle de ces expériences en classe de physique à l’école. Nous produisions de l’électricité statique - d’abord avec nos règles en plastiques puis avec une boule de métal et une courroie - le « Vann de Graff générateur » - assez puissant pour dresser les cheveux sur la tête!

Nous n’avons pas besoin d’une salle de classe et un équipement sophistiqué - il suffit d’aller au supermarché par un temps sec en été et pousser le caddie dans les rayons - zap! en prenant une bouteille de Mr. Propre, ou en serrant la main de quelqu’un.

En 1957 Jerry Lee Lewis participait aux débuts d’une toute nouvelle révolution musicale - le Rock ’n’ Roll avec la composition de sa chanson « Great Balls of Fire (pour voir une version vinage: https://www.youtube.com/watch?v=7IjgZGhHrYY&feature=kp). Le titre « Great Balls of Fire », des boules immenses de feu, venait directement de son expérience dans des églises protestantes du sud des Etats Unis. C’était une expression sudiste pour décrire l’événement de la Pentecôte.

« Great Balls of Fire » - la charge électrique qui a transformée les disciples en apôtres. Qui est survenue sur les « duh -sciples » et les a constitués comme la fondation de l’église du Christ. Voilà comment Luc nous décrit la venue de l’Esprit comme une langue de feu et un vent violent. Un bouleversement dans les vies de ses hommes et de ces femmes qui les a poussé dehors pour témoigner de leur foi - et le reste, comme on le dit, c’est de l’histoire!

L’Evangile de Jean est plus sobre en décrivant la naissance de l’Eglise. Jean commence son évangile avec les mots « au commencement », il passe par un « au jardin » et culmine « dans une pièce à l’étage ». Nous avons visité le texte de Luc ce matin en compagnie de Laurent Capu avec le « langage des oiseaux ».

J’aimerais poursuivre notre découverte de la Pentecôte en regardant le texte de Jean. Ici le don de l’Esprit est tissé dans la vie de la résurrection, c’est la suite de cette vie qui donne naissance à la mission de l’église. Pour Jean, le Saint-Esprit est la suite de tout ce que Jésus a déjà réalisé.

  • L’Esprit est livré sur la croix (v.19) - car là où Jésus baisse sa tête, il remit son esprit. 
  • L’Esprit est versé pour celles et ceux blottis les uns contre les autres au pied de la croix. 
  • L’Esprit entre dans la vie de ces même personnes dans une pièce fermée à clé.

Tout d’un coup il est là.

Ce n’est pas moins étonnant que la description de Luc, pas moins incroyable, pas moins inattendu. Mais Jean insiste sur le fait que Jésus a déjà tout accompli de ce que Dieu attendant de lui. Sa mission, sa vie, son enseignement et des signes posés - plus rien ne le retient en ce monde:

Il a proclamé la Bonne Nouvelle

Il a manifesté la présence de Dieu dans les miracles, les signes et les guérisons

Il a offert le pardon, la grâce et l’amour de Dieu à tous

Il s’est sacrifié lui-même pour que cette offrande soit une réalité vivante pour ses amis.

Et toujours les disciples ne pouvaient pas comprendre. Ils restaient des « duh-sciples » - accroupis, blottis, cachés, se faisant tout petits.

Il y a dans l’évangile de Jean un tournant en ce chapitre 20. Notre attention glisse de la personne de Jésus vers les disciples. La mission de l’Eglise, c’est maintenant ces hommes et ces femmes qui s’en chargeront. Car leur mission est inséparable de la mission de Jésus - tissée d’une seule pièce, un vêtement sans couture, un seul morceau qui est le désir de Dieu de connaître tous et d’être connu de tous. De sauver tous et d’être aimé par tous.

C’est pourquoi le don de l’Esprit, pour Jean, ne peut venir que de la bouche de Jésus. Le dernier Adam souffle sur eux, sa nouvelle création. Tout comme Dieu a soufflé dans les narines du premier Adam, ainsi Jésus souffle pour former une nouvelle création - son église. L’Esprit est maintenant libéré dans le monde des humains.

La pentecôte est la confirmation de la puissance du Christ vivant en ce monde.

C’est cet Esprit qui transforme les disciples en apôtres.

C’est cet Esprit qui rend vivant le témoignage du Christ ressuscité en nous.

C’est pourquoi nous nous réjouissons de la confirmation d’Hortense ce matin - elle confirme ce qui existe déjà dans sa vie, la réalité de son baptême qu’elle vit et qu’elle va vivre. Pentecôte est pour tous une confirmation de la présence de Jésus dans nos vies par son Esprit.

Voilà ce que c’est l’Esprit! Un souffle: vous n’entendez pas des échos du prophète Elie dans ce passage de Jean? Non pas dans le tremblement de terre, ni le vent ni le feu - mais dans un souffle léger la voix de Dieu, sa présence et sa puissance.

L’Esprit souffle la vie de la résurrection et de la puissance de cette vie en nous. Jésus n’a jamais quitté ce monde, par son esprit il est toujours vivant en nous. Depuis le premier siècle jusqu’à nos jours, les disciples (tous les disciples) sont rendus puissants par ce même esprit et ces disciples ont continué à offrir ce cadeau, ce don afin de transformer le monde.

« Goodness gracious, great balls of fire » chantait Jerry Lee Lewis, et il avait raison!

Oui c’est aussi incroyable que de voir les langues de feu et un vent violent!

Aussi incroyable que d’être caché derrière les portes fermées et de voir Jésus apparaître.

Aussi incroyable que de sortir dans la rue et de parler tous des langues différentes.

Aussi incroyable que de ressentir en toi ce même esprit qui te met debout pour témoigner de ta foi.

Aussi incroyable qu’Hortense qui exprime avec ses mots ce matin ce qu’elle ressente et ce qu’elle croit.

Aussi incroyable que un petit groupe, pas plus de 120 personnes, puisse transformer le monde à travers des siècles.

Aussi incroyable, oui c’est incroyable … mais vrai.

Pentecôte est la confirmation que l’église sera toujours présente, toujours le lieu qui entretient le feu, qui sera toujours là pour veiller à ce que les braises ne s’éteignent jamais. Pentecôte nous expose à la force et à la chaleur de Dieu en nos vies.

En ce qui concerne les ordinateurs, nous parlons des pare-feux, ce sont des logiciels qui sécurisent l’accès à nos ordinateurs, sans quoi nous n’aurons pas de protection contre les attaques des virus. Les pare-feux autorisent certaines informations d’entrer dans nos ordinateurs, et pas d’autres, ils agissent comme une sécurité nécessaire, une protection contre des bugs qui menacent nos carte-mères, nos mémoires et notre capacité à travailler.

Parfois notre vie de chrétien est à l’image de ces pare-feux. 

Ces pare-feux dont nous nous dotons pour nous protéger de l’action du Saint-Esprit dans nos vies - « oh, oh, oh non je ne peux pas dire cela, qu’est-ce qu’il pense de moi si je lui dis que Dieu l’aime, ou que je prie pour lui… »

Ou ces pare-feux que nous mettons en place autour de nous pour filtrer l’Esprit comme cette église à Laodicée qui n’était ni chaud, ni froid - juste un peu tiède, « Bah oui je pense que je crois… plus ou moins je veux dire, mais pas tout! »

Ou encore ces pare-feux de sécurité créant un espace M1 ou M2 autour de moi - un espace pour retarder l’action de l’Esprit dans ma vie: « oui un jour j’irai plus souvent au culte… » ou « L’année prochaine je irai au partage biblique ».

Pentecôte n’est pas un feu d’artifice, un boum et c’est tout qui laisse au mieux un sentiment de bien-être, un souvenir de quelque chose ressemblant à un 14 juillet.

Pentecôte est son et lumière pour toute une vie, là où nous sommes tous les jours de notre vie. 

Pentecôte est souffle au plus profond de moi: tellement intime et secret et si puissant que je la respire et je l’expire pour que d’autres puissent l’avoir et qu’ils cherchent la source de cette lumière et de ce feu pour eux-mêmes.

Pentecôte est petit à petit chaque jour de ma vie.

Les filles de Chibok, Nigeria

Les filles de Chibok, Nigéria

Prédication par Andrew Rossiter le 1 juin 2014 à Dieppe

Actes 1.12-14, 1 Pierre 4.13-16, Jean 17.1-11

Le livre par Jacques Attali « 1492 » trace un tournant dans l’histoire de l’Europe, et même du monde à partir d’une seule date. C’est bien la date où Colombe a découvert les Amériques, mais ce n’est pas le seul événement marquant de cette année.

Isabella la Catholique et Ferdinand II d’Aragon ont publié le décret d’Alhambra par lequel les juifs et les musulmans ont été expulsé d’Espagne. Ils avaient jusqu’au 31 juillet pour décider de devenir chrétiens ou de quitter le pays.Ce décret a été possible par la création de l’Inquisition Espagnole en 1478, donnant les informations nécessaires sur les population.

Les juifs qui se convertissaient étaient appelés les « conversos », et les musulmans les « moriscos »: ils étaient suspects de vouloir retourner à leurs anciennes religions et ils étaient sous  étroit surveillance. En effet beaucoup développaient des système pour rester fidèles et de continuer à pratiquer leur foi en secret.

L’histoire se répète en France pendant le temps des guerres de religion. Cette fois-ci c’est les protestants qui doivent choisir, les RPR les « religionnaires prétendus protestants » choisissaient entre se convertir, la prison et parfois les galères ou l’exile. Beaucoup organisaient des systèmes pour rester secrètement protestant et souvent les curés catholiques avaient du mal avec ses NC (Nouveaux Convertis).

Mais c’est de l’histoire tout cela, Ces événements se sont passée il y a 500 ou 400 ans. Le monde est différent aujourd’hui. Les églises se respectent, elles ont confessé leurs erreurs du passé, ont demandé pardon et ont fait des avancées vers la réconciliation. Nous ne parlons plus de guerre de religion dans un climat de respect mutuel.

Le 14 avril 2014, 276 lycéennes ont été enlevées par le groupe islamiste Boko Haram à Chibok en Nigéria. Le nom de ce groupe, Boko Haram  peut être traduit par « l’éducation occidentale est un péché ».

Pour les membres de ce groupe ces filles, leurs écoles et le système d’éducation représentent un menace au fondamentalisme militant islamique, car le système est chrétien. Boko Haram est l’équivalant en ce 21è siècle de l’Inquisition Espagnole. Encore aujourd’hui les êtres humains sont arrêtés, persécutés et torturés pour des raisons religieuses.

Il y a 2000 ans, Jésus a souffert, lui aussi, aux mains des intégristes parce qu’il était différent, parce qu’il a parlé d’une réforme, une autre manière d’être avec Dieu. Il est mort pour nos péchés, et peut-être parmi tous nos péchés surement celui de notre opiniâtre et notre stupidité. Une terre fertile qui laisse pousser la haine et notre volonté de faire du mal gratuitement. Là où se propagent et se répandent le mal et l’intégrisme.

Ces filles - nous pouvons les voir sur Internet en train de répudier leur foi chrétienne, elles sont habillées en burka, psalmodient des prières musulmanes et chantent la gloire d’Allah. Elles font cela pour survivre. Elles sont les conversos et les moriscos d’aujourd’hui.

Est-ce que vous priez pour elles?

Est-ce que vous priez pour qu’elles restent fermes dans leur foi, malgré le danger, l’abus et les menaces?

Pour qu’elles puissent pardonner leur ravisseurs et ceux qui les percutent?

Est-ce que vous prier pour qu’elles puissent, dans leur épreuve rester dignes, trouver même de la joie et la paix du Christ?

Est-ce que vous priez pour qu’elles puissent marcher humblement avec leur Dieu et s’identifient avec la vie et les souffrances du Christ et ainsi devenir témoins pour les autres?

Pour qu’elles restent debout et espèrent toujours?

Dans son récit que nous avons entendu ce matin, Jean nous plonge dans l’angoisse de Jésus, l’angoisse qu’il ressentait pour ses disciples. Nous devrons dire des « duh-sciples » - car ils ne semblent avoir rien compris. Tout ce temps passé en son compagnie, des années avec Jésus ne leur a rien appris. Ils sont là aux derniers moments de la vie de Jésus à se poser des questions sur lui, sur eux et ils ont peur pour leur avenir. Ce sont les mêmes disciples que nous considérons comme les fondateurs de l’église, révérés comme saints.

Jésus est le seul à voir claire, de pouvoir percer l’obscurité de cette dernière soirée et nuit passée avec ses amis. Au-delà des ténèbres il aperçoit poindre l’accomplissement de toute sa vie dans les mains de Dieu, son père. Sa foi va entrer dans les dernières épreuves, elle va être testée au point de rupture, il ne sait pas comment il va passer cet ultime étape… mais il a comprit ce qu’il attend - l’accomplissement de ce que Dieu lui a demandé.

« Maintenant tout ce que tu m’as donné, ils savent que cela vient de toi. Je leur ai donné les paroles qui tu m’as données » (v.7-8)

La mission est transmise aux autres, c’est maintenant à ces duh-sciples de devenir les disciples pour continuer ce que Jésus a mis en place. Cette transmission commence avec la prière et elle prend sa force par la puissance du Saint-Esprit.

Mais nous savons, en étudiant l’histoire, que les églises les plus pures peuvent devenir des temples d’ignorance, de racisme et de persécution. Que toute l’histoire de religion est parsemée de pogroms, de chasse aux sorciers, de persécutions de ceux qui ne sont pas d’accord…

A travers ses sombres pages de l’histoire un fil, parfois presque effacé, est présent - l’action du Saint-Esprit. Sa présence et son action nous assurent qu’il y aura toujours une église du Christ sur terre - parfois minoritaire, par moments muette, craintive - mais présente.

Aujourd’hui il y plus de chrétiens dans le monde qu’à tout autre moment dans l’histoire.

Aujourd’hui les chrétiens sont les plus persécutés de toute autre religion. Il sont des 100s par jour qui souffrent à cause de leur foi, on estime que plus de 200,000 sont mal-traités d’une manière ou d’une autre parce qu’ils sont chrétiens. Et toujours ils témoignent, ils restent fidèles et continuent à pratiquer leur foi. (Ces chiffres sont les plus honnêtes que j’ai pu trouvé!)

Ces chrétienne vivent les paroles du Christ, «Tout ce qui est à moi, est à toi. Tout ce qui est à toi est à moi et ma gloire apparaît en eux » (v.10)

C’est une promesse qui permet nombreux de chrétiens de devenir et de rester église.

Cette promesse a été donnée aux disciples pour qu’ils fondent ce que nous connaissons comme l’église chrétienne d’aujourd’hui.

Cette promesse est valable aussi pour nous aujourd’hui, elle est vécue partout dans le monde.

Cette promesse rend puissant la foi et le témoignage dans des situations les plus extrêmes.

Cette promesse rend possible la main tenue en pardon et réconciliation.

Cette promesse n’est pas seulement pour ceux qui sont persécutés, mais pour nous tous, pour ceux et celles qui souffrent, qui sont ouvert à la peine et à la difficulté dans le monde. Cette promesse est réelle quand nous passons le pain et regardons l’autre dans les yeux.

Cette promesse a été donnée quand Jésus a regardé ceux qui étaient à table avec lui - Judas, Pierre, Thomas là où il était en face des faibles, des incertains, les apeurés.

Selon le journal « Le Monde », l’armée Nigérienne sait où se trouve les filles, mais elle ne peut rien dire pour le moment. Sur les 276 enlevées, 53 se sont échappées. Il reste 223 en captivité.

Les filles de Chibok est une sonnette d’alarme pour nous dans notre indifférence et notre ignorance.

Bien entendu je fais la différence entre la religion musulmane et les groupes comme Boko Haram - nous savons que ces groupes ne représentent pas la foi d’Islam.

Cette sonnette d’alarme retenti pour que nous puissions tendre la main et proclamer encore plus fort l’amour de Dieu pour tous: pour les ravisseurs, pour nos frères et soeurs musulmans, pour les persécutés de toute tendance et toute religion… et pour ces filles et leurs familles.

La foi de Jésus lui donnait le courage et l’assurance qu’il avait accompli ce que Dieu attendait de lui. Il a été convaincu parce qu’il a transmis la parole de vie à ses disciples.

Il a été convaincu parce qu’il avait confiance en ces hommes et ces femmes pour continuer… et il a confiance en nous

Confiance que nous allons à notre tour transmettre sa parole de pardon, de grâce et d’amour.

Cette Parole de Vie est la seule qui a la force de transformer des vies, les nôtres et celles autour de nous.

Prière des réfugiés huguenots, Amsterdam 1687

Andrew Rossiter

—Pouvons-nous toujours espérer?

Prédication par Andrew Rossiter à Luneray le 25 Mai 2014.

Espérer, espoir - pouvons nous toujours espérer?